Bulletin Numismatique n°266 55 Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer Cyrène et la Cyrénaïque déjà pour Chairis dans le Bulletin Numismatique (BN 239, p. 24). Cyrène constituait un enjeu politique et économique pour l’Égypte de première importance. Indépendant depuis plus de deux siècles, à l’arrivée d’Alexandre en Égypte, Cyrène entra dans l’orbite macédonienne tout en gardant son autonomie, en signant un traité d’alliance avec le souverain macédonien. C’est la mort du conquérant qui modifia cette situation. C’est Cléomène de Naucratis, originaire du delta qui se retrouve en charge de l’administration financière du pays dès la conquête en 331, charge qu’il conserva jusqu’à la mort du souverain à Babylone où il se trouvait et se vit confirmer par le partage qui s’ensuivit. Accusé de nombreuses malversations et d’enrichissement personnel pendant sa gestion, Perdiccas charge Ptolémée de le contrôler et le fait mettre à mort en 322 avant J.-C. Ptolémée, devenu satrape d’Égypte, fut appelé par des exilés cyrénéens à la suite de la prise du pouvoir par Thibron, un mercenaire spartiate dans la Pentapole (Cyrène, Bérénice, Arsinoé (Taucheira), Apollonia et Ptolémais). Il intervient, envoie son général Ophellas à Cyrène qui élimine Thibron et le remplace comme stratège. Ophellas conserva le pouvoir jusqu’en 313 avant J.-C., date où il fut déposé par les Cyrénéens. Ptolémée rétablit Ophellas pour une très courte période pendant laquelle il entame une campagne contre Carthage qui échoue (312-310 avant J.-.C). Magas, fils de Bérénice, beau-fils de Ptolémée s’empare de Cyrène en 308 et en devient le gouverneur pour le compte de Ptolémée. Il le reste quand Ptolémée prend le titre de Basileos et ce jusqu’à la mort du souverain en 283 avant J.-C. Après cette date, les relations s’enveniment avec son demi-frère, Ptolémée II Philadelphe (285-246 avant J.-C.). Souverain indépendant jusqu’à sa mort vers 250 avant J.-C., il se réconcilie avec la dynastie lagide, sa fille Bérénice est fiancée au futur Ptolémée III Évergète (246-222 avant J.- C.) qu’elle épouse en 246 après avoir fait mettre à mort son premier époux, Démétrios Kalos (Démtrius le Beau). Pendant la période comprise entre 331 et 322 avant J.-C., pour le monnayage d’or de Cyrène, nous avons sept séries signées par : Aristis, Jason, Theupheidès et Cydis, Mélanippos, Demonax et Aristogoras, répartis dans cinq émissions. Pour la période qui nous intéresse, nous n’avons réellement qu’un magistrat, Chairis, auquel succède Polianthès, lié par les coins de droit pour une courte période, remplacé par Theupheidès et Euphris en 313 avant J.-C., puis à nouveau par Polianthès et Pheidon entre 312 et 310 avant J.-C. CYRÉNAÏQUE – CYRÈNE - PTOLÉMÉE (322-306 avant J.-C.) Monnayage frappé sous l’autorité d’Ophellas (322-313 avant J.-C.) Cyrène, ville portuaire située en Cyrénaïque, fut fondée par des colons doriens venant de l’île de Théra vers 630 avant J.-C. Ils avaient à leur tête Battus, ancêtre mythique des Battides qui régnèrent deux siècles sur Cyrène. La ville était réputée pour la culture et la récolte du silphium, l’une des plantes médicinales les plus recherchées de l’antiquité, aujourd’hui disparue. La cité, bien qu’indépendante, était dans l’orbite égyptienne. Statère d’or décalitre, Cyrénaïque, Cyrène, 322-313 avant J.-C., gouverneur, Ophellas (Or, 8,57 g, 20,50 mm, 12 h) étalon attique, poids théorique : 8,60 g, 20 drachmes ou 5 tétradrachmes A/ ΚYPANAI-ON (de Cyrène). Quadrige au pas passant à droite, conduit par un aurige, vêtu du chiton ; au-dessus un disque solaire. R/ ΞAIPIO (Xairio) Zeus Ammon assis à gauche tenant un aigle de la main droite et reposant le bras gauche sur le dossier de son trône ; dans le champ, à droite, un thymiatérion. BMC 116 – B 1849 – Copenhague 1209 Lucien Naville, Les monnaies d’or de la Cyrénaïque, Genève, 1951, p. 40-43, n° 83, pl. III Monnaie sur un flan large, légèrement décentré au revers. Superbe quadrige, bien venu à la frappe. Joli revers, de bon style. Patine de collection. Très rare. SUP/ TTB+ 10 000€/ 20 000€ Traces de double frappe au revers avec le dédoublement du grènetis à 6 heures. Frappé avec un coin rouillé qui se détériore (cinquième état du coin de droit), indiqué par L. Naville. Les lettres de la légende de revers sont placées verticalement de haut en bas, mais certaines rétrogrades dans son écriture (alpha et rhô), le n° 83 du classement de L. Naville, le seul à présenter cette particularité. Le quadrige n’est pas sans rappeler les statères d’or de Philippe II de Macédoine frappés entre 356 et 294 avant J.-C. Le revers est peut-être inspiré par le Baaltars de Tarse ou bien par le monnayage d’argent d’Alexandre III le Grand qui représente Zeus Olympios. Le Zeus représenté sur ce statère est certainement celui dont Alexandre visita l’oracle en 332 avant J.-C. Le thymiaterion placé devant Zeus est un brûle-parfums. Lucien Naville en 1951 avait publié le catalogue de ce monnayage. Pour ce type, il avait recensé au total 63 exemplaires pour sept combinaisons avec un coin de droit et sept coins de revers. Avec notre combinaison (n° 83), nous avons 33 exemplaires. Le coin de droit a aussi été réutilisé pour la série suivante au nom de Polianthès (n° 85). Cet exemplaire provient de MDC 18, n° 81 Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT CYRÈNE POUR PTOLÉMÉE
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