Bulletin Numismatique n°266 46 Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer ce graveur grec qui a signé des monnaies à Syracuse dans le Bulletin Numismatique (BN 256, p. 18-19) et sur cette pièce en particulier. C’est à l’occasion de la Live Auction du 22 septembre 2026 que nous reviendrons sur ce type monétaire, dont le droit présente, à l’inverse des monnaies de la cité sicilienne, la tête de la nymphe entourée de dauphins. Ce « scoop » ne concerne pas le sport, mais appartient bien au domaine de l’art avec un artiste qui, s’il n’est pas aussi connu qu’un Kimon ou un Evainète, a laissé une trace tangible gravée dans le métal. Dans un ouvrage resté célèbre de Léonard Forrer (1869-1953) avec ses « Notes sur les signatures de graveurs sur les monnaies grecques », Bruxelles, 1906, 381 pages, 4 planches, le savant suisse nous a livré une notice sur Phrygillos (Φρυγιλλοσ) (p. 360-369) qui fut peut-être l’élève d’Evainète. Originaire d’Asie Mineure d’après Adolf Fürtwangler (1853-1907), formé à Athènes dans la seconde moitié du Ve siècle avant J.-C., à l’époque de Périclès, dont le style le rattache à l’école de Phidias. Il signe ses travaux en général à l’aide des trois premières lettres de son nom (F). Il pourrait avoir aussi travaillé pour Thurium (Lucanie). Sur notre type (n° 7 de la classification de Forrer, p. 366), sa signature se trouve sur le bandeau (ampyx) frontal de la sphendonê. Normalement, ce type de droit est associé à un autre graveur de talent qui signe lui aussi ses pièces, Euarchidas. Au revers, l’aurige est parfois décrit comme Koré (Perséphone) tenant une torche. Quant à Nikè qui couronne le quadrige, elle tiendrait un aplustre (symbole naval). Sur notre exemplaire, à l’exergue, il nous semble distinguer un épi et la signature qui n’est ici, pas visible. L’auteur de notre étude (p. 5) insiste sur le fait : « qu’il est prouvé que le privilège de signer leurs monnaies ne fut accordé qu’aux artistes de premier ordre. » SICILE – SYRACUSE – TYRANNIE DE DENYS L’ANCIEN (405-367 AVANT J.-C.) Pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), Syracuse dut affronter sur son terrain la redoutable expédition athénienne menée à partir de 415 avant J.-C. par Alcibiade et Nicias. Après le rappel du premier, la flotte athénienne fut coulée dans le port de Syracuse et les Athéniens furent vaincus sur l’Assinarios en 413 avant J.-C., Nicias mis à mort et les survivants de l’armée athénienne condamnés aux travaux forcés dans les carrières de pierre (latomies). En 409, les Carthaginois envahissent de nouveau l’île et s’emparent de Sélinonte et d’Himère, puis d’Agrigente en 405 avant J.-C. Denys de Syracuse s’empare du pouvoir et refoule les envahisseurs en 397 avant J.-C. Le règne de Denys l’Ancien dura encore trente ans et c’est Timoléon qui lui succéda. Tétradrachme, Sicile, Syracuse, 415-405 avant J.-C., signé Phrygillos (Ar, 16,79 g, 25,50 mm, 3h) étalon attique, poids thérorique : 17,28 g, 4 drachmes ou 24 oboles A/ ΣYPAKOΣION/ ΦPY (de Syracuse/ signé Phrygillos sur l’ampyx) Tête d’Aréthuse à gauche, les cheveux relevés en arrière, terminés par un chignon, entourée de quatre dauphins. R/ Anépigraphe Quadrige galopant au pas à gauche, conduit par un aurige tenant les rênes et le kentron ; l’aurige est couronné par Niké volant à droite. Tudeer 51 – ANS 1335 – MIAMG 4936 var. (12.500€) - HGCS 2/ 275 W. Fischer-Bossert, Coins, Artists and Tyrants. Syracuse in the time of the Peloponesian War, ANS NS 33, New York 2017, p. 151-152 n° 51 g (A/ 18 - R/ 30, cf. pl. XIII) (cet ex.) Monnaie centrée. Joli portrait d’Aréthuse. Usure plus marquée au droit. Patine grise. Très rare. TTB/ TTB+ 3 500€/ 6 000€ Exemplaire normalement signé par Phrygillos au droit et par Euarchidas au revers. Au droit la signature est sur l’ampyx (bandeau) d’Aréthuse et est à peine perceptible sur cet exemplaire. Le revers n’est pas signé. Mêmes coins que les exemplaires de la collection de Luynes (BnF/ DMMA) n° 1216, que celui du British Museum (BMC Sicily) n°160 ainsi que celui de la collection du Consul H. Weber n°1604. Ce monnayage, qui coïncide avec l’instauration de la deuxième Démocratie, a certainement donné à Syracuse ses plus belles monnaies. Pour ce type O. Tudeer avait répertorié quatre exemplaires. Le coin de droit (A/ 18) a été utilisé pour d’autres tétradrachmes (Tudeer 52-54) pour un total de onze exemplaires alors que le coin de revers (R/30) est lié à d’autres tétradrachmes (Tudeer, 49 et 50 pour un total de dix exemplaires. Mais depuis cet ouvrage fondateur dont W. Ficher-Bossert a conservé la numérotation, le nombre d’exemplaires recensés s’est largement accru. Il a déterminé que le coin de droit 18 est lié aux coins de revers 30 à 33. Pour le coin de droit 18 il est associé aux numéros 50 à 54 de la classification pour un total de 31 exemplaires tandis que le coin de revers 30 est associé aux numéros 49 à 51 avec 26 exemplaires. Pour notre type, le n° 51, dix exemplaires sont actuellement recensés dont le nôtre, provenant d’une Vente de Monnaies et Médailles AG Basel de près de quatre décennies en arrière. Grâce à des publications comme celle du Finlandais Lauri O. Th. Tudeer (1884-1955) ou plus récemment de l’Autrichien Wolgang Fischer-Bossert, nous appréhendons mieux le monnayage de Syracuse et nous avons ainsi une vision panoramique et complète du monnayage syracusain aux deux extrémités du Ve siècle, complétée par l’irremplaçable travail monumental d’Eric Boehringer (1897-1971) sur le monnayage de la cité. Avec ce tétradrachme, vous avez une opportunité afin d’acquérir l’un des plus vibrants témoignages de l’art grec du dernier quart du Ve siècle avant J.-C. Ne laissez pas passer cette occasion ! Cet exemplaire provient de la vente M&M AG Basel 75, 4 décembre 1989, n° 169, estimé 2500FS, adjugé 2800FS + frais. Avec son certificat d’exportation de bien culturel n°255775 délivré par le ministère français de la Culture. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT PHRYGILLOS SIGNE À SYRACUSE !
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