Bulletin Numismatique n°264 23 Vespasien avait un certain sens de l’humour et était un homme pragmatique. N’avait-il pas répondu à Titus qui s’insurgeait contre une taxe sur l’urine : « Pecunia non olet » (l’argent n’a pas d’odeur). De la même manière, se sentant sur sa fin, Suétone cite l’une de ses phrases restées célèbres : Je crois que je deviens un dieu : « Væ, inquit, puto, deus fio » Suétone livre VIII, 23. Vespasien, décédé le 23 juin 79, sera déifié entre le 8 septembre 79 et le 29 mai 80 (KT, p. 100), raison pour laquelle les monnaies posthumes de Vespasien sont datées entre 80 et 81. Outre l’aureus, deniers et quinaires commémorent la divinisation de Vespasien. Notre type avec la Victoire plaçant un bouclier sur un trophée au pied duquel se trouve un captif assis à gauche dans l’attitude de la détresse, a été identifié comme une référence à la Judée par I. A. Carradice et T. V. Buttrey pour la nouvelle édition du RIC II. 1², The Roman Imperial Coinage, Volume II, Part I, second fully revised Edition, From AD 69 to AD 96, Vespassian to Domitian, Spink, London, 2007, p. 220, n° 220, pl. 89. Associé à l’aureus, nous avons aussi le denier (RIC II. 1²/ 90). Il existe aussi associé à la même légende de revers : EX – SC, « Ex Senatus Consulto », (par décret du Sénat) deux autres revers (cf. RIC II. 1², p/ 220, n° 358-359 et 30-362) pour l’or et l’argent avec une colonne sur laquelle est posé un bouclier surmonté d’une urne et accosté de deux lauriers et un quadrige avec la tensa surmonté de deux Victoires. VESPASIEN (1er juillet 69 – 23 juin 79) Titus Flavius Sabinus Vespasianus Monnayage de consécration par Titus (frappé après sa mort) Vespasien naît le 17 novembre 9 à Flacrines, près de Reate (en pays sabin). Il appartient à la bourgeoisie municipale italienne. Édile en 38, prêteur en 40, consul en 51, proconsul d’Afrique en 63, il commande avec Claude l’expédition de Bretagne. Néron lui confie trois légions et un imperium proconsulaire pour écraser la révolte de Judée en 66. Il est proclamé auguste le 1er juillet 69 à Alexandrie et ses fils, Titus et Domitien, sont promus césars. Vitellius est éliminé le 20 décembre 69. Titus est associé directement au gouvernement par son père dès 71. Son règne est consacré à la restauration politique et économique de Rome. En 73, il revêt la censure. Il meurt à Reate le 23 juin 79. Aureus, Rome, 80-81 (Or, 7,08, 19 mm, 6 h) taille 1/45 L., poids théorique : 7,22g, 6,5 scrupules, 25 deniers ou 100 sesterces A/ DIVVS AVGVSTVS VESPASIANVS « Divus Augustus Vespasianus », (Divin auguste Vespasien). Tête laurée de Vespasien à droite (O*). R/ EX S C « Ex Senatus Consulto », (Par décret du Sénat). Victoire debout à gauche plaçant un bouclier sur un trophée ; à ses pieds, un captif. C I/ 378, 143 - RIC II/ 123 59 – RIC II. 1/ 220, 360, pl. 89 (R2) (Titus) - BMC/RE II/ 243, note 112 CBN III/ 209, 89, pl. 75– Calico 628 – RCV 1/ 2561 (20 000$) David Hendin, Guide to Biblical Coins, sixth Edition, ANS, New York, 2021, p. 413, n° 6612, pl. 59 (R2) Monnaie centrée des deux côtés. Joli portrait de Vespasien. Revers agréable. Usure régulière. Patine de collection. Très rare. TTB 3 000€/ 5 800€ Monnaie montée anciennement. Semble de mêmes coins que l’exemplaire du Cabinet des Médailles (BnF/ DMMA), Jean-Baptiste Giard, Monnaies de l’Empire romain, III, du soulèvement de 68 après J.-C. À Nerva, Paris 1998, n° 89, pl. 75 David R. Sear, Roman Coins and their Values, The Millenium Edition, volume one, The Republic and the twelve Caesars 28 BC – AD 96, Spink London, 2000, p. 472, n° 2561, indique que le revers serait une manière de rendre hommage à l’empereur défunt pour la guerre de Judée (6673). Le revers a déjà été utilisé par Vespasien avant sa mort avec une typologie identique (RIC II. 1²/ p. 135, n° 1067, frappé en 79 avec la titulature : IMP X COS VIIII). La date la plus tardive de la divinisation de Vespasien, le 29 mai 80, repose sur une inscription des Frères Arvales (CIL VI, 2059). Il peut sembler étonnant qu’un même type de revers soit repris à un an d’intervalle. Cependant cette divinisation de Vespasien par Titus s’accompagne d’une importante série de restitutions, frappées postérieurement aux monnaies de Vespasien divinisé pour une importante série d’Auguste à Galba (sans Néron). Nous ne serions pas complets si nous n’évoquions un denier hybride de Titus associé à notre type de revers (RIC II. 1²/, p. 220, n° 368, pl. 89) Dans le Bulletin Numismatique (BN 255, p. 16-17), à propos d’un aureus de Titus, nous avions émis l’idée que cette pièce en question qui était donnée pour la victoire de Titus sur la Judée aurait aussi pu commémorer les victoires d’Agricola, beau-père de Tacite en Bretagne. En revanche, nous ne pensons pas que la même hypothèse puisse s’appliquer pour notre pièce de Vespasien divinisé qui fait certainement référence à un des événements les plus importants de son règne, à savoir la guerre de Judée. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT VESPASIEN DIVINISÉ
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