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Bulletin Numismatique n°262 26 Dans la boutique des monnaies mérovingiennes, un solidus a attiré notre regard et nous a surtout interrogés pour plusieurs raisons. Cette pièce est au nom de l’empereur byzantin, Justinien Ier (527-565) mais elle est attribuée au royaume ostrogoth, ce qui n’est pas exceptionnel au regard de la marque d’atelier à l’exergue du revers COMOB, qui constitue le plus souvent la marque des ateliers de Rome ou de Ravenne des souverains ostrogoths, successeurs de Théodoric (493-526), Athalaric (526-534), Théodahad (534-536), Witiges (536-540) et enfin Baduila (541-552) qui copient la titulature du nouveau souverain byzantin, Justinien Ier, à compter de 527. D’après les ouvrages de référence, l’ensemble des solidi au nom de Justinien est traditionnellement attribué au seul règne d’Athalaric. Cependant, ses successeurs ont pu aussi frapper des monnaies d’or au nom du basileos. Mais Justinien entame à partir de la mort d’Athalaric, la reconquête de la pars Occidentalis et de l’Italie, en particulier qu’il a confiée à Bélisaire (c. 500-565), l’un des plus grands généraux byzantins. Ce dernier s’empare progressivement du royaume ostrogoth, prend Rome dès 537 et Ravenne en 542. Justinien monnaye à Rome dès 537 avec des solidi du deuxième type. Notre solidus du premier type présente une particularité épigraphique en fin de légende de revers avec un I (iota) au lieu d’un A (alpha) qui ne sont pas ici des marques d’officines qui en comptaient dix pour l’atelier de Constantinople. Les solidi du premier type de Justinien Ier ont été fabriqués à Constantinople entre 527 et 537, mais portent toujours la marque CONOB à l’exergue du revers. Des solidi présentent cette marque numérale ou lettre initiale (I) sous le règne de Baduila, mais les pièces sont au nom d’Anastase (491-518) (cf. BMC 9, pl. X/24). Ce solidus constitue bien une énigme dont nous n’avons pas encore trouvé toutes les clefs afin d’en ouvrir la porte et de pouvoir l’attribuer avec certitude à un atelier, Rome, Ravenne ou Ticinum pour l’un des derniers souverains ostrgoths en Italie avant que les Lombards ne prennent le relais et ne s’installent pour longtemps dans la région (568-774), mais c’est une autre histoire. ROYAUME OSTROGOTH – ATHALARIC (31 août 526 – 2 octobre 534) ou BADUILA (septembre 541 ? – juillet ou août 552) Athalaric, petit-fils de Théodoric le Grand (493-526), est le fils d’Amalasuntha et d’Eutharic. Son père est mort en 522 et il succède à son grand-père en 526. À sa mort en 534, sa mère Amalasuntha dispute le pouvoir à Théodahad (534536), neveu de Théodoric le Grand, puis Witiges (536-540) et enfin Baduila (541-552), neveu d’Ildibad, dernier souverain ostrogoth en Italie. À partir de 537, Bélisaire, général de Justinien Ier, part à la conquête du royaume ostrogoth et s’empare de Rome, de Milan et de Ravenne, enfin Ticinum (Pavie). La présence byzantine est instaurée sur l’Italie pour plus de deux siècles. Solidus au nom de Justinien Ier (527-565), Rome ou Ravenne, 527-534 ou 534-540 ou Ticinum 541-552 (Or, 4,28 g, 18 mm, 6 h) taille 1/72 L, poids théorique : 4,51g, 288 folles ou 11520 nummi A/ D N IVSTINI-ANVS P F AVG « Dominus Noster Iustinianus Pius Felix Augustus », (Notre Seigneur Justinien pieux heureux auguste). Buste armé et casqué, de face ; tenant une lance de la main droite et un bouclier de la gauche (N’a). R/ VICTOR-I-A AVGGGI/ *|-// COMOB « Victoria Augustorum/ Comes Obryzium », (La Victoire des Augustes/ Comte or pur) Victoire stylisée, debout à gauche, sur une ligne d’exergue, tenant une longue croix ; une étoile dans le champ. BMC - Ratto - Kraus – coll. N. K. – MEC I/ - Ce solidus est frappé sur un flan large et légèrement irrégulier avec un petit choc sur la tranche à 9 heures au droit. Reliefs bien venus à la frappe. Très rare. TTB+/ SUP 2 500€ Cette pièce semble inédite et non recensée, elle manque à tous les ouvrages consultés avec cette marque en fin de légende de revers. Ce type de solidus a pu être frappé par les successeurs immédiats d’Athalaric. En effet, l’ouvrage de W. Wroth, Western & Provincial Byzantine Coins of the Vandals, Ostrogoth and Lombards, London, 1911, p. 83, n°1, pl. X/16 indique que ce type pourrait avoir été frappé à Ticinum qui allait devenir Pavie sous les Lombards, après la chute de Ravenne, tombée aux mains des Byzantins. Mais certains solidi pourraient aussi avoir été frappés en Italie du Sud, dont Naples, capturée par Baduila en 543. Cependant, ces pièces sont normalement des imitations au nom d’Anastase. Au terme de cet article, il reste plus de questions à résoudre que de certitudes vérifiées. Cependant, ce solidus est bien la preuve de la complexité, de la multiplicité et de la diversité des monnayages en Italie pendant cette période mouvementée. Si tous ces solidi sont des copies ou des imitations de Justinien Ier, beaucoup d’entre eux attendent encore une attribution certaine. Ophélie LE DEZ & Laurent SCHMITT SOLIDUS DE JUSTINIEN IER : CHERCHEZ L’ERREUR ?

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