Bulletin Numismatique n°267 34 surveiller depuis la France (Liban, Italie, Suisse, etc.). A ce sujet, la lecture des livres de Timothy GREEN (7) (8) apporte un éclairage très instructif sur les circuits de faux-monnayage impliquant notamment le Liban et la Suisse. Il n’y a bien entendu aucune preuve absolue que ceux-ci soient à l’origine des « faux vrais-faux » napoléons mais les pistes avancées par l’auteur sont tout à fait crédibles. Si on examine les choses d’un point de vue numismatique, on peut avancer que l’un des moyens qui permettrait de préciser l’origine géographique des frappes frauduleuses serait de retrouver les mêmes stries sur la tranche en relief de pièces d’or étrangères qui étaient alors aussi fréquemment contrefaites que les napoléons, par exemple des 20 reichmarks ou des 20 dollars Saint-Gaudens. Là encore, affaire à suivre. 3) enquête sur les instruments de frappe disparus L’hypothèse la plus vraisemblable est que seuls des coins ont été subtilisés à l’Hôtel de la Monnaie, à l’exclusion donc des viroles. Au sujet des coins, l’alerte initiale avait été lancée à propos de pièces millésimées 1912 mais la Caisse Générale de la Banque de France a elle-même admis avoir identifié d’autres années sans malheureusement préciser lesquelles (voir photo 4, première ligne). Hormis ce problème des millésimes, l’attention est bien entendu attirée, toujours au revers, par la très longue plume audessus du F sur absolument tous les « faux vrais-faux ». Cette caractéristique peut laisser penser qu’il est impossible que des coins de revers authentiques aient été utilisés. Et donc que les faussaires ont eu recours à des coins non authentiques. Pourtant, dans la revue Numismatique & Change (9), Philippe DROULERS rapporte que le maître-graveur Jean-Claude DIEUDONNE lui avait confié, en 1994, l’existence de pièces authentiques présentant la fameuse très longue plume. Et de citer en exemple les millésimes 1907, 1908 et 1911 Ce témoignage est précieux car il implique que la très longue plume n’est pas l’apanage des « faux vrais-faux » et par conséquent que les coins de revers dérobés à l’Hôtel des Monnaies pouvaient très bien présenter à la fois des millésimes variés (pas uniquement des 1912) et une très longue plume, en accord avec la note de Raoul TONDU de 1968 et les révélations de Jean-Claude DIEUDONNE. On pourrait rétorquer que toutes les pièces 20 francs millésimées 1899 arborent elles aussi sur leur revers une très longue plume de même d’ailleurs que la totalité des 10 francs Coqs. Toutefois, aucune de ces pièces 1899 ne comporte de différents monétaires ni de feuille surnuméraire dans le motif floral situé entre les pattes du coq(6) alors que tous les « faux vrais-faux » présentent ces deux caractéristiques. Les coins de revers 1899 n’ont donc pas pu servir à frapper des « faux vraisfaux ». Pour les mêmes raisons (absence de différents monétaires et/ ou absence de feuille surnuméraire complète), aucun des coins de revers d’époque millésimés 1900 à 1914 n’a pu être utilisé dans ce but. Finalement, c’est sans doute parmi les coins de revers 1907 à 1914 réutilisés par le graveur Lucien BAZOR pour les refrappes Pinay (voir au bas de la photo 4) qu’il faut rechercher ceux qui ont servi à la frappe des « faux vrais-faux ». Quant aux coins d’avers, les « faux vrais-faux » présentent tous un point carré à la fin de la légende. Il est de ce fait logique d’imaginer que seuls des coins authentiques d’avers à point carré peuvent avoir servi à la frappe frauduleuse. Pour résumer ce paragraphe, les « faux vrais-faux » ont un aspect hybride : un avers de frappe d’origine (car point carré) et un revers évoquant plutôt une refrappe Pinay (car feuille surnuméraire complète et longue plume). 4) état de conservation Un point pratique d’importance doit être souligné : les stries sur les lettres de la tranche sont en effet si fines et si superficielles que leur observation est très dépendante de l’état de conservation des pièces. Lorsque celui-ci est proche de l’état neuf, ça ne pose pas de problèmes. Par contre, dès que la pièce s’éloigne de cet état, les stries deviennent difficiles à observer car encrassées, comblées, abîmées, etc. Ainsi, sur les pièces millésimées 1911 et 1914 que nous avons eu la chance d’examiner, seules quelques lettres présentent les stries caractéristiques. Dans de telles conditions d’examen défavorables, un éclairage adapté, beaucoup de patience et une excellente loupe ou un bon matériel photographique sont indispensables (objectif macro avec éclairage blanc froid frappant la pièce de biais). 5) mise au point sur les « refrappes Pompidou » Il est une légende urbaine tenace dans la littérature numismatique qui veut que la découverte de fausses refrappes Pinay à la fin des années 70 soit due à Claude Pompidou, chef du service de l’or de la défunte banque Rothschild. Si l’existence de ces fausses refrappes est avérée, celle de Claude Pompidou ne l’est pas du tout. Aucun personnel de ce nom n’a jamais figuré dans les organigrammes successifs de la banque et ce patronyme est également inconnu dans le milieu financier de l’époque. En réalité, il est plus vraisemblable que l’expression « Claude Pompidou » corresponde non pas à une personne physique mais à un pseudonyme ou à un sobriquet utilisé dans le jargon des professionnels du marché de l’or (surtout ceux de la banque Rothschild) pour désigner les refrappes sauvages de Pinay des années 70 (celles réalisées à l’étranger : Liban, Italie, Suisse, etc.). Pour ces professionnels, puisque les refrappes des années 50 étaient des « Pinay » (du nom du Président du Conseil), alors les fausses refrappes des années 70 devenaient des « Pompidou » (du nom du président de la République, également ancien directeur de la banque Rothschild). Et c’est ainsi que ce qui n’était au départ qu’un simple trait d’esprit ou une plaisanterie des coulisses du marché de l’or, est devenu au fil du temps une information reprise sans vérification suffisante dans la presse numismatique. Par la suite, le surnom « Pompidou » de cette pièce s’est mué en « Claude Pompidou » puis la mémoire collective a progressivement transformé le sobri20 FRANCS MARIANNE COQ : L’ÉTRANGE AFFAIRE DES « FAUX VRAIS-FAUX »
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