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Bulletin Numismatique n°263 23 Dans la Live Auction du 9 juin 2026, une très rare drachme du type des monnaies assimilables au type du trésor « Bridiers » a retenu notre attention. Il y a plus d’un quart de siècle, Claude Bardon avait entrepris de reconstituer ce trésor mythique trouvé dans la seconde moitié du XIXe siècle qui avait malheureusement été dispersé sans que nous puissions exactement déterminé le nombre total de monnaies qui l’avaient composé. Notre chance a reposé, grâce à un ouvrage récemment publié en 2024, sur le rapprochement de cet exemplaire des imitations emporitaines. IMITATION EMPORITAINE dite du « Trésor de Bridiers » (IIIe – IIe siècle avant J.-C.) Découvert vers 1861 et décrit dans les Mémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse en 1862 par A. Fillioux, ce trésor porte aussi les noms de Trésor de Brède ou de Breith. Bridiers, hameau de La Souterraine (Creuse), est situé à la limite nord du territoire des Lemovices et fort proche de deux autres peuples ; Pictones à l’ouest et Bituriges Cubi au nord. A. Fillioux décrit 36 monnaies, nombre très proche de celui des exemplaires actuellement connus dans les musées de Guéret (5 exemplaires), du MAN de Saint-Germain-en-Laye (22 exemplaires) et du Cabinet des médailles à Paris (8 exemplaires). Si l’on ajoute les exemplaires signalés dans des collections particulières anciennes et si on considère les dotations d’origine de Guéret (8 exemplaires) et du M.A.N. (29 exemplaires), on peut être sûr que la découverte comprenait plus de 36 monnaies et sans doute plus de 50. Les monnaies sont en argent de très bon aloi et le poids moyen de 76 exemplaires (sans accidents de flan) venant de cet atelier étant de 4,33 grammes, nous sommes bien en présence de drachmes. Malgré l’utilisation de cet étalon monétaire, ces monnaies ne sont pas grecques et malgré le choix des prototypes initiaux, elles ne sont ni massaliotes ni emporitaines. L’iconographie s’inspire de séries monétaires importantes ; statère d’or de Philippe II de Macédoine, drachmes lourdes de Marseille, drachmes d’Emporia. On aura ainsi la possibilité d’un classement tenant compte des revers mais il est évident que celui de Simone Scheers en cinq types tenant compte des avers est parfaitement utilisable. Adrien de Longpérier, entre 1862 et 1864, sera le premier à signaler à A. Fillioux la singularité des revers de ces monnaies. Il faut noter que les graveurs de coins firent preuve d’une indépendance certaine ; nous sommes en présence de choix d’inspiration et non d’imitations plus ou moins maladroites. Le traitement de ces différents thèmes va par ailleurs utiliser un certain nombre de symboles dont le plus remarquable sera le chaudron, objet éminemment celtique. Drachme de Bridiers, IIIe – IIe siècle avant J.-C. (Ar, 3,50 g, 16,50 mm, 10 h) A/ Anépigraphe Tête féminine imitée des drachmes d’Empurias, triple pendeloque à l’oreille et collier de perles au cou. R/ Anépigraphe Cheval tourné vers la droite, arrêté et relevant fortement la croupe, surmonté d’une victoire très stylisée tenant une couronne, ligne d’exergue. LT - DT série 1013, p. 93-98, n° 3288-3307B, pl. XIV-XV A. Benaniba & J.-P. Darnaud, Les monnaies pré-augusténnes du Sud de la Loire, Tome I, Emporion, l’Ibérie et l’Isthme gaulois, Pins-Justaret, 2024, p. 585, n° 1- (Cet exemplaire) Flan idéalement centré. Superbe tête au droit, très bien venue. Usure superficielle et régulière au revers. Patine grise, quelques taches plus sombres. Très rare. SUP/ TTB+ 1 300€/ 1 900€ Cet exemplaire est illustré dans l’ouvrage de A. Benaniba & J.-P. Darnaud, p. 585, n° 1-1802, mais avec un poids de 3,17 g contre 3,11 g ici, indiqué comme appartenant à une collection privée. État exceptionnel pour le type ! Les auteurs de l’ouvrage Les monnaies pré-augustéennes du Sud de la Loire placent cette drachme dans une période comprise entre 228 et 187 avant J.-C. C’est l’une des drachmes dont la masse est la plus légère, ce qui ne correspond pas aux faciès des drachmes de cet ensemble dont les poids sont souvent compris entre 4,00 et 4,90 g soit beaucoup plus lourds. Quant aux drachmes du trésor de Bridiers, leur métrologie est lourde aussi, comprise entre 4,00 g et 4,25 g. Le trésor de Bridiers, situé sur la commune de La Souterraine dans le département de la Creuse, sur l’arrondissement de Guéret, fut découvert en 1862. Il contenait au moins 36 monnaies gauloises (TM. I p.93 n°22). Le corpus des Trésors Antiques de France dresse l’inventaire le plus détaillé possible. Le trésor faisait l’objet d’une étude de M. Bardon dont il avait donné les premiers résultats il y a presque un quart de siècle, en 2002 (voir son article dans MONNAIES XV, p. 96-100 et n° 390-393). Il n’est pas si courant de pouvoir tracer une monnaie et de lui redonner ses lettres de noblesse sans que nous puissions prouver indiscutablement que cette drachme a bien appartenu à ce dépôt monétaire. Viviane BÉCLIN & Laurent SCHMITT TRÉSOR DE BRIDIERS : IMITATION DE DRACHME EMPORITAINE

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