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Bulletin Numismatique n°264 13 Dans la Live Auction du 9 juin 2026, un aureus d’Antonin le Pieux avec une légende de revers inhabituelle a suscité notre curiosité et nous a poussés à vous livrer le fruit de nos recherches. Nous trouvons une mention de cette légende dans l’ouvrage de Seth W. Stevenson, A dictionnary of Roman Coins, Londres, 1889, p. 396. D’après cet auteur un temple de la Fortune Opsequens aurait été restauré par Antonin le Pieux. Ce type de légende n’a été utilisé que par cet empereur. Dans son ouvrage, Michel Mathieu-Colas, Lexique des divinités grecques et romaines, Belles Lettres, Paris, 2024, p. 441-442 évoque la « Fortune complaisante, propice ». Le même épithète se rencontre aussi pour Vénus. C’est Plutarque, qui, en évoquant les temples de la Fortune à Rome, bâtis par Servius Tullius, sixième roi légendaire de Rome (575-535 avant J.-C.) en place un, situé sur le Capitole avec ce vocable sous sa forme de Fortuna Obsequens. ANTONIN LE PIEUX (25 février 138 – 7 mars 161) Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus Auguste (10 juillet 138- 7 mars 161) Antonin est né le 19 septembre 86 à Lanuvium. Sa famille est originaire de Gaule (Nîmes). C’est un riche sénateur qui a épousé Faustine l’ancienne entre 110 et 115 et est ainsi entré par alliance dans la famille d’Hadrien. Après la mort d’Aelius le 1er janvier 138, Hadrien choisit Antonin pour lui succéder le 25 février 138 en lui adjoignant deux fils adoptifs, Marc Aurèle et Lucius Vérus. Hadrien meurt le 10 juillet et Antonin lui succède. Il doit d’abord batailler pour faire diviniser Hadrien, ennemi du Sénat. En 139, Marc Aurèle devient césar et Faustine augusta. Son règne est calme et heureux et symbolise la « Pax Romana » du deuxième siècle. En 148, il commémore avec faste le 900e anniversaire de Rome. Aureus, Rome, 158-159 (Or, 6,60 g, 17 mm, 6 h) taille 1/45 L., poids théorique : 7,22 g, 6,5 scrupules, 25 deniers ou 100 sesterces A/ ANTONINVS AVG PIVS P P TR P XXII « Antoninus Augustus Pius Pater Patriæ Tribunicia Potestate duovicesimum », (Antonin auguste pieux père de la patrie revêtu de la vingt-deuxième puissance tribunitienne). Buste lauré d’Antonin le Pieux à droite, drapé sur l’épaule gauche (O*2). R/ FORTVNA OPSEQVENS // COS IIII/ S|C « Fortuna Opsequens Consul quartum », (La Fortune favorable consul pour la quatrième fois). Fortuna (La Fortune) debout à gauche tenant une patère audessus d’un gouvernail posé sur une proue de navire et une corne d’abondance. C III/ 390 var. (45 F. or) - RIC III/ 60, 286b - BMC/RE/ IV/, 138, 931, pl. 20, 3 – RCV 2 – Calico 1540 Monnaie idéalement centrée des deux côtés. Très beau buste d’Antonin le Pieux, bien venu à la frappe. Joli revers. Patine de collection. Très rare. SUP/ TTB+ 3 500€/ 6 000€ Poids léger et petit flan. Notre exemplaire présente plusieurs différences avec les exemplaires recensés, dont deux dans la base acsearch (CNG 124, n° 649 et Triton X, n° 638), à savoir, nous avons sur notre exemplaire deux rubans de type 3 contre un unique pour les aurei mentionnés. Sur notre aureus, le pan de paludamentum est aussi visible derrière le cou de l’Auguste. C’est la première fois que nous proposons ce revers pour l’or qui n’est frappé qu’entre 157-158 et 158-159. Ce type semble beaucoup plus rare que ne le laissent paraître les ouvrages généraux. Dans le Cohen et le RIC, OPSEQUENS est écrit sous la forme OBSEQUENS. Dans le trésor de Trèves, Karl-Josef Gilles, Der römische Goldmünzenschatz aus der Feldstrasse in Trier, RLTn TZ 34, Trèves, 2013, p. 142, n° 2333, et p. 244 (autres coins), il n’y avait qu’un seul exemplaire de ce type sur un total de 2.518 aurei entre Néron et Septime Sévère dont 160 aurei pour Antonin le Pieux. Quant à l’exemplaire du British Museum, il provient du second trésor de Corbridge, trouvé en 1912, composé de 160 aurei de Néron à Antonin le Pieux dont 24 aurei pour ce dernier (n° 148 pour notre type) c. Richard Bland and Xavier Loriot, Roman an Early Byantine Gold Coins found in Britain and Ireland, with an appendix of new finds in France, RSN, SP n° 46, London, 2010, p. 224-226, n° 478 (aureus, 7,21 g, n° 148). La légende de revers est tout à fait exceptionnelle et ne sera plus reprise dans le monnayage romain. Pourquoi entre 157/8 et 158/9 (TR P XXI et TR P XXII), l’empereur a-t-il besoin d’affirmer sa puissance impériale liée à la Fortune ? La maladie chronique de l’empereur serait-elle liée à ce choix épigraphique ? Le revers est connu pour l’aureus, le denier, le sesterce, le dupondius et l’as. C’est sous l’apparence d’un aureus classique que nous avons découvert cette pièce dédiée à la Forune complaisante, favorable ou propice qui, si elle présente bien certains attributs de cette entité personnifiée ou Tyché en grec, se rencontre avec son gouvernail et la corne d’abondance qui sont ses attributs habituels, se voit moins couramment associée à la patère (phiale), plutôt dévolue à Pietas (la Piété) ou bien à la proue de navire qui est plutôt liée à Annona (l’Annone) qui veille au bon approvisionnement de Rome. Cette divinité aux multiples attributs évoque peut-être une forme de syncrétisme religieux, mêlant dans ce cadre plusieurs divinités ancestrales qui furent souvent honorées sous le règne conservateur d’Antonin le Pieux. Marie BRILLANT et Laurent SCHMITT ANTONIN ET LA FORTUNE FAVORABLE

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