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Bulletin Numismatique n°267 photo 1 : les lettres gravées sur la tranche sont striées RÉSUMÉ À la fin des années 60, des contrefaçons de la pièce de 20 francs or Marianne Coq ont été réalisées en utilisant des coins authentiques dérobés à l’Hôtel de la Monnaie de Paris. Comme ceux-ci avaient été utilisés au cours des années 50 pour les refrappes Pinay, il s’agit donc de contrefaçons de ces refrappes. D’excellente facture (et pour cause !), ils présentent néanmoins quelques particularités récurrentes qui permettent de les repérer assez facilement : - sur la tranche : lettres striées (voir photo 1, cliquer pour zoomer) ; - sur l’avers : le point final de la légende est de forme carrée ; - sur le revers : - longue plume au-dessus du F ; - feuille surnuméraire sur le motif floral principal au sol. Ces faux ont donc un aspect hybride : un avers de frappe d’origine et un revers évoquant plutôt une refrappe Pinay. Le millésime le plus souvent constaté est 1912 mais d’autres années, nettement moins fréquentes, ont été observées (1911 et 1914). INTRODUCTION À la fin des années 60, à Paris, une étrange affaire de contrefaçon de 20 Francs or Marianne Coq a intrigué les professionnels du marché de l’or. Le fin mot de l’histoire n’étant pas à l’avantage de l’Hôtel de la Monnaie, tout a été fait pour étouffer l’affaire. Avec succès d’ailleurs puisque les tenants et les aboutissants en sont encore de nos jours largement ignorés du public. Un livre récent(1) ainsi que la consultation d’archives de la Banque de France(3) et de l’Administration des Monnaies et Médailles(4) (prédécesseur de La Monnaie de Paris) permettent de lever un coin du voile. LE CONTEXTE HISTORIQUE Avant de relater les faits, il importe de rappeler le contexte historique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le marché de l’or est déséquilibré un peu partout en Europe. Le public préfère acheter de l’or monnayé (en France, ce sont essentiellement des napoléons) plutôt que de l’or non monnayé (des lingots). Bien entendu, lorsque le marché ne propose pas suffisamment de pièces pour satisfaire la demande, le prix de vente de ces dernières augmente. La conséquence inévitable est que les investisseurs finissent par payer leur pièce plus cher que le poids d’or qu’elle contient. La différence constitue la prime. Aux moments des plus fortes distorsions entre l’offre et la demande, il est même arrivé que le napoléon se négocie à un prix deux fois plus élevé (donc avec une prime de 100 %) que celui du même poids en or non monnayé. Les grandes banques centrales ont vite compris tout le bénéfice qu’elles pouvaient tirer de cette situation. Et c’est ainsi que plusieurs pays (Suisse, Autriche, etc.) se sont empressés de transformer leurs lingots en pièces puis de vendre celles-ci sur le marché de l’or, ce qui leur procurait de rapides et substantiels bénéfices. Un moment réticente, la France a fini par suivre le mouvement et, de 1951 à 1960, elle a monnayé plus de 220 tonnes de lingots qui étaient jusque-là stockés dans les coffres de la Banque de France(1). C’est ainsi que furent frappées près de 37,6 millions de répliques (les fameuses refrappes Pinay) de la pièce démonétisée de 20 francs or au type Marianne Coq. Comme aucune disposition législative n’avait autorisé cette nouvelle frappe et que, par ailleurs, la pièce d’origine était démonétisée depuis longtemps (loi monétaire de 1928), les refrappes Pinay n’ont jamais eu d’existence monétaire légale. Pour être clair, il s’agit de faux d’État que nous appellerons ici des « vrais-faux » napoléons. Bien entendu, les faussaires ont eux aussi voulu profiter de l’aubaine qu’était cette prime sur le napoléon. Les contrefaçons les plus nombreuses émanaient d’ateliers clandestins, français ou étrangers. La qualité des faux était très inégale. Certains étaient très réussis alors que d’autres étaient assez médiocres. À la même époque, l’URSS manquait cruellement de devises étrangères pour intervenir sur les marchés occidentaux. Avec l’aide des services secrets bulgares, elle a donc fait monnayer ses propres lingots afin de disposer de fausses pièces de 20 francs or au type Marianne Coq (voir photo 2) qui étaient ensuite vendues à des banques suisses complaisantes. Ce faisant, l’URSS profitait également de la prime sur le napoléon. La découverte de ce trafic entre l’Europe de l’Est et la Suisse déclencha un énorme scandale politico-financier (10). photo 2 : pièce authentique à gauche versus faux soviétique à droite, (avec l’aimable autorisation de AB Or & Change) (2) 20 FRANCS MARIANNE COQ : L’ÉTRANGE AFFAIRE DES « FAUX VRAIS-FAUX »

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