Bulletin Numismatique n°267 22 Le 09/03/1818, l’administration lui répond : « Nous avons reçu, M, votre lettre du 3 de ce mois, par laquelle vous nous annoncez avoir choisi une clef pour différent. Nous en avons donné connaissance au graveur général qui le placera sur les premiers coins qui vous seront envoyés. En attendant, comme toutes les fabrications sont jugées avant d’être émises, il n’y a aucun inconvénient à employer les coins actuellement dans votre Monnaie » [MEF-MACP, SAEF/X.Ms150]. Examinons maintenant le registre des délivrances [MEFMACP, SAEF/X.Ms16] pour voir comment est répartie la production. La production enregistrée en 1818 fait apparaître un total de 24 270 monnaies réparties étonnamment en 19 petites délivrances ! La première a eu lieu le 06/01/1818 et la dernière le 26/12/1818. Collections historiques de la Monnaie de Paris / MEF-MACP, SAEF / X.Ms16 / Photo ADF Voici le détail des 3 premières délivrances : • N° 1 : 1 416 exemplaires le 13/01/1818 • N° 2 : 1 391 exemplaires le 20/02/1818 • N° 3 : 1 945 exemplaires le 11/04/1818 Bien que nommé le 21/01/1818, Lepot ne s’installe à la Monnaie de Nantes que le 24/02/1818 soit après la délivrance n° 2. On peut donc en déduire que les 2 premières délivrances l’ont été avec le différent « Ancre ». Même si Lepot a eu l’autorisation (qu’il ne demandait pas) d’utiliser les coins d’Athenas et qu’il disposait d’argent métal pour frapper, celui-ci a préféré manifestement attendre car on note que la première fabrication sous sa direction n’a lieu que le 11/04/1818. Ce délai ne peut se comprendre que par le fait que Lepot attendait les nouveaux coins. Un mois est largement suffisant pour permettre à Tiolier de le fournir en coins avec le différent « Clef ». Aussi nous pouvons en déduire que les délivrances n° 3 à 19 l’ont été avec le différent « Clef ». Cela nous donne donc un chiffre de fabrication de 2 807 exemplaires pour les 5 Francs avec « Ancre » et 21 463 exemplaires pour la 5 Francs 1818 avec différent « Clef » ! Pour autant, si la 1818 T « Ancre » est rarissime, celle avec « Clef » n’en est pas moins extrêmement rare, beaucoup plus que son chiffre de fabrication ne le laisserait supposer. Il est probable que les refontes spéculatives, menées après 1830, aient drastiquement diminué leur taux de survivance. Pour rappel, les techniques d’affinage de cette époque pouvaient laisser passer de l’or dans les flans d’argent. De plus les mesures du titre en argent par la technique de coupellation (technique par voie sèche) sous-estimaient la valeur réelle de l’ordre de 4 millièmes. Il faut attendre 1830 et la technique par voie humide de Gay-Lussac pour avoir un titre fiable. Robert Le Guen m’a également interpellé sur les autres faciales de Nantes en 1818 : peut-on, un jour, espérer voir apparaître des exemplaires avec le différent « Ancre » en plus du différent « Clef » ? Pour l’argent, outre la 5 Francs, il n’y a eu des frappes que pour la 1 Franc et elles n’ont eu lieu qu’en une seule délivrance datée du 13/11/1818 avec 1 722 exemplaires [MEFMACP, SAEF/X.Ms16]. Pour l’or, il n’y a eu que la 20 Francs de concernée. Les frappes ont eu lieu en 19 délivrances (dont 2 refondues) pour un total de 16 006 exemplaires [MEF-MACP, SAEF/X.Ms20]. La première délivrance n’a eu lieu que le 28/05/1818. Dans les 2 cas, Lepot est en fonction depuis plusieurs mois : les variantes « Ancre » ne peuvent donc pas exister pour la 1 Franc 1818 T et la 20 Francs 1818 T ! Un dernier point pour conclure concerne les différences de chiffres constatées entre le Gadoury et le Franc. Ceux du Franc sont les chiffres réels mis en circulation (délivrés), ceux du Gadoury ajoutent les chiffres des échantillons. Pour rappel, les échantillons servent au jugement des délivrances. À cette époque, un échantillon est composé de 6 monnaies. Les échantillons sont envoyés à Paris où ils sont analysés de manière destructive dans le laboratoire afin d’en déterminer le titre c’est-à-dire le pourcentage de métal fin. Si le titre est dans les tolérances, la production est délivrée et mise en circulation. Dans le cas contraire, le directeur est contraint de refondre sa production. Les résidus de matière issus de ces échantillons sont crédités en fin d’année au profit du directeur. Dans le cas de la 5 F 1818 T, on a 24 384 pour le Gadoury et 24 270 pour le Franc soit une différence de 114 exemplaires. Comme vu précédemment, il y a eu 19 délivrances de 5 Francs à Nantes en 1818. Si on multiplie 19 par 6, on retrouve bien les 114 exemplaires. Ici la différence est marginale, comme dans la plupart des cas. Mais si l’on prend le cas par exemple de la 40 Francs Charles X 1826 A, il est instructif de savoir qu’au grand maximum 56 exemplaires peuvent être retrouvés et non 62. LES CHIFFRES DE FABRICATION DES 2 VARIANTES DE LA 5 FRANCS 1818 T
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