Bulletin Numismatique n°266 10 Philippe Théret & Michel Taillard, Le Franc, les Essais, les Archives, volume 4, Louis-Philippe (1830-1848), Éditions Chevau-légers, Paris, 2025, relié cartonné, (16,5 x 24 cm), 800 pages, illustrations en couleur, cotes en Euro pour 4 ou 5 états de conservation. Code : Lf 32 ; Prix : 59€. Quatrième opus de la série Le Franc, les Essais, les Archives, l’ouvrage consacré au règne de Louis-Philippe est articulé autour des mêmes grandes parties que les 3 autres livres : introduction, archives, catalogue, galerie et bibliographie. Son originalité est ailleurs. C’est le plus long – et de manière significative (800 pages, contre 544 pour Napoléon ou Charles X et 576 pour Louis XVIII). Cette dimension remarquable s’explique essentiellement par la richesse des événements monétaires qui caractérisent cette époque, et pour lesquels les auteurs proposent une lecture inédite, fondée exclusivement sur l’examen des archives. Autant le dire : amatrices et amateurs d’envolées lyriques, passez votre chemin. Le contenu s’articule autour de l’exploitation d’un grand nombre de documents d’archives, dont de larges extraits sont proposés in extenso. Ils permettent de comprendre la chronologie des faits. À partir de cette matière, chacun pourra forger son opinion, et construire son interprétation. On peut ainsi lire les échanges entourant l’adoption du modèle provisoire, qui voit Tiolier supplanter Galle, puis l’organisation du concours fin 1830, qui correspond au triomphe de Domard. Dans ces deux circonstances, il semble bien que les considérations esthétiques, parfois du souverain lui-même, ont supplanté le droit… Il est également possible de comprendre l’enchaînement et les raisons des retouches apportées successivement, alors même que le visage du souverain reste fondamentalement identique. Sur un plan technique, le règne de Louis-Philippe constitue un pivot dans l’histoire de la fabrication monétaire française. Il est ainsi marqué par la généralisation de la virole brisée en lieu et place d’une inscription en creux, en français et non en latin. Changement technologique et évolutions des coins se combinent et achèvent de complexifier la situation en 1831-32, expliquant ainsi l’émergence de monnaies hybrides, qui font la joie des collectionneurs. Cette anomalie irrite, et fait l’objet d’échanges épistolaires, de convocations et demandes d’explications. Par ailleurs, les auteurs ont pu reconstituer le parcours de l’homme qui a convaincu le pouvoir central de l’intérêt de sa technique de virole brisée: Jacques Moreau. On peut suivre son périple au long cours, dans les douze ateliers monétaires. Suscitant tour à tour critiques, doutes, mais aussi enthousiasme, adhésion, le procédé lui ouvre les portes du contrôle du monnayage de la Monnaie de Bordeaux, mais il ne reçoit guère d’attention de la part de l’État, et finit sa vie manifestement ruiné. L’ouvrage fait le récit d’une autre saga : la « révolution technologique » de la presse monétaire, autour d’un duel entre l’Allemand Uhlhorn et le Français Thonnelier. Environ 70 pages sont nécessaires pour cette aventure qui compte de bien nombreuses péripéties, tout au long de 18 années du règne de Louis-Philippe, des prémices jusqu’à l’adoption du procédé. Comme Moreau, son inventeur ne bénéficie que d’une bien faible reconnaissance de son pays. Ces deux histoires sont, de fait, assez troublantes, tant elles partagent des traits communs : autorités pusillanimes, pugnacité des inventeurs notamment. La dernière grande affaire du règne de Louis-Philippe réside dans le long serpent de mer de la refonte des monnaies en cuivre – un projet qui ne se concrétisera jamais. On envisage tour à tour de refrapper, mais surtout de refondre. Pas moins de 5 commissions se succèdent, donnant l’occasion de concevoir et frapper différents essais. Comme dans les ouvrages précédents, une section assez étoffée est consacrée aux monnaies de visite, qui clôt le récit des événements numismatiques, avant la partie catalogue d’environ 300 pages. La taille est imposante, et s’explique naturellement par la richesse de la première partie. Bon nombre de collectionneurs seront sans doute particulièrement intéressés par cette section, puisque des cotations sont proposées. Les auteurs y ont inclus les monnaies de prétendant d’Henri V – LE COIN DU LIBRAIRE LE FRANC, LES ESSAIS, LES ARCHIVES, VOLUME 4
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