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Bulletin Numismatique n°267 39 Il s’agit du 5 francs type 1943, émis en 1944 sous l’autorité de la Caisse Centrale de la France d’Outre-Mer (CCFOM), officiellement référencé pour l’Afrique Équatoriale Française. La date juridique de l’émission est l’ordonnance du 2 février 1944. Le billet a une valeur de 5 francs, mesure environ 114 × 73/74 mm et a été dessiné par Edmund Dulac. Il fut imprimé à Londres par Bradbury, Wilkinson & Co. (BWC). Il ne possède pas de filigrane. Il est référencé P.15 dans la classification Pick et A.124 dans certains catalogues français spécialisés. L’avers représente Marianne coiffée du bonnet phrygien, entourée de deux ancres portant chacune la croix de Lorraine. Le revers reproduit le texte de l’article 139 du Code pénal. Le contexte historique est particulièrement important. Ce billet appartient à la période de la France Libre. L’Afrique Équatoriale Française s’était ralliée à de Gaulle dès août 1940 et la CCFOM devint l’organisme chargé de l’émission monétaire des territoires concernés. La littérature publiée par M. Kolsky, dans Les Billets des DOM-TOM, reprise notamment sur Collect.net, indique traditionnellement pour les 5 francs Marianne une numérotation comprise entre AM.000,001 et AM.020,000. Cette donnée soulève cependant aujourd’hui une importante question concernant Saint-Pierre-et-Miquelon. En 1944, l’archipel comptait environ 4 300 habitants. Une émission limitée à 20 000 billets aurait donc représenté environ 4,6 billets par habitant, ce qui paraît cohérent avec une petite émission locale. Pourtant, après plus de vingt ans de recherches et de collecte, plusieurs exemplaires portant des numéros largement supérieurs à 20 000 ont été retrouvés sur l’archipel. L’exemplaire présenté dans la Live auction d’Octobre 2026 lot 573901, numéroté AM.021,198, est déjà supérieur à la limite traditionnellement admise de 20 000. Plus spectaculaire encore, une publication de L’Écho des Caps, le journal local de Saint-Pierre, montre un billet portant le numéro AM.067,358. L’Écho des Caps, publié à Saint-Pierre de 1982 à 2021, était un journal municipal hebdomadaire et constitue aujourd’hui une source documentaire particulièrement intéressante pour l’histoire locale. D’autres exemplaires ont depuis été retrouvés sur l’archipel, notamment les numéros AM.043,768, AM.060,261, AM.079,437 et AM.081,638. Ces découvertes remettent donc sérieusement en question l’affirmation selon laquelle la numérotation des billets de Saint-Pierre-et-Miquelon se serait arrêtée à AM.020,000. Le contexte monétaire de 1942-1945 apporte un élément essentiel à cette réflexion. Après le ralliement de Saint-Pierreet-Miquelon à la France Libre en décembre 1941, les billets de la Banque de France furent progressivement retirés de la circulation. L’ordonnance du 4 décembre 1942 prévoyait que les billets de la Caisse centrale de la France Libre deviennent les seuls billets ayant cours légal dans l’archipel. La population de seulement 4 300 habitants ne doit donc pas être considérée comme le seul élément permettant d’estimer les besoins monétaires : il fallait assurer l’approvisionnement de l’ensemble de l’économie locale, des commerces, du port, des administrations et des transactions pendant une période de guerre et d’isolement. Le dossier d’archives B-0062790 de la Caisse française de Développement constitue une piste documentaire majeure. Il fait apparaître que les volumes de billets demandés par télégrammes entre le 3 janvier 1944 et le 29 décembre 1945 dépassent largement le 80 000 exemplaires. Les numéros AM.067,358, AM.079,437 et AM.081,638 peuvent être authentifiés comme des billets effectivement destinés à Saint-Pierre-et-Miquelon, la traditionnelle limite de 20 000 exemplaires ne pourrait plus être considérée comme une description fiable de l’émission. La découverte de ces billets ouvre ainsi une nouvelle piste de recherche numismatique : combien de 5 francs Marianne ont réellement été fabriqués et mis à la disposition de Saint-Pierre-et-Miquelon entre 1944 et 1945. Nicolas FACHON LE 5 FRANCS MARIANNE DE SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON : UNE ÉMISSION BIEN PLUS IMPORTANTE QU’ON NE LE PENSAIT ?

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