Bulletin Numismatique n°263 27 Le monnayage de Tincomarus est d’abord hérité de celui de son père et n’est pas sans présenter des analogies avec les monnaies continentales d’avant la guerre des Gaules. Ce monnayage est frappé sur le modèle de Commios, et c’est la raison pour laquelle ce type monétaire est placé en début de règne. En effet, la seconde partie de son règne présente, tant pour le monnayage d’or et d’argent, des monnaies plus romanisées dans leur typologie et leur épigraphie. Cette romanisation fut peut-être accompagnée par l’envoi d’otages auprès d’Auguste. Lui-même a peut-être été envoyé à Rome pour faire son éducation. Tincomarus fit appel à Auguste à la fin de son règne en 7-8 pour assurer son pouvoir. Ce roi fut très souvent en lutte contre ses fils, Eppillus et Verica. L’indépendance de la Bretagne et des Atrébates et Regni était comptée. Claude fit la conquête de l’île en 43 qui devint une province romaine. Mais la résistance à la romanisation obligea les Romains à rester sur leur gardes pendant la plus grande partie du Ier siècle après J.-C. ATRÉBATES ET REGNI – TINCOMARUS (25 avant J.-C. – 10 après J.-C.) Une partie des Atrébates émigrèrent depuis le Continent et vinrent s’installer en Bretagne au IIe siècle avant J.-C. Avec les Regni, ils formèrent un ensemble politico-économique. Ils occupaient les territoires placés au sud de la Tamise dans les comtés de Hampshire, du Sussex et du Berkshire. Ils furent les premiers à frapper monnaie dans l’île. En 57 avant J.-C., Commios, roi des Atrébates continentaux, fut envoyé en Bretagne par César afin de préparer l’invasion de l’île de Bretagne. Finalement, Commios finit par devenir roi des Atrébates insulaires à la fin de la Guerre des Gaules. Tincomarus dont le nom signifie « grand dans la paix » serait un des fils de Commios (50-25 avant J.-C.) et lui aurait directement succédé. Il régna pendant environ trois décennies depuis sa capitale, Chichester qui avait été enlevée aux Atrébates. Son royaume fut amputé d’une partie de son territoire, dont s’empara Eppillus (20-1 avant J.-C.) un des ses fils. Verica, son benjamin lui succéda (10-40). Statère d’or Tincomarus, Alfriston, premier monnayage (Or, 5,39 g, 17 mm, 7 h) A/ Anépigraphe Buste désarticulé à droite autour d’une couronne de laurier, imité du statère des Suessions. R/ TIN (Tincomarus). Cheval libre à encolure fourchue à droite ; divers éléments décoratifs dans le champ et la légende au-dessus du cheval. Evans I, 11 – Mack 94 - ABC 1049 - VA 363 - BIAC 761 Beau statère sur flan ovale et centré. Patine de collection. Très rare. TTB+ 800€/ 1 500€ Ce type de statère précéderait les monnaies avec TINC dans un cartouche au droit et un cavalier au revers. Pour ce premier monnayage, nous avons deux types différents (ABC 1049 et 1052). Ils seront suivis par les types avec TINC(O) (ABT 1053, 1058 et 1061) ou COM. F (ABC 1064 et 1067). Notre type est frappé dans les domaines du Sud du roi. Les poids des exemplaires du British Museum (BIAC 761-764) ont des masses comprises entre 5,14 g et 5,40 g. Provient de la collection du colonel Jean-Paul Beaulieu et du catalogue CELTIC VII. Ce type qui pourrait paraître insignifiant au premier abord est en fait rare. C’est le seul que nous ayons eu l’occasion de proposer à la vente en quatre décennies à Cgb.fr. Proche du monnayage Suessiones continental, il montre comment Commios et ses descendants ont acclimaté ces prototypes et les ont adoptés en y plaçant leurs noms. Viviane BÉCLIN & Laurent SCHMITT ATRÉBATES ET REGNI : STATÈRE D’OR POUR TINCOMARUS
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