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Bulletin Numismatique n°262 37 capitale normande, tant elle rassemble une élite locale, qui se distingue par sa sensibilité progressiste et scientifique. Dès cette date, il devient un notable rouennais. À cette époque, Achille Hamel bénéficie aussi d’un soutien inattendu : le Journal de Rouen lui assure une promotion assez exceptionnelle. L’attention qui lui est portée permet de bien suivre sa carrière – et c’est particulièrement précieux pour rédiger une biographie. Néanmoins, la lecture des articles laisse parfois songeur, tant le ton est proche du publi-reportage14. Il bénéficie de deux récompenses, des médailles d’argent, décernées par l’académie des Sciences, belles-lettres et arts de Rouen, en 1854 et 58. 1858-59 est une période charnière : Hamel réalise les médailles de récompense et de souvenir de l’Exposition régionale de Rouen, et le concert des louanges dépasse cette fois les frontières normandes, puisque son travail trouve grâce aux yeux de la Gazette des Beaux-Arts dans son numéro du 1er octobre. Les commandes, aussi, débordent du cadre régional, avec en particulier la Société des régates parisiennes15, L’exposition régionale de Bordeaux16, l’Exposition régionale de Nantes (souvenir et récompense)17. 1861-1879, LES ANNÉES PARISIENNES, LA CONSÉCRATION AVANT LA CHUTE Sa trace se perd dans un premier temps, alors qu’il déménage avec sa famille à Paris, et qu’il cède son entreprise à Adolphe Lecomte, un graveur lui aussi d’origine normande, mais établi jusque là à Lille. Cette disparition ne signifie pas qu’il échoue pour autant. Il émerge de nouveau, et de quelle manière, en 1866. Il réalise une médaille pour commémorer les pèlerinages au Saint-Sépulcre18, ce qui lui vaut de recevoir « le titre et les insignes de Chevalier du Saint-Sépulcre »19 en 1867. À cette période, il est choisi pour réaliser la médaille de récompense pour la partie navigation de plaisance à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris, symbole de l’apogée du Second Empire – cette attribution est sans aucun doute la preuve de la reconnaissance de son talent. La médaille est clairement un succès, puisque le Yacht-Club de France se porte acquéreur du coin d’avers pour sa médaille de récompense, et demande à Hamel de produire un nouveau revers20. 14 Journal de Rouen, 31/12/1857 : « On connaît les jolies médailles gravées par M. Hamel et qui représentent l’église de Bonsecours. On sait que ces médailles de modules divers, sont d’une exécution artistique remarquable qui en fait de véritables bijoux. M. Hamel vient, à ce sujet, de compléter son œuvre en composant une nouvelle médaille destinée à être bientôt en grande faveur, surtout auprès des jeunes personnes. La médaille dont nous parlons et qui est de forme ovale, gravée avec autant de talent que de bon goût, offre, d’un côté, une vue de l’église de Bonsecours, et de l’autre, les attributs du baptême, de la communion et de la confirmation. Une place est réservée auprès de chacun de ces attributs pour l’inscription d’une date, et un gracieux écusson peut recevoir le nom de la personne qui possède cette charmante médaille » 15 Figure 16 de l’annexe 16 Figure 18 de l’annexe. Les organisateurs de l’Exposition sont clairs : ils sollicitent Hamel parce qu’ils veulent la même chose qu’à Rouen : Bulletin de la Société philomathique de Bordeaux, 1859, p.141 17 Figures 19 et 20 de l’annexe 18 Figure 23 de l’annexe 19 Bulletin de l’Oeuvre des Ecoles d’Orient du 1er mai 1867 20 Figure 24 de l’annexe Figure 3: Médaille de récompense, navigation de plaisance, diamètre 6,8 cm, 137g, cuivre Le graveur enchaîne alors plusieurs commandes liées à ces événements particuliers que sont les Expositions. Il conçoit les médailles de récompenses et de souvenirs de l’Exposition internationale maritime du Havre21 en 1868 par exemple. 1869, puis 1870 sont des années d’inflexion dramatique. Hamel continue d’enregistrer les commandes (Exposition industrielle de Beauvais par exemple). Mais alors qu’il s’apprête à sortir des frontières françaises pour participer à l’exposition d’Altona, en Prusse, à la fin août – il lui sera décerné une médaille d’argent à cette occasion, une véritable tragédie survient. À la mi-août, à l’occasion d’un voyage à destination de l’Italie, sa femme et sa fille disparaissent dans le lac du Bourget, victimes d’un chavirage d’embarcation dont luimême réchappe22,23. Les corps des deux malheureuses ne seront jamais retrouvés. Et puis quelques mois plus tard, son domicile parisien est vraisemblablement sinistré pendant la Commune. Il est très probable qu’il revienne à cette période sur Rouen24, pour quelque temps, avant de s’installer de nouveau à Paris, à une autre adresse, vers 1872-73, jusqu’à sa mort. Quand il revient dans la capitale, il exécute encore quelques commandes, parfois en provenance de Normandie, à l’instar d’une médaille de récompense pour le compte du Petit Séminaire de Rouen, en 187425. Néanmoins, le rythme s’est considérablement ralenti, puisque seule une dizaine de modèles apparaît au dépôt légal entre 1871 et 1879 – au cours de la seule année 1866, il en avait réalisé 12. Il décède à Paris le 26 juin 1879, à l’âge de 59 ans, manifestement des suites d’une longue maladie – les remaniements 21 Figures 25 et 26 de l’annexe 22 Le Journal de Rouen s’en fait l’écho les 19, 21 et 30 août 1869. Le Journal des baigneurs, un quotidien dieppois, rapporte aussi l’information le 19 août. Ce dernier tient des propos qui montre à quel point Achille Hamel est connu : « (…) M. Hamel, ancien graveur, sur le cours Boieldieu à Rouen. Pendant son séjour en cette ville, il s’était acquis de nombreuses sympathies et le double malheur qui vient de le frapper sera vivement ressenti par tous ceux qui avaient connu cette honorable famille » 23 Cet accident fait l’objet d’une couverture plutôt significative. Outre le Journal de Rouen, qui reprend en fait des articles d’abord parus dans le journal de l’Ain et le Constitutionnel ; le Courrier des Alpes, une recherche rapide permet d’identifier un article dans : le Messager du Midi (22/08) ; la Petite Presse (21/08) qui est une reprise du Journal de l’Ain ; le Journal des Baigneurs (19/08), le Mémorial de la Loire et de la Haute Loire (23/08), l’Univers Illustré. 24 Cette réinstallation temporaire explique sans doute la cosignature « Hamel - Lecomte » sur deux modèles qui ne sont pas reproduits ici, « Havrais reconnaissants » et « comité de Vaccine du Département du Nord ». 25 Figure 27 de l’annexe ACHILLE HAMEL, TRAJECTOIRE D’UN MÉDAILLEUR OUBLIÉ

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