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Bulletin Numismatique n°262 36 ACHILLE HAMEL, TRAJECTOIRE D’UN MÉDAILLEUR OUBLIÉ1 « La gravure en médailles n’a dans notre ville qu’un seul et digne représentant : c’est M. Hamel, qui a, de plus, l’honneur d’avoir implanté à Rouen cet art qu’il ne paraissait guère possible de faire réussir en province. En dépit des nombreuses difficultés que l’artiste rencontre dans l’obligation d’aborder tous les genres, ce qui n’a pas lieu à Paris, où s’explique ainsi la supériorité des spécialistes, M. Hamel a fait preuve d’un talent aussi sûr que varié dans l’exécution d’une grande quantité de médailles depuis quelques années. (…). L’Académie décerne un rappel de médaille d’argent à M. Hamel » (Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, 1858 p.71) Éclipsés par les artistes de « l’âge d’or » de la médaille, dans les années 1890-1920, bon nombre de graveurs du milieu du 19e siècle restent encore dans l’ombre, malgré toutes les louanges et prix reçus. C’est tout particulièrement le cas d’un homme qui a connu un succès incontestable, d’abord en Normandie, puis au-delà des frontières régionales, à Paris : Achille Hamel. Pendant près de 50 ans, de 1850 à 1900, la création de nouveaux types de médailles en Seine-Maritime (SeineInférieure à l’époque) est presque exclusivement attribuable à cet homme, puis à ses successeurs, Lecomte et Noël. La difficulté d’appréhender la vie, et l’œuvre d’Achille Hamel est telle que son identification a été une quête en elle-même2. En effet, les musées qui conservent pourtant des médailles de ce graveur les ont attribuées à d’autres artistes, dont le champ d’activité et les années d’exercice ne correspondent pas vraiment3. Ainsi, une vingtaine de médailles environ, au nom de « Hamel », sont conservées au musée Carnavalet. D’autres sont visibles dans des établissements aussi divers que le Palais des Beaux-Arts de Lille, le musée national de la Marine ou encore le musée de Bretagne. Des exemplaires sont aussi repérables dans des collections à l’étranger, en particulier au Royaume-Uni4 ou aux Etats-Unis – l’American Numismatic Society possède ainsi au moins deux exemplaires de médailles de l’Exposition internationale du Havre de 1868 de dimensions différentes5. 1 Il s’agit ici d’un grand résumé d’une étude complète accessible à ce lien : http://numisvaldesalm.be/CHASSANITE.pdf 2 Le dictionnaire Bénézit, qui comprend pourtant 170 000 références, propose 7 entrées au nom de Hamel, mais aucune ne correspond à ce graveur. En revanche, il est bel et bien identifié par Leonard Forrer, qui indique dans son Biographical Dictionary of Medallists, en p. 391 : « Hamel (French.). Diesinker of the third quarter of the nineteenth century. His name occurs on a medal of Napoleon III commemorating Dr. Jenner. Another medal is signed Hamel et Lecompte (Vide Amer. Journ. Of Num. n° 755-6-1015) 3 Deux noms ressortent : à titre principal Adolphe-Emile, plus rarement Jacques-Ernest. Le premier se distingue par la gravure sur bois (prix à l’Expo Universelle de Paris 1889). Le début de ses années d’exercice (1887) et nettement postérieur et incompatible par rapport aux œuvres identifiées. Il est domicilié qu’à Paris alors que de nombreuses médailles ont une signature « Hamel à Rouen ». 4 Par exemple au National Maritime Museum, Greenwich, London : https://www.rmg.co.uk/collections/objects/rmgc-object-38249 5 http://numismatics.org/collection/1931.999.597?lang=fr ;http://numismatics.org/collection/1936.999.652?lang=fr 1848-1860, LES ANNÉES ROUENNAISES, L’ESSOR D’UN GRAVEUR En 1848, la première trace d’Achille Hamel résonne comme un coup d’éclat – il a alors 28 ans. Il est récompensé d’une grande médaille de bronze pour la qualité de son travail. L’éloge est particulièrement appuyé : il « nous a fait admirer trois médailles qu’il a exécutées pour la Société d’horticulture de Rouen. Il est impossible de rien voir de plus coquet, de plus gracieux, de mieux travaillé ; les fleurs, les fruits, les outils de jardinage sont gravés avec une rare perfection, et de manière à rivaliser avantageusement avec les plus habiles ouvriers de la capitale. Depuis longtemps nous avons suivi avec intérêt les progrès de M. Hamel, dans l’art qu’il exerce, et nous savions d’avance que tôt ou tard, il deviendrait l’un de nos lauréats. » Figure 1 : avers de la médaille d’horticulture, exemplaire des musées de Rouen 41 mm Figure 2 : Avers de la médaille d’horticulture, exemplaire du Département des Monnaies et Médailles 36 mm Veuf en 1850, il se remarie en 1852 avec Angélique Baullier6, en février. Le couple accueille une petite fille fin novembre. Cette union correspond à la croissance rapide de sa production de médailles, qui s’explique sans doute par la profession de son épouse, qui est aussi « graveur en métaux ». En quelques années, de nombreux modèles pour des institutions normandes voient le jour. Leur éclectisme est particulièrement frappant : Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Rouen7, Société des Régates rouennaises8, Ville de Rouen9, comptoir d’escompte de Rouen10, sans doute la banque la plus réputée de la place normande au 19e siècle, Conseil central d’hygiène et de salubrité de Seine-Inférieure11, ou encore les assurances La Clémentine12. En 1854, il est choisi pour la réalisation du nouveau jeton de présence de la société libre d’Emulation du Commerce et de l’Industrie, fusion de la Société du Commerce et de l’Industrie et de la Société d’Emulation13. Cela lui permet d’entrer dans cette société savante, particulièrement influente dans la 6 La médaille célébrant leur union est présente en annexe, figure 22. Elle est postérieure d’une quinzaine d’années, et nous n’avons aucune certitude quant aux motivations du graveur – et de son épouse. 7 Figure 2 de l’annexe 8 Figure 3 de l’annexe 9 Figure 5 de l’annexe 10 Figure 6 de l’annexe 11 Figure 7 de l’annexe 12 Figure 8 de l’annexe 13 Bulletin des travaux de la Société libre d’émulation du commerce et de l’industrie de la Seine-Inférieure, 1854-55, p.103. Le jeton est anépigraphe. Sans la presse ou ces publications, il aurait été impossible d’attribuer cette œuvre à Hamel. C’est le cas pour plusieurs autres médailles ou jetons. L’ÉMANCIPATION DE LA SEINE-INFÉRIEURE VIS-À-VIS DES GRAVEURS PARISIENS

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