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Bulletin Numismatique n°267 33 LES ANOMALIES DE GRAVURE L’étude des motifs de gravure est très intéressante car elle montre des particularités récurrentes (voir photo 6). photo 6 : les particularités de gravure sur l’avers et le revers (voir texte). Sur l’avers, le point final de la légende est de forme carrée. C’est donc un avers typique des frappes d’origine des Coqs car, pour leur part, la très grande majorité des refrappes Pinay présentent un point de forme rectangulaire (5). Sur le revers, l’extrémité de la plume située au-dessus du F de Fcs apparaît beaucoup plus longue que la normale, dépassant nettement la barre horizontale supérieure de cette lettre (5). Toujours sur le revers, le motif floral situé entre les pattes du coq présente une feuille surnuméraire bien développée et bien visible, telle qu’on l’observe habituellement sur les refrappes Pinay (6). photo 7 : sur la tranche, les lettres sont striées Concernant la tranche, celle-ci est normalement orientée (type B). Toutefois, et c’est certainement la caractéristique la plus surprenante de ces « faux vrais-faux », les lettres gravées sur cette tranche sont finement striées (voir photo 7). Les stries sont au nombre de 7. Elles sont parallèles, superficielles, régulièrement espacées et disposées horizontalement par rapport à la surface de la pièce. Elles n’intéressent pas les motifs floraux (de minuscules roses). La raison de leur présence est mystérieuse mais on peut supposer qu’elle est liée au fait que les faussaires ne disposaient pas des viroles authentiques car, dans ce cas, les lettres ne seraient pas striées. Ainsi, pour pouvoir malgré tout graver la tranche, ils ont dû trouver une solution de remplacement. La lecture du passionnant livre de Charles M. LARSON (11) montre que cela est à la portée de tout faussaire déterminé. Bricoler une machine inspirée de celle de Castaing ou recourir à la technique de la virole pleine n’est pas pertinent puisque ces deux procédés ne permettent pas de graver des lettres et des motifs en relief. Il ne reste donc que la technique de la virole brisée. En faveur de celle-ci, on observe effectivement la présence de trois petits traits verticaux en léger relief (les « coutures de virole ») caractéristiques des zones d’affrontement des trois segments de la virole. Mais ceci ne permet toujours pas d’expliquer la présence des stries sur les lettres gravées. On peut certes spéculer (par exemple une protection des reliefs lors des opérations de dévirolage ?) mais faute d’éléments de preuve décisifs, aucune explication crédible ne peut être avancée. Il est cependant une hypothèse que l’on peut raisonnablement écarter. C’est celle d’une marque secrète que les faussaires auraient délibérément ajoutée pour signer leur travail. En effet, là où un Bojarski n’introduisait qu’une minuscule et unique marque (voir photo 8), ce sont ici toutes les lettres de la devise républicaine qui sont concernées. Une telle marque distinctive serait bien trop étendue, pas assez discrète, trop vite repérable. La preuve en est que c’est effectivement elle qui a permis aux professionnels de l’or de détecter ces « faux vraisfaux » dès 1967. photo 8 : la marque secrète du faussaire Bojarski : il a omis un pétale à la fleur rose du coin supérieur gauche du billet 100 NF Bonaparte. DISCUSSION L’existence de ces « fausses vraies-fausses » Marianne Coq est incontestable. Par contre, il est plus que probable que les tenants et les aboutissants de l’affaire ne sont pas encore tous connus. 1) enquête pour faux-monnayage Il est par exemple vraisemblable que le ministère de l’Intérieur a dû enquêter sur ce qui est quand même à la base une affaire de faux-monnayage. Le résultat de cette enquête n’est pas connu mais peut-être figure-t-il dans les archives de ce ministère. C’est un point important qui reste à éclaircir : affaire à suivre donc. 2) enquête sur les lieux de frappe L’origine géographique de la contrefaçon est un autre sujet d’interrogation. Les coins ont certes été dérobés à l’Hôtel des Monnaies de Paris mais rien ne dit que les indélicats qui ont sévi les ont ensuite eux-mêmes utilisés sur le territoire français. Ils ont très bien pu les revendre à l’étranger. On pense inévitablement à certaines officines clandestines difficiles à 20 FRANCS MARIANNE COQ : L’ÉTRANGE AFFAIRE DES « FAUX VRAIS-FAUX »

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