Bulletin Numismatique n°266 58 Alors que l’Euro fêtera le 1er janvier 2027, les vingtcinq ans de son introduction physique, il n’est pas inutile de rappeler qu’il a existé dès l’Antiquité, très tôt, dans le dernier quart du VIe siècle avant J.-C. (535/530 – 510/500 avant J.-C.), la première union monétaire regroupant au maximum dix cités de la Magna Graeca (GrandeGrèce, Italie du Sud) de Calabre (1), de Lucanie (7) et du Bruttium (3) qui pendant une trentaine d’années monnayèrent une série monétaire qui, outre un étalon commun (l’achéen, masse d’environ 8,00 g) présentaient le même aspect technique, à savoir incus de revers (en fait deux images superposées, l’une en relief et l’autre en creux, en argent, de même forme, mais gardant chacune leur spécificité iconographique (épisème, symbole de la cité). Les principales cités qui utilisèrent ce système sont : Tarente (Calabre), Métaponte, Poseidonia, Siris et Pyxis, et Sybaris (Lucanie), Caulonia, Crotone et Laos (Bruttium). Nous avons aussi trois cités de Lucanie, Ami, So et et Pal/Mol qui pourraient avoir aussi frappé ce type de monnayage, les deux premiers inspirés du type de Sybaris, le dernier ayant un type bien particulier, sans que nous puissions leur donner une attribution précise. Ces monnayages sont en général rares, voire très rares pour les plus petites entités. Le terminus post quem de ces monnayages unis par leur étalon commun et leur mode de fabrication semble prendre fin au plus tard vers 500 avant J.-C. Il se pourrait que cette première union monétaire n’ait pas survécu à la chute de Sybaris qui fut détruite par Crotone vers 510 avant J.-C., à laquelle Milon de Crotone aurait pris part, décédé peu après. C’était un des plus grands champions des jeux grecs (pentétériques) qui avaient lieu périodiquement à tour de rôle, le tout formant un cycle (olympiques à Olympie, pythiques à Delphes, isthmiques à Corinthe, néméens à Némée). La tradition voire le mythe, veulent imaginer dans l’introduction de cette pratique monétaire, l’intervention de Pythagore (c. 580-495 avant J.-C.), originaire de l’île de Samos, en mer Égée, qui trouva refuge à Crotone où il fonda une école philosophique avant d’aller mourir à Métaponte. C’est ce grand mathématicien (à l’origine du théorème) qui pourrait avoir soufflé l’idée de la création d’un tel système censé faciliter les échanges commerciaux. Le système n’aurait pas survécu à la chute de Sybaris, jalousée par Crotone. Le terme de sybarite est devenu un nom commun qui caractérise celui qui recherche et use de tous les plaisirs de la vie, le luxe en particulier. Bien que certaines cités aient continué dans d’autre conditions un monnayage incus, mais sur des flans plus petits et plus épais, l’ensemble de ce monnayage se caractérise par des statères ou nomoi de flans très larges (environ 30 mm) et très fins, donc fragiles que l’on peut rencontrer fendus, éclatés voire cassés. L’autre particularité de l’étalon achéen est que le statère ou nomos n’est pas divisé en deux mais trois drachmes. BRUTTIUM – CAULONIA (VIe siècle avant J.-C.) Caulonia est une colonie achéenne fondée à la fin du VIIe siècle avant J.-C. Une autre tradition fait de Caulonia une colonie crotoniate. Caulon, fils de l’amazone Clete, serait le héros éponyme de la cité. La ville fut finalement détruite par Denys de Syracuse en 388 avant J.-C. Ses habitants furent déportés à Syracuse tandis que son territoire était annexé par les Locriens. La cité de Caulonia fut reconstruite ensuite, mais ne retrouva jamais sa renommée d’antan. Statère, nomos, Bruttium, Caulonia, c. 530-510 avant J.-C. (Ar, 8,35, g, 31 mm, 12 h) étalon achéen, poids théorique : 8,00 g, 3 drachmes ou 18 oboles STATÈRE ARCHAÏQUE DE CAULONIA : LA PREMIÈRE UNION MONÉTAIRE DE L’HISTOIRE
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