Bulletin Numismatique n°267 32 LES FAITS Deux sources majeures d’information permettent de retracer le déroulement des faits : - le livre L’Or de la Guerre Froide publié en 2022 par Arnaud MANAS, directeur du Service du Patrimoine et des Archives de la Banque de France(1) ; - une remarquable note de synthèse rédigée le 6 décembre 1968 par Raoul TONDU, caissier général de la Banque de France. Cette note a été versée aux archives de La Banque de France(3). Le début de l’affaire (1967) est à l’initiative de professionnels du marché de l’or, plus exactement ceux de la Compagnie Parisienne de Réescompte, devenue depuis CPR Asset Management. Leur attention est attirée par certaines pièces de 20 francs or Marianne Coq millésimées 1912 tout juste délivrées par la Caisse Générale de la Banque de France et qui présentent des particularités de gravure inhabituelles et récurrentes. Alerté par ces professionnels, Raoul TONDU confie six de ces pièces douteuses à l’expertise de l’Administration des Monnaies et Médailles. Dans un premier temps (voir photo 3), Pierre DEHAYE, directeur de cette institution, assure que les gravures des faces avers et revers sont authentiques mais, étonnamment, que les tranches n’ont pas été frappées à l’Hôtel de la Monnaie (4). Voilà le genre de réponse qui laisse perplexe et qui suggère que ces pièces sont des contrefaçons. photo 3 : extrait de la lettre du 28 novembre 1967 rédigée par le directeur des Monnaies Au cours de l’année 1968 suivante, les ateliers de la Caisse Générale découvrent d’autres pièces douteuses présentant des caractéristiques identiques : - 325 parmi les 100 000 pièces Coq des avoirs de la Banque de France ; - 3473 autres parmi les 113 407 pièces de 20 francs or toutes effigies confondues, triées pour le compte de la société De Litra. Le nombre de 20 francs Coqs suspectes n’est donc pas négligeable et l’ampleur du problème apparaît bien réelle. Fait important pour les numismates, Raoul TONDU précise que les pièces douteuses sont le plus souvent millésimées 1912 mais pas toutes (voir photo 4). Un retour à l’Hôtel des Monnaies s’impose avec, cette fois, une dizaine de pièces litigieuses. L’Administration des Monnaies et Médailles confirme à nouveau les anomalies mais répond verbalement et de manière embarrassée que toutes les pièces suspectes de cette nature seront dorénavant déclarées bonnes (voir photo 4) ! Cette réponse suscite une telle incompréhension que Raoul TONDU sollicite une entrevue auprès de Pierre DEHAYE. Sous le sceau de la confidentialité, ce dernier avoue alors que « les instruments de frappe » correspondant aux pièces litigieuses ont disparu… mais, bien entendu, il ne parle que des pièces qui lui ont été confiées, c’est à dire millésimées 1912. Pas un mot sur d’éventuels autres millésimes. Simple oubli ou omission volontaire ? Il ne précise pas non plus si le terme « instruments de frappe » recouvre les coins et les viroles ou seulement les coins (voir photo 4). photo 4 : extrait de la note du 6 décembre 1968 rédigée par le caissier général de la Banque de France L’enquête interne qui a suivi n’ayant pas permis de retrouver ces instruments ni de résoudre l’énigme, l’Administration des Monnaies et Médailles s’est employée à étouffer l’affaire. Avec un succès certain puisque, jusqu’à présent, le public n’a jamais rien su de cette étrange affaire qui peut donc se résumer à la fabrication de fausses refrappes Pinay à l’aide de coins authentiques. D’où l’appellation de « faux vrais-faux ». Au terme de ce paragraphe, l’ensemble des informations apportées par la Banque de France et l’Hôtel de la Monnaie suffit au numismate d’aujourd’hui pour se lancer à la recherche de quelques-uns de ces « faux vrais-faux » dans les ventes sur offres ou aux enchères : - avers à point carré ; - revers à très longue plume ; - tranche dont les lettres sont striées. Les exemplaires débusqués permettent ensuite une description numismatique plus précise. LA COMPOSITION CHIMIQUE Les « faux vrais-faux » sont de bon aloi c’est-à-dire de poids et de titre normaux. Leur étude en spectrométrie X montre une composition métallique ternaire (Au + Cu + Ag) tout à fait semblable à celle qui caractérise les refrappes Pinay (voir photo 5). photo 5 : la spectrométrie X montre un alliage ternaire 20 FRANCS MARIANNE COQ : L’ÉTRANGE AFFAIRE DES « FAUX VRAIS-FAUX »
RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=