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Bulletin Numismatique n°264 18 Quand on examine cet aureus comme nous l’avons fait, la première chose qui retient notre attention, c’est l’absence totale de légende au revers. Anépigraphe est le terme technique pour justifier cette non-présence, pour caractériser une monnaie dépourvue d’inscription. Cependant, même si avec un aureus, nous sommes en présence d’une dénomination, plutôt réservée à une élite, celui qui recevait cette pièce devait être à même de pouvoir l’identifier rapidement et facilement, même en l’absence de légende de revers. Si l’identification de la personnification assise ne pose pas de grande interrogation, femme casquée assise sur un bouclier, mais qui pourrait la faire attribuer à plusieurs déesses, à savoir Athéna ou Pallas, le doute est immédiatement levé grâce à l’objet qu’elle tient de la main droite tendue, à savoir le Palladion en grec (palludium) vu de face. Nous sommes bien en présence de la déesse Rome dont ce symbole est l’un de ses principaux épisèmes. Qu’est-ce que ce palladium ? Il faut remonter à la destruction de Troie par les Achéens au XIIe siècle avant J.-C., et à la fuite d’Énée avec son père Anchise sur ses épaules, et son fils Ascagne, tenant le symbole de la cité en feu qu’il emmène avec lui, en fuyant Troie. C’est une statue archaïque, peut-être en bois (xoanon) de Pallas Athéné en armes portant la javeline et l’égide d’Athéna. Notre aureus appartient à une émission bien particulière du règne d’Antonin le Pieux qui en 146 fête à la fois le début de son dixième anniversaire de règne anticipé (César le 25 février et Auguste le 10 juillet 138) ainsi que la commémoration du 900e anniversaire de la fondation de Rome (selon le comput de Varron, le 21 avril 753 avant J.-C.) remis à l’honneur par Hadrien en 121 et gravé dans le métal. Notre aureus prend alors toute sa valeur iconique en présentant une image de Rome sous les traits de Pallas associé au palladium. Celui-ci était déposé dans le temple de Vesta sur le Forum sous la garde des Vestales comme le feu sacré, symbole de l’ancienneté de la cité, de l’origine divine de Rome et de la filiation qui va d’Énée à Romulus, le fondateur de l’Urbs. Cet aureus revêt alors un rôle prophylactique et symbolise l’éternité de la cité, au moment où elle va fêter son 900e anniversaire. Antonin, en tant qu’Auguste, est le dépositaire de la Tradition. Conservateur, il s’efforce de redonner faste et vigueur aux valeurs traditionnelles et fondatrices de la cité, exprimées au travers de sa domination universelle « Urbi et Orbi » sur l’ensemble de « Mare Nostrum ». ANTONIN LE PIEUX (25 février 138 – 7 mars 161) Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus Auguste (10 juillet 138 – 7 mars 161) Aureus, Rome, 146, émission liée aux decennalia d’Antonin et au 900e anniversaire anticipé de Rome (Or, 7,14 g, 19,50 mm, 6 h) taille 1/45 L., poids théorique : 7,22 g, 6,5 scrupules, 25 deniers ou 100 sesterces A/ ANTONINVS AVG - PIVS P P TR P COS IIII « Antoninus Augustus Pius Pater Patriæ Tibunicia Potestate Consul quartum », (Antonin auguste pieux père de la patrie revêtu de la puissance tribunitienne consul pour la quatrième fois). Tête laurée d’Antonin le Pieux à droite (O*). R/ Anépigraphe Roma (Rome) assise à gauche, drapée, tenant un palladium de la main droite tendue et un sceptre long de la main gauche, appuyée sur un bouclier. C III/ 386, 1150 - RIC III/ 45, 159c - BMC/RE IV/ 84, 590 note – UCR 692 - RCV 2/ 4035 (3750$)– Calico 1455 Monnaie sur un flan bien centré des deux côtés. Très beau portrait d’Antonin le Pieux. Joli revers à l’usure régulière. Patine de collection. Très rare. TTB+/ TTB 2 500€/ 4 500€ Sur cet exemplaire, pour le buste lauré, on remarque les rubans de type 2, type assez inhabituel chez Antonin le Pieux. Ce type semble plus rare que ne le laissent supposer les ouvrages généraux. Dans la base acsearch, nous n’avons relevé que quatre exemplaires avec ce type de buste. Cet aureus est frappé à l’occasion des Decennalia anticipées d’Antonin le Pieux. Semble de mêmes coins que l’exemplaire de la vente Rauch 102, n° 80 = NAC 23 (2002), 1569, ex Slg. Biaggi, 788. C’est l’exemplaire illustré dans l’ouvrage de X. Calicó, The Roman Aurei (2003), p. 285, N° 1455. Le revers fait peut-être référence à une statue cultuelle de Rome qui était déposée dans le temple de Vénus et de Rome dédicacé en 141, au début du règne. Rome, normalement nicéphore (qui tient la Victoire) porte ici le palladium. C’est la statuette votive qu’Énée aurait emportée de Troie et transportée dans le Latium. Associée Rome et le palladium, c’est revenir aux origines de la cité de Romulus dont le 900e anniversaire de la fondation (21 avril 753 avant J.-C.) sera célébré en 147 en liaison avec les decennalia d’Antonin. Une monnaie sans parole peut nous livrer de nombreuses informations, en dépit de son silence épigraphique. À vous lecteur, d’écrire la suite de cette histoire. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT ANEPIGRAPHE POUR ANTONIN LE PIEUX

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