Bulletin Numismatique n°266 ouvrir une espèce de concours dont le moindre inconvénient serait la dépense et la perte de temps. Le Gouvernement, Monsieur le Comte, doit attacher un trop grand prix à la perfection de ses monnaies pour refuser les offres d’un artiste qui dans deux concours successifs a obtenu la préférence sur ses concurrents. L’admission de la demande de M. Michaut à titre d’essai, ne doit entrainer aucune dépense, et je l’ai informé que l’autorisation que je lui donne de présenter des types pour les deux nouvelles pièces ne lui conférera aucun droit à réclamer une indemnité pour ce travail dans le cas où il ne serait pas susceptible d’être adopté ». Michaut est ainsi autorisé à participer. Lettre du 07 juillet 1830 de De Sussy adressée aux deux candidats pour cette faciale, Tiolier et Michaut : « S.E. le ministre des Finances compte recevoir très prochainement le résultat de votre travail. Je vous prie en conséquence de me remettre vos 2 coins des pièces de 10F & 100F, ce jeudi 15, pour que le lendemain, ils puissent, en votre présence, et en celle de la Commission, être tirés au balancier. Vous voudrez bien déposer en même temps à la Commission tout ce qui aura servi à l’examen de votre travail, tels que matrices, poinçons, coins d’essai, et me faire connaitre par écrit le prix que vous mettrez à vos 2 coins, pour que je puisse en rendre compte à S.E., en lui proposant le moyen de pourvoir à cette dépense ». Le 23 juillet 1830 Michaut écrit à De Sussy : « Monsieur le Comte, je ne peux remettre que la virole du 10 fr, le coin de la pièce de 100 francs vient à l’instant de casser à la trempe. Croyez à l’empressement que je vais mettre à réparer ce fâcheux accident ». Mais les 27, 28 et 29 juillet se déroule la « Révolution de Juillet » qui amène Charles X à abdiquer le 02 août 1830. Michaut et Tiolier s’inquiètent alors de leurs indemnités. Michaut écrit le 12 août 1830 : « Monsieur le Président, J’ai l’honneur de vous adresser une épreuve de la pièce de 100 francs, terminée. J’y joins le poinçon général avec deux coins de service de tête et un du revers. Ce travail, autorisé par le ministre des Finances ainsi que la pièce de 10 francs très avancée déjà est le résultat d’une assiduité continue de plus de deux mois ; j’ai besoin d’espérer qu’il vous satisfera ainsi que le ministre et que mes efforts et mes dépenses, me mériteront une indemnité en rapport avec la perte probable que je dois aux circonstances. Puisque, par une décision de laquelle je n’appellerai pas, je suis privé de l’espoir de graver une troisième monnaie, ce serait pour moi une compensation, que je crois mériter d’être nommé à la place de Conservateur des Coins au Cabinet des médailles ». Le 27 août 1830, le Président de la Commission écrit à Michaut : « J’ai reçu hier 26, avec votre lettre datée du 12, votre coin de tête de la pièce de 100F, ensemble le poinçon original et coin de service de la même tête, avec un coin cassé, que vous désignez comme coin de revers, et portant une légende inusitée… ». Dans une lettre du 09 octobre 1830 de la Commission au ministre des Finances, on peut lire : « … Les événements du mois de juillet et la déchéance de Charles X qui en a été la suite, rendant inutile le travail simultané des 2 artistes, et il ne peut y avoir lieu d’examiner aujourd’huy le quel l’aurait emporté sur l’autre ». Revenons à l’exemplaire qui sera en vente le 22 septembre 2026. Cette épreuve est non signée à l’avers mais le graveur est bien Michaut comme l’attestent les archives et les étiquettes des socles des outils monétaires détenus dans les réserves du musée monétaire de la Monnaie de Paris. Elle est néanmoins « signée » au revers par la présence d’un différent mêlant une lampe à huile et une ancre. Michaut a d’ailleurs utilisé ce différent sur les monnaies qu’il a gravées pour les Pays-Bas et sur certaines de ses médailles. En plus de cet exemplaire, nous ne connaissons que celui issu de la descendance de Michaut, en état SUP62, qui fut vendu 721 euros lors de la vente CGB du 12 décembre 2017. Mais en 2017, les archives n’avaient pas éclairé l’importance et le contexte de cet essai. Philippe Théret nous informe par ailleurs que cet essai en cuivre est absent des grandes collections publiques (Monnaie de Paris, musée Carnavalet-Histoire de Paris, BnF, Banque de France…). C’est donc une vraie rareté frappée sous le règne de Charles X qui est présentée à la vente ! Maureen CHLOUS & Laurent SCHMITT RÉFÉRENCES • Archives de la Monnaie de Paris, Centre des Archives Économiques et Financières, Savigny le Temple. Série G : les concours monétaires. Dossier G-2 (1830-1850). • Ouvrage Le Franc, les Essais, les Archives, Charles X (18241830). Lf 29 : 59€ 1830, QUAND CHARLES X VOULAIT UNE 100 FRANCS OR !
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