cgb.fr

Bulletin Numismatique n°262 21 Si on regarde ce tétradrachme en ne s’attachant qu’au droit, nous pourrions avoir affaire à une monnaie de Syracuse. Cependant, une fois le revers examiné, nous devons bien nous rendre compte que nous sommes en présence d’un exemplaire appartenant au très grand ensemble placé sous le vocable de « monnayage siculo-punique ». Fautil rappeler que la Sicile, de 480 à 241, fut largement disputée entre les Carthaginois d’un côté et les Grecs de l’autre avant de tomber sous la tutelle romaine à l’issue de la première guerre Punique (264-241 avant J.-C.) ? Avant l’île était, suivant les périodes, coupée en deux horizontalement, la partie est étant occupée par les Carthaginois, l’autre par les Grecs sans oublier les populations sicules, réfugiées an centre de l’île. Ce monnayage, bien que moins prisé que les monnaies des ateliers de Syracuse, d’Agrigente, de Naxos, de Géla ou de Léontini par exemple, par sa richesse et sa diversité a retenu l’attention des collectionneurs. Mais il faut attendre la magnifique synthèse de G. K. Jenkins (1918-2005) qu’il a donnée dans la Revue Suisse de Numismatique (RSN/SNR) entre 1971 et 1978 sous le titre, Coins of the Punic Sicily, pour découvrir enfin la somme que ce monnayage méritait. Publiées sous forme d’articles, les quatre parties ont été rééditées sous la forme d’un ouvrage qui fait encore aujourd’hui, plus de cinquante ans après sa publication, référence. Depuis cette date, ce monnayage a gagné ses lettres de noblesse et les prix atteints par les plus beaux exemplaires n’ont rien à envier aux monnaies de la partie grecque. Plus récemment, Oliver D. Hoover a actualisé le classement de Jenkins dans son ouvrage consacré aux monnayages de l’île, Handbook of Coins of Sicily (including Lipara), Civic, Royal, Siculo-Punic and Romano-Sicilian Issues. Sixth to First Centuries BC, Lancaster/ London, 2012, LXXXII + 489 p. 1798 n°(actuellement épuisé). Mais pour le monnayage d’argent en particulier, l’ouvrage pionnier de Jenkins reste incontournable, même si depuis sa parution, de nombreux autres ouvrages ou articles ont été publiés sur tout ou partie de son champ d’investigation. Chaque fois, que vous vous trouvez en face d’un exemplaire du monnayage siculo-punique, vous devez avoir le réflexe immédiat de consulter le CPS pour Coins of the Punic Sicily. SICILE - SICULO-PUNIQUES – ENTELLA (Ve – IVe SIÈCLE AVANT J.-C.) Cité de la Sicile occidentale près du roc d’Entella, près du territoire d’Elimi, la ville aurait été fondée par le héros éponyme Entello. La cité connut une certaine importance aux Ve et IVe siècles avant J.-C. avant se retomber dans l’anonymat. Peuplée par des mercenaires campaniens à la fin du Ve siècle avant J.-C. après avoir éliminé la population de la cité, Entella se rallia aux Carthaginois, stipendiés par eux. La cité resta sous influence carthaginoise jusqu’en 368/367 avant J.-C. au moment ou Denys l’Ancien s’empara de la cité et la retourna contre ses protecteurs. Les Carthaginois prirent Entella en 345/344 avant J.-C. Timoléon s’empara de la ville trois ans après mais dut la rendre finalement en 338 en vertu d’un traité avec les Carthaginois qui déterminait une ligne de démarcation de l’Halykos. Finalement à l’issue des guerres Puniques, Entella devint tributaire des Romains. La ville joua encore un rôle pendant les guerres Civiles qui opposèrent Sextus Pompée d’un côté, Marc Antoine et Octave de l’autre Tétradrachme, Sicile, Entella (Le Camp), 350-320/315 avant J.-C. (Ar, 17,02 g, 26,50 mm, 1h) étalon attique, poids théorique : 17,28 g, 4 drachmes ou 24 oboles A/ Anépigraphe Tête féminine (Aréthuse) à gauche, les cheveux tirés en arrière avec couronne d’épis, boucle d’oreille et collier, entourée de quatre dauphins. R/ Anépigraphe Cheval debout à droite devant un palmier ; un croissant derrière le cheval ; un petit pavot entre les antérieurs du cheval et la base du palmier. CPS 119 – HGCS 2/ 277 Superbe monnaie sur un flan large, légèrement décentré au droit. Très beau revers de style fin. Petite marque de coup sur le portrait de Tanit. Patine grise avec de légers reflets dorés. Très rare. SUP 6 000€ Mêmes coins que l’exemplaire de la vente Hess-Leu 1957, n° 159 Ce monnayage est imité de celui de Syracuse gravé par Kimon, Evainète et leurs successeurs. Comme pour Panorme, l’actuelle Palerme, le monnayage fut fabriqué en quantité à partir de 409 avant J.-C. Le nom carthaginois d’Entella (le Camp) ne débuterait pas avant 350 avant J.-C. Notre exemplaire appartient à une période plus tardive, fabriqué entre 350 et 320/315 avant J.-C. Ce tétradrachme appartient à la série 2 du classement de G. Kenneth Jenkins, Coins of Punic Sicily, part 3, SNR 56, 1977, p. 5-65, pl. 1-22. Cette série comprend les numéros 49 à 141 (A/ 13 à A/ 46 et R/ 43 à R/ 147). Plus précisément, notre pièce est dans la série 2c avec la particularité d’avoir la tête d’Aréthuse entourée de quatre dauphins comme à Syracuse (n° 113-119, A/ 39 et R/ 103 à 108 pour un total de 26 exemplaires). Pour notre variété avec le pavot au revers nous avons trois combinaisons n° 117, 118 et 119 pour un total de 9 exemplaires tandis que pour notre combinaison n° 119 (A/ 39 – R/ 108), nous avons seulement six exemplaires recensés dont trois en musée (Cambridge coll. McLean 3039, Londres, SNG Llyod n° 1618 et musée de Syracuse, coll. Cagliardi n° 1004) et trois exemplaires en mains privés dont celui de la vente Hess-Leu 1957, n° 139 (16,35 g). Avec ce tétradrachme, légèrement décentré au droit, ce qui fait aussi son charme, et seulement trois des quatre dauphins visibles nageant autour de la tête d’Aréthuse, nous avons un très bel exemplaire attachant qui semble prendre vie au premier regard, la preuve si cela était nécessaire, que la boutique des monnaies grecques regorge de pépites, qui n’attendent que vous ! Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT LE MONNAYAGE CARTHAGINOIS EN SICILE ET LEUR LIVRE

RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=