Bulletin Numismatique n°265 37 En 1860, au moment du changement de dizaine dans le millésime, sûrement pris par le temps, il a fallu corriger le 5 en 6 sur les outils de reproduction avant d’en produire de nouveaux avec un 6 pur ou plus probablement cette fois sans chiffre de dizaine. Maureen Chlous : Je comprends très bien qu’au début de la production ces outils avec la surcharge ont été utilisés en attendant d’avoir des outils de reproduction sans cette surcharge. Mais y a-t-il un moyen d’en connaître les chiffres de fabrication ? Philippe Théret : Malheureusement non, aucune mention sur ce sujet ne figure dans les registres de délivrances. On ne peut donc pas donner la répartition entre « surchargés » et « non surchargés » pour les exemplaires portant le millésime 1860 et le différent de Charles Diérickx et ce jusqu’au remplacement effectif du directeur… Seuls les pointages permettent d’en apprécier le niveau de rareté. Ainsi on note dans les archives de vente CGB (accessibles sur le site) : 80 exemplaires de 5 Francs or 1860 A avec « Main indicatrice » (F.501/10) contre seulement 6 exemplaires de 5 Francs or 18(6/5)0 A avec « Main indicatrice ». La correction en chiffre 6 pur n’a manifestement pas trop tardé. Maureen Chlous : Certes mais alors pourquoi cet exemplaire avec surcharge de date et différent « Abeille » alors qu’elle a été produite en 1861 et que les outils de reproduction sans surcharge de date étaient déjà opérationnels. Ce n’est pas logique ! Philippe Théret : En effet c’est illogique et rend d’autant plus fascinante cette nouvelle variante inédite ! Avant la prise de fonction du nouveau directeur, il y a eu un état des coins non utilisés restants à Paris. Dans cet état figurent pour la 5 Francs or : 1 tête neuve, 14 revers neufs et 1 revers usé à moitié. Au moment de la bascule du 6/5 en 6 pur, un des coins de revers avait peut-être été mis de côté et il s’est retrouvé employé plusieurs mois après. Mais une autre hypothèse est envisageable… Maureen Chlous : Laquelle ? Philippe Théret : Il ne faut pas oublier que De Bussière était en poste à Strasbourg avant de venir à Paris. L’avers de la 5 Francs avec le différent « Abeille » existait donc déjà début 1860 sauf qu’il était normalement associé avec des revers portant les lettres BB de Strasbourg. Nous connaissons d’ailleurs également pour Strasbourg les deux variantes de revers : avec 5 surchargé par un 6 ou 6 pur. On peut envisager, car cela s’est déjà déroulé plusieurs fois dans le passé, qu’il y a eu une erreur de destination de coins entre Paris et Strasbourg. Cette erreur aurait pu permettre une association de deux coins non destinés à être ensemble : l’avers de 5 Francs pour Strasbourg et le revers de 5 Francs pour Paris. Il est à noter toutefois que dans le registre des délibérations de la Commission des Monnaies aucune mention n’est faite d’une erreur d’emploi de coins. Si cette erreur a eu lieu, elle est restée indétectée. Maureen Chlous : Merci pour tous ces éclairages apportés aussi bien par les archives « papier » que par les archives « métalliques ». Tout cela donne sens et renforce l’intérêt de cette nouvelle variante inédite. Cet exemplaire étant de surcroît dans un très bel état de conservation, nous allons le faire grader avant sa mise en vente. Nos amis lecteurs intéressés par l’acquisition de cet admirable exemplaire surveilleront assurément nos prochaines ventes ! Il me reste une dernière question. Où peut-on admirer les outils de production des monnaies que sont les poinçons, matrices et coins ? Philippe Théret : Certains de ces outils sont exposés au musée Monétaire de la Monnaie de Paris mais la plupart sont conservés dans les réserves du musée dans la zone rouge de l’usine de Pessac. Les Amis du Franc ont eu la chance de pouvoir y accéder et de les prendre en photos. Ces photos ont été intégralement publiées en ce qui concerne les périodes de Napoléon Ier jusqu’à Louis-Philippe dans les 4 ouvrages déjà publiés de la série Le Franc, les Essais, les Archives. Cela sera également le cas pour les 2 prochains tomes planifiés (2e République à l’automne et Napoléon III en 2027). Ces outils sont pour la plupart des outils de production et concernent donc principalement les monnaies circulantes et pas uniquement les essais. Pour les très nombreux outils de la 3e à la 5e République, rien n’est décidé. Un ouvrage type « galerie » est envisageable dans le futur à condition toutefois qu’un nombre suffisant de numismates en manifestent l’intérêt. Maureen Chlous : Pardon une nouvelle question me vient à l’esprit avant de nous quitter. Ne pourrait-on avoir la même chose pour les 10 Francs or ? Philippe Théret : En effet, c’est très possible ! Nous allons d’ailleurs ouvrir ce chantier aux ADFs qui bénéficiera en plus de l’apport de nouvelles exploitations d’archives dans le cadre de la préparation de l’ouvrage sur Napoléon III prévu pour 2027. Affaire à suivre et nous ne manquerons pas d’en informer les lecteurs du BN ! Maureen CHLOUS, Philippe THÉRET Sources : archives de la monnaie de Paris, Centre des Archives Economiques et Financières, Savigny le Temple [MEF-MACP, SAEF/IAA] Dossier sur les directeurs de fabrication des ateliers monétaires [MEF-MACP, SAEF/X.Ms53] Registre des délivrances pour l’année 1861. [MEF-MACP, SAEF/X.Ms212] Registre des délibérations de la Commission des Monnaies pour l’année 1861. UNE VARIANTE INÉDITE EN 5 FRANCS OR NAPOLÉON III
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