Bulletin Numismatique n°264 41 Notre statère appartient à la série avec la lyre inversée (cl. II de l’Or Gaulois) attribuée aux Carnutes (série 490 du DT II). Sur notre exemplaire à l’exergue, nous avons une pseudo-légende (Φιλιπου) qui ressemble à une frise ou un portail. Le type est encore très proche du modèle macédonien, mais se trouve déjà fortement celtisé, au niveau du visage dans la stylisation des traits et l’apparition de symboles qui appartiennent à l’iconographie gauloise. La particularité de notre statère repose sur cette lyre qui se retrouve retournée ou inversée, marque de fabrique du monnayage carnutes, de la Loire moyenne. Ici, elle est à peine reconnaissable, limitée à deux cordes, en forme de pi. L’aurige est déformé. Au droit la décoration de l’oreille (boucle) prend une forme cruciforme à partir de globules. CARNUTES (Région de Chartres, 28) (IIe – Ier siècle avant J.-C.) Les Carnutes étaient l’un des peuples les plus importants et les plus puissants de la Gaule indépendante. Leur territoire s’étendait entre Loire et Seine sur l’Orléanais, le Blésois et le pays chartrain jusqu’à Mantes, c’est-à-dire la plus grande partie des départements actuels du Loiret, du Loir-et-Cher et de l’Eure-et-Loir et une partie des Yvelines. Leur centre économique était situé à Genabum (Orléans), mais leur principal oppidum semble avoir été Autricum (Chartres). Ils auraient participé à l’expédition légendaire de Bellovèse jusqu’en Italie. Ils formaient le centre géographique de la Gaule et, bien avant le début de la Guerre des Gaules, les marchands romains connaissaient le chemin de Genabum (Orléans), alors un grand centre commercial. Les Carnutes étaient aussi réputés pour leur forêt où se tenait l’assemblée annuelle des Druides. Au début de la Guerre, César avait hiverné chez les Carnutes en 57 avant J.-C. et leur avait imposé comme roi Tasgetios, qui est assassiné en 54 avant J.-C. L’année suivante, ils se soumettent mais au début de 52 avant J.-C., ils sont peut-être à l’origine de la révolte qui va soulever l’ensemble de la Gaule. Il est possible que les conjurés se soient retrouvés au cours d’une assemblée druidique. Les Carnutes massacrèrent les colons et les marchands romains de Genabum (Orléans) sous la conduite de Cotuatos et de Conconnétodumnos. César vint assiéger la ville qu’il prit, pilla et incendia, marquant le début des hostilités. Les Carnutes fournirent ensuite un contingent de douze mille hommes à l’armée de secours afin de dégager Alésia. Après la chute de Vercingétorix, l’année suivante, les Romains effectuèrent une nouvelle campagne de pacification et César punit les assassins de l’année précédente. César (BG. II. 35 ; V, 25, 29, 56 ; VI, 2-4, 13, 44 ; VII. 2, 3, 11, 75 ; VIII. 4, 5, 31, 38, 46). Strabon (G. IV, 2, 3) ; TiteLive (HR. V, 34). Ptolémée (G. II, 8). Kruta : 68, 187, 334. Statère d’or pâle à la joue lisse et à la lyre, stylisé, classe III, var. 1, Carnutes, Ier siècle avant J.-C. (7,30 g, 20,50 mm, 8 h) A/ Anépigraphe Tête laurée imitée d’Apollon, très stylisée avec l’œil en amande, à droite ; la joue lisse et la ligne du cou ornée d’un collier de perles. R/ Anépigraphe Bige à droite sur une ligne d’exergue doublée d’une ligne ondulée, conduit par un aurige ; (la roue du char sous la queue des chevaux) et une lyre renversée entre leurs jambes. LT 5951 var. – Sch/ D 76-77 – GM p. 48, n° 10 – DT 2531 J.-N. Barrandon, G. Aubin, J. Benusiglio, J. Hiernard, D. Nony, S. Scheers, Le trésor de Chevanceaux et les monnayages de la façade atlantique, L’or Gaulois, Cahiers Ernest-Babelon 6, Paris, 1994, p. 125-127, pl. IV/ 8 Très beau statère avec les deux côtés complets. Patine de collection. Très rare. TTB+ 2 000€/ 3 500€ Exemplaire au profil uniforme et à la joue lisse. Ce type appartient à la variété 1 (DT 2530 à 2532) Cette série à la lyre inversée est attribuée aux Carnutes. Il s’agirait « d’une réplique encore très proche du prototype macédonien, où l’on discerne surtout au revers les marques d’un début de celtisation. C’est ainsi que la figure, sous les antérieures et au-dessus de l’exergue comportant la légende simulée de Philippe, une petite tête de face très stylisée, prolongée de chaque côté par deux « nattes » (?) relevées à leur extrémité. C’est ce motif qui, perdant les trois points suggérant les yeux et la bouche et gagnant trois ou quatre « cordes », se transforma en lyre inversée, et constitua sur la Loire Moyenne l’essentiel du monnayage en or des Carnutes, cela semble-t-il sans modification notable jusqu’à la fin de l’indépendance. » Comme le fait remarquer S. Scheers dans le catalogue des monnaies massaliètes et des monnaies celtiques du musée des BeauxArts de Lyon, Peters, Louvain, 1996 , p. 70-71, n° 291-292, l’aire de circulation se situe le long de la Loire moyenne et se rencontre principalement à Amboise, 4 ex. (41), dans les environs de Tours (37) et dans le trésor de Saint-Pierre-de-Maillé (86). Avec cet exemplaire qui appartient en fait à une série rare, nous avons un très bel exemple de la déformation du prototype original du statère de Philippe II de Macédoine. Le plus visible sur cet exemplaire qui ne se distingue pas sur les autres statères est la pseudo-légende du revers qui forme une sorte de portail sous le bige qui est particulièrement bien venu à la frappe. Viviane BÉCLIN & Laurent SCHMITT LES CARNUTES CONNAISSENT LA MUSIQUE
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