Bulletin Numismatique n°262 44 Outre la plus belle et la plus importante collection de monnaies monégasques du monde, avec celle du roi d’Italie Victor-Emmanuel III conservée au musée National romain (Rome), l’autre caractéristique principale du MTM est de montrer aux visiteurs les outils et les étapes de la fabrication des monnaies, antérieurement à nos techniques contemporaines. C’est ainsi qu’ils peuvent voir, à l’exception du laminage, les outils des différentes étapes de la fabrication monétaires : gravure des coins, découpage des flans dans les feuilles obtenues par le laminoir à partir de lingots, frappe des flancs qui sont transformés en monnaies par le balancier. Les monnaies sont alors le produit fini dont le visiteur comprend comment il a été obtenu. Ce caractère pédagogique du MTM, accentué par la présence de nombreux cartels explicatifs, tant des monnaies exposées que des outillages, fut relevé il y a quelques années par le Recteur de l’Académie de Nice. Il fut remarqué également par l’éminente numismate que fut madame Françoise Dumas (1932-2024), ancienne directrice de la Bibliothèque de l’Institut de France (Académie française et les 4 autres Académies) après avoir été conservatrice au Cabinet des Médailles et présidente de la Société Française de Numismatique. Fig.5 - Photographie de Christian Charlet et Michel Amandry en 2012 - ©jda Alors en vacances à Nice, Françoise Dumas décida de venir visiter le MTM de Monaco dont elle avait entendu parler à travers mes communications et interventions à la Société française de numismatique où elle participait aux réunions avec assiduité. À son retour à Paris, elle fit connaître sa grande satisfaction d’avoir découvert un musée de grande qualité, présentant des monnaies très rares, en liaison étroite avec le monnayage. Comme le recteur de l’Académie de Nice ultérieurement, elle avait apprécié la pédagogie recherchée par le MTM résolument tourné vers l’information des visiteurs plutôt que vers la satisfaction personnelle des exposants. Le rapport positif très favorable de Françoise Dumas permit de convaincre le directeur du DMMA (Cabinet des Médailles) Michel Amandry d’accepter la participation de la BnF à la première exposition numismatique de 2008 puis à celles de 2012 et de 2015, Michel Amandry venant lui-même personnellement à l’exposition de 2012 comme le montre ci-après la photo où, en compagnie de Chr. Charlet, commissaire général de l’exposition, il installe dans les vitrines les monnaies prêtées par la BnF (fig.5). L’exposition de 2008 fut consacrée à faire connaître une série de monnaies exceptionnelles, de l’Antiquité grecque à nos jours, les décadrachmes de Syracuse voisinant avec les multiples d’or de Louis XIII appelés communément à tort « 10 louis » et « 8 louis ». À cette occasion, le Cabinet des Médailles avait prêté la pièce de 500 Fr or 1934 au nom de Louis II de Monaco financée à 2 exemplaires par le mécène Charles de Beistegui. Celle de 2012 associa les monnaies à des documents d’archives uniques sur le thème de la souveraineté monégasque reconnue en 1512 et de l’avènement de la Principauté, substituée à la Seigneurie, un siècle plus tard en 1612-1614. Un beau catalogue, encore disponible au MTM, retrace cette magnifique exposition qui fit mieux connaître aux visiteurs l’histoire de Monaco et de ses princes. 2015 fut une grande date, celle du tricentenaire de la mort de Louis XIV. Beaucoup de gens ignoraient alors les liens exceptionnels qui unissaient le Roi-Soleil et la Principauté de Monaco. Et pourtant… Depuis le traité de Péronne, conclu en septembre 1641 entre Louis XIII et Honoré II de Monaco, des relations privilégiées avaient été créées entre la France et Monaco ; elles sont encore à l’origine des liens actuels entre les deux pays qui reposent sur cette pierre angulaire multiséculaire. À l’occasion de la conclusion de cette nouvelle alliance, Louis XIII avait remis à Honoré II ses propres colliers des ordres royaux et peu après le tout jeune Louis XIV était devenu parrain du futur Louis Ier, petit-fils et successeur d’Honoré II dont Louis XIV fera son ambassadeur extraordinaire auprès du pape en 1700. Cette grandiose exposition (cf. Catalogue) mit en lumière de façon éclatante la numismatique du Roi-Soleil et celle des princes de Monaco, valorisée par la présence de somptueux documents d’archives prêtés par le Palais de Monaco (Direction des Archives et de la Bibliothèque). Parallèlement, à la suite de la donation du grand collectionneur monégasque Marcel Barruero, le numismate professionnel Romolo Vescovi fit don au prince Albert II de son exceptionnelle collection de luigini (1600 exemplaires variés) qui avait servi à la rédaction de l’ouvrage du commandant Cammarano (1998), publié par les Éditions Victor Gadoury avec le concours du Cabinet des médailles de la BnF. Les luigini (italien : petits louis) étaient les imitations des petites pièces d’argent de 5 sols, créées par Louis XIII en 1641 et frappées ensuite par sa nièce, Anne-Marie-Louise de Bourbon-Orléans-Montpensier, princesse de Dombes, fille de Gaston d’Orléans et cousine germaine de Louis XIV. Ces petites pièces d’argent furent systématiquement imitées à Orange, Monaco, sur la Riviera italienne et en d’autres endroits, conduisant à une énorme production spéculative d’environ 180 millions d’exemplaires dispersés dans l’Empire ottoman, appelé « Le Levant » où leur valeur était augmentée jusqu’au double. Commencée vers 1658, cette spéculation fut stoppée par les autorités turques en 1670. L’exposition au MTM en 2023, grâce à la collection Vescovi devenue monégasque et à UNE PRESTIGIEUSE EXPOSITION POUR LES 30 ANS DU MUSÉE DES TIMBRES ET DES MONNAIES DE MONACO
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