Bulletin Numismatique n°263 36 Hadrien a succédé à Trajan dans des conditions particulières. Trajan meurt le 8 août 117 à Selinus en Cilicie sur la route du retour vers Rome. Plotine, son épouse, est à ses côtés. C’est elle qui aurait reçu les dernières volontés de Trajan en faveur de son cousin Hadrien ou bien elle aurait favorisé son accession. Ce point est important pour la suite des événements. Le premier geste du nouvel auguste, confirmé le 11 août à Antioche où il était le gouverneur et le légat des armées de Syrie, est d’abandonner les conquêtes de la campagne parthique et des nouvelles provinces d’Assyrie et de Mésopotamie. Cet abandon n’est pas apprécié par les généraux de Trajan. Hadrien se met en route pour rejoindre Rome en inspectant les régions qu’ils traversent avant de se porter vers le limes danubien. Hadrien revêt un second consulat le 1er janvier 118. Son premier consulat était suffect (en 108). Après avoir traité avec les Roxolans, Hadrien en longeant le Danube rejoint Rome où il arrive seulement le 9 juin 118. Entre temps, une tentative de coup d’état a été écrasée par le préfet du prétoire, Publius Acilius Attianus qui était avec Trajan l’un de ses tuteurs. Le préfet, appartenant à l’ordre équestre est démis de ses fonctions, mais nommé sénateur. Sur ordre du Sénat, Cornelius Palma (consul en 109), Lucius Publius Celsus (consul II en 113), Caius Avidius Nigrinus (Consul en 110 et gouverneur de la Dacie ainsi que Lusius Quietus (gouverneur de Judée et général de Trajan) sont exécutés avant l’arrivée d’Hadrien à Rome. L’empereur est accusé d’avoir voulu se débarrasser d’opposants à sa politique de repli territorial. Hadrien nie ces accusations, mais les relations avec le Sénat resteront compliquées pendant la durée du règne, en particulier à la fin de celui-ci. Dans ces conditions, le revers de notre aureus prend toute sa valeur et son importance, au moment où Hadrien, nouvel auguste assoit son pouvoir. Le recours à la Concorde n’est pas un vain thème. La statuette de Spes (l’Espérance) sur laquelle s’appuie la Concorde, et la petite corne d’abondance, placée sous le trône, peuvent constituer. des éléments du nouveau programme iconographique du prince, mis en place dès l’année précédente en 117. C’est la seule fois où il est utilisé pour le monnayage d’or. Il ne sera plus repris ensuite, en tant que tel. Trajan divinisé, son Triomphe sur les Parthes réalisé, Hadrien arrivant à Rome au moment où il abandonne son consulat va pouvoir mettre en œuvre son programme de réformes administratives et politiques afin de sécuriser sa position avant d’entamer une série de voyages qui va occuper la plus grande partie de son règne. HADRIEN (11 août 117 – 10 juillet 138) Hadrien naît en 76 à Italica. Pupille de Trajan, il épouse en 100 Sabine, petite-nièce de l’empereur, et fait carrière dans l’état-major de ce dernier, en particulier lors de la campagne dacique. En 117, il succède à Trajan, et voyage pendant vingt ans, visitant l’ensemble de l’empire - seul Empereur à s’être prêté à cet exercice. En 122, Hadrien se rend en Espagne. Sans enfant, il choisit d’abord Aélius pour lui succéder en 136, mais ce dernier meurt le 1er janvier 138. Hadrien adopte alors Antonin le 25 février et choisit lui-même Marc Aurèle et Lucius Vérus comme héritiers d’Antonin. Il décède le 10 juillet 138. Aureus, Rome, 118, 4e émission, 1re officine (Or, 7,04 g, 20 mm, 7 h) taille, 1/45 L., poids théorique : 7,22 g, 99 %, 25 deniers ou 100 sesterces A/ IMP CAESAR TRAIAN HADRIANVS AVG « Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus », (L’empereur césar Trajan Hadrien auguste). Buste héroïque, lauré, drapé et cuirassé d’Hadrien à droite vu de trois quarts en avant (A*). R/ P M TR P - COS II/ -|-// CONCORD « Pontifex Maximus Tribunicia Potestate Consul iterum// Concordia », (Grand pontife, revêtu de la puissance tribunitienne, consul pour la deuxième fois// La Concorde). Concordia (la Concorde) assise à gauche sur un trône à dossier, tenant une patère de la main droite, appuyée sur une statuette de Spes (l’Espérance) tournée à gauche, relevant sa robe ; une corne d’abondance sous le siège. C II/ - RIC II/ 345, 39 – RIC II. 3²/ 83, 106 - BMC/RE III/ 247, 60 – UCR 77 – RCV II/ - Calico 1205 Monnaie centrée des deux côtés. Joli buste d’Hadrien, bien venu à la frappe. Revers agréable présentant une fine usure régulière. Patine de collection. Très rare. TTB/ TTB 2 800€/ 4 500€ Traces d’un début de cassure de coin dans la légende de revers, en particulier, au niveau du mot CONCORD. La statuette de Spes sur laquelle s’appuie la Concorde n’est pas posée directement sur le sol, mais repose ici, soit sur un tabouret, plutôt un autel. Le buste de notre aureus est particulier. Si nous sommes bien en présence d’un buste lauré, drapé et cuirassé à droite, vu de trois quarts en avant (A*), le paludamentum (manteau) ne couvre pas totalement la cuirasse d’où semblent émerger les traces d’une tête de méduse. Nous avons une impression d’avoir un buste « héroïque ». Nous avons deux représentations comme l’a bien identifié R. Abdy, auteur de la nouvelle version du RIC II. 3², p. 83, n° 106 et 107, pl. 3. En examinant attentivement cet exemplaire du début du règne d’Hadrien, nous espérons vous avoir sensibilisés à l’importance du choix des types de revers dans la politique de propagande impériale où rien n’est gratuit, mais obéit à des choix iconographiques précis. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT DÉBUT DE RÈGNE MOUVEMENTÉ : HADRIEN ET LA CONCORDE
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