Bulletin Numismatique n°265 50 Hercule Ier d’Este est le fils de Nicolas III. Il naît le 26 octobre 1431 à Ferrare où il meurt aussi le 25 janvier 1505. C’est un grand prince de la Renaissance et un condottiere accompli. Il est élevé à la cour de Naples qu’il quitte en 1460. Rentré à Ferrare en 1463, il est chargé par son demi-frère Borso de l’administration de Modène et de Réggio. Il entre au service de Venise et du pape contre Naples et la Florence des Médicis. Il succède à Borso le 20 août 1471 dans des conditions difficiles avec l’aide de Venise et devient duc de Ferrare et de Modène. Rusé et changeant souvent de camp au gré des alliances régionales, il se rapproche de Naples au détriment de Venise et épouse Éléonore de Naples, la fille de Ferdinand Ier qui lui apporte en dot 60 000 ducats. Ils auront au total sept enfants. En 1476, une conjuration menée par Nicolas, fils de Lionel et neveu de Borso est réprimée et les conjurés exécutés. Hercule, méfiant, cherche de nouvelles alliances et se rapproche de Milan. Dans une Italie où les guerres sont nombreuses et les alliances sont changeantes, l’équilibre reste précaire entre Ferrare, Florence, Milan et Venise, opposé au Pape et à Naples. La guerre de Ferrare éclate en 1482, Hercule doit signer la Paix de Bagnolo en 1484. Renonçant aux armes pour les remplacer par la diplomatie, il va louvoyer entre les différentes cours italiennes et l’alliance des rois de France, Charles VIII, puis Louis XII. À partir de 1490, mécène, il favorise les Arts et embellit Ferrare. Son train de vie, ses voyages et ses dépenses dispendieuses font que Ferrare se retrouve dans une situation financière et politique difficile. L’intervention française en Italie à partir de 1494, bien que francophile, va l’obliger à pratiquer une neutralité versatile. Ses alliances matrimoniales lui permettent de maintenir sa place et son rôle en Italie. Son fils aîné, Alphonse épouse Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI et sœur de César et obtient du pape le droit de succession pour tous ses descendants. À sa mort, son fils Alphonse lui succède. Mais quel rapport existe-t-il entre Hercule et la Numismatique ? Il faut évoquer la collection dite « de Gonzague » en réalité d’Este. La collection débutée dans les années 1420 est augmentée par Hercule au cours de son règne et continuée par ses successeurs jusqu’à la fin du XVIe siècle. C’est Alphonse II qui fait apposer une petite aiglette héraldique sans tête « aquilette », dans les années 1570 derrière la tête des portraits au droit, en or sur les monnaies d’argent et en argent sur les monnaies d’or et de bronze. En partie ruinée, une partie de la collection est rachetée par la famille de Gonzague d’où la confusion d’appellation. La collection forte de plusieurs centaines d’exemplaires est dispersée et se retrouve, parfois au gré des ventes, dans un catalogue. La fille d’Hercule, Isabelle d’Este (1474-1539) fut une grande collectionneuse ainsi qu’une mécène pour les Arts. Elle épousa François de Gonzague (1466-1519), duc de Mantoue ce qui peut renforcer les liens entre les deux familles mais aussi favoriser la confusion numismatique. ITALIE - DUCHÉ DE FERRARE - HERCULES Ier D’ESTE (1471-1505) Grosso, sans date (Ar, 3,68 g, 25 mm, 1 h), poids théorique 1 grossone = 2 grosso = 4,5 soldi ? A/ + (HE)RCVLES . DVX . FERRARIE (Hercule duc de Ferrare) Buste d’Hercules Ier à gauche, tête nue et cuirassé, avec un petit col fraisé. R/ + (molette) DEUS. FORTITUDO. (ME)A (molette) Saint Georges nimbé et cuirassé, le manteau flottant, galopant sur un cheval caparaçonné, tenant une lance de la main droite, terrassant le dragon. CNI X/ 438 – MIR 9/257 Rare. SUP 1 500€/ 2 800€ Grâce à cette pièce qui n’est pas un « testone » mais présente néanmoins un portrait, nous nous retrouvons en pleine Renaissance italienne qui vient rencontrer les ambitions des souverains français en vue de se tailler dans la mosaïque italienne des territoires dont ils se considèrent comme les propriétaires légitimes au titre des liens familiaux qui les lient aux « Anjou » pour Naples ou aux « Visconti » pour Milan. Par la grande Histoire, nous rejoignons celle des petits objets, notre sujet et qui fait que très certainement ces monnaies marquées d’une aiglette ont été touchées et ont appartenu à ces grands mécènes de la Renaissance. Ils constituent ainsi les plus anciens « pédigrées » vérifiables avant l’introduction de la photographie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pauline BRILLANT & Laurent SCHMITT QUAND L’HISTOIRE RENCONTRE LA NUMISMATIQUE
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