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Bulletin Numismatique n°266 32 Dans la Live Auction, ce didrachme qui fait plus penser à une monnaie grecque que romaine a retenu notre attention. Si nous n’avions pas à l’exergue du revers, la mention ROMA, nous pourrions nous trouver en face d’une monnaie de l’Italie du Sud, de la Magna Graecia, ce qu’elle est en réalité. Grecque dans son inspiration, sa métrologie, sa dénomination, nous sommes pourtant bien en face de l’émergence du pouvoir de Rome qui s’affirme au moment où elle affronte le monde carthaginois dont elle sort triomphante et renforcée à l’issue d’une guerre de plus de deux décennies et où elle récolte ses premières provinces en dehors de la botte : la Corse, la Sardaigne et la Sicile carthaginoises. RÉPUBLIQUE ROMAINE – ANONYMES (IIIe siècle avant J.-C.) La première guerre Punique qui avait débuté en 264 avant J.-C. se termine en 241 avant J.-C. à l’avantage de Rome. Après l’occupation de la Sardaigne et de la Corse en 238 avant J.-C. par les Romains, les Carthaginois s’emparent de l’Espagne, menés par Hamilcar, le père d’Hannibal. Hamilcar meurt au combat en 228 avant J.-C. Il est remplacé par son gendre, Hasdrubal. Un traité est signé la même année entre les Romains et les Carthaginois. Il fait de l’Èbre la frontière des possessions carthaginoises et garantit la neutralité de Sagonte, alliée de Rome. Pour la première fois, le temple de Janus est fermé, marquant le fait que Rome connaît la paix. En 233 avant J.-C., nous savons que l’Urbs (Rome) comptait 270.713 citoyens. L’année suivante Caius Flaminius procède à la distribution de terres de lots de « l’ager Gallicus ». Au départ, le monnayage romain est constitué de bronze, d’abord coulé. L’as ou livre, unité de bronze, correspond à 12 onces, a une masse d’environ 270 g vers 250 avant J.-C. avant la fin de la première guerre Punique (264-241 AC.). Cet étalon devient semi-libral vers 220 avant J.-C. Au début de la seconde guerre Punique (221-202 AC.), l’as ne pèse plus que 150 g environ. Les plus petites divisions, uncia, semuncia, quartuncia sont maintenant frappées au lieu d’être coulées. Le poids seul ne suffit pas à classer les séries, le diamètre entre aussi en ligne de compte. Rapidement entre 225 et 200 l’étalon va passer de libral à sextental, c’est-à-dire de 325 g à 54 g face à la plus grave crise politique et économique que la République ait connue depuis sa fondation. À partir de 213 avant J.-C., si l’as est encore coulé, les autres divisions du sextans au semuncia sont frappées. Quant au monnayage d’argent, il est calqué sur celui des cités grecques de l’Italie du Sud où les premiers statères ou didrachmes ont été frappés. Didrachme romano-campanien on nummus, Rome 241-235 avant J.-. (Ar, 6,35 g, 19 mm, 6 h) taille 1/48 L. ou 6 scrupules, poids théorique : 6,77 g, titre : +95 %, 20 as ou 12 oboles A/ Anépigraphe Tête de Mars juvénile et imberbe à droite, coiffée du casque corinthien à cimier. R/ ROMA « Roma », (Rome). Tête de cheval à droite ; faucille derrière la tête. B 34 – BMC/RR 57 – CRR 26 – RRC 25/1 – RSC 34 –HN Italy 297 RCV 1/ 26 (2400$) - MRR 50 (5000€) - RBW 38 (14000FS) - RRSC 25/ E7 (R2) Monnaie idéalement centrée des deux côtés. Très beau revers, bien venu à la frappe. Portrait agréable au droit. Patine grise. Très rare. TTB+ 2 000€/ 3 500€ Ce monnayage, l’un des plus anciens pour les Romains, était attribué précédemment à Capoue ou à la Campanie. Frappé sur un étalon romano-campanien, ce monnayage grec ne présente pas encore une iconographie romaine. Les types sont hellénistiques. Droit et revers ne sont pas très éloignés des premiers didrachmes d’étalon campanien frappés entre 280 et 275 avant J.-C. au moment de la guerre contre Pyrrhus (RCV. 2). Seule la légende de revers permet de restituer ce monnayage à la Rome de l’après première guerre Punique. La chronologie de ce didrachme romanocampanien reste controversée. D’abord fixé par H. A. Grueber entre 312 et 290 avant J.-C., ce type est daté traditionnellement entre 230 et 226 avant J.-C. Récemment, D. Sear préfère lui attribuer une étendue chronologique plus large comprise entre 230 et 225 avant J.-C., tandis que R. Albert le situe à la fin de la première Guerre punique. De très bon style, il est antérieur au début de la deuxième guerre Punique et ne se rencontre pas avec les quadrigats ou didrachmes romano-campaniens à tête janiforme comme le fait remarquer M. Crawford (op. cit. RRC. p. 40-41). Sa démonstration s’appuie sur le trésor de Catanzaro (IGCH. 2019), découvert en 1967 et qui contenait trente-six pièces en argent, enfoui à la fin du IIIe siècle avant J.-C., de composition mixte avec des espèces d’Italie du Sud (Tarente, Héraclée, Brettiens), carthaginoise (demi-shekel), accompagné d’un didrachme romano-campanien (RRC. 27/1, cf MONNAIES XXI, n° 2001). Ce trésor, trouvé dans le Bruttium, constitue un jalon chronologique important. Conjointement au didrachme, cette émission comporte aussi une double litra et deux litrai pour l’argent auxquelles sont associés as, semis, triens, quadrans, sextans et uncia de bronze. Dans l’ouvrage récent de Pierluigi Debernardi, Roman Republican Silver Coinage, volume I, Beginnings – 200 BC, Dogana, 2024, p. 25, l’auteur place la fabrication de ce type après 263 avant J.-C., en raison de la faucille, placée derrière la tête de Mars imberbe, ou Zancle en grec, premier nom du port de la cité, car il avait la forme d’une faucille, cité de la pointe sud de la botte (Messana, Messine). Ce monnayage pourrait faire référence à une victoire de Valerius Maximus Messala en 263 avant J.-C. contre Hiéron roi de Syracuse (272-216 avant J.-C.) et les Carthaginois avec l’aide des Mamertins d’où le cognomen de Valerius Maximus Messala. Outre le didrachme ou unité, lui sont associées de très rares drachmes ou demi-unités. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT MARS POUR ROME

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