Bulletin Numismatique n°261 77 Le billet de 5 lur est à l’effigie d’Anne de Bretagne (14771514), duchesse qui fut deux fois reine de France après avoir épousé Charles VIII puis Louis XII. Au verso apparaît le château des ducs de Bretagne à Nantes, il reprend aussi le portrait d’Anne effectué par Jean Bourdichon en 1508. Finalement le duché est rattaché au royaume en 1532, annexion acceptée par les Etats de Bretagne (assemblée des trois ordres) moyennant quelques privilèges : pas de gabelle (impôt sur le sel) ce qui peut expliquer la particularité du beurre breton, salé, le maintien des Etats provinciaux etc. Les billets de 20, 50, 60, 70 lur s’inspirent, eux, de figures contemporaines. La coupure de 20 lur présente Roparz Hemon. Militant de la cause bretonne dans les années 20-40, il œuvre pour l’unification de la langue alors divisée en plusieurs dialectes. Il veut aussi la moderniser par une réforme de l’orthographe, celle -ci est utilisée de nos jours dans les écoles Diwan. Par ailleurs il collabore avec les autorités politiques allemandes dans l’espoir de libérer la Bretagne du « joug français ». Ainsi l’inscription en breton, au recto, à gauche du visage signifie : « le français est la charrette de la mort de la Bretagne ». En 1945 il s’exile en Irlande. L’on remarque aussi en arrière plan, comme sur presque tous les billets à effigie contemporaine, le drapeau breton, le Gwen Ha Du. Ce drapeau a pour créateur le militant régionaliste Morvan Marchal, il date de 1925. Il remplace l’hermine jugée trop médiévale. Il pourrait s’inspirer du drapeau américain voire grec. Son nom signifie noir et blanc. Il comprend neuf bandes horizontales et onze hermines qui constituent l’héritage du duché. Les bandes blanches correspondent aux pays bretonnants, les noires aux pays gallo, c’est-à-dire de langue française comme Nantes et Rennes. La présence de l’école Diwan, bien qu’implantée dans les cinq départements de la Bretagne historique, reflète bien cette cassure linguistique. Elle est très présente dans le Finistère autour de Brest et Quimper, où il existe deux lycées l’un à Carhaix et l’autre depuis 2021 à Vannes. À contrario, elle est beaucoup moins bien implantée en Loire Atlantique. Au total l’école Diwan scolarise environ 3 700 élèves en 2025 qui contribuent à la transmission inter générationnelle de la langue. Toutefois on peut considérer ce chiffre comme modeste au regard des effectifs scolarisés tant par l’enseignement public que par l’enseignement privé catholique très présent en Bretagne. Les billets de 50, 60, 70 incarnent aussi le renouveau breton avec une iconographie proche (drapeau, carte, personnages, inscriptions militantes) mais avec des personnages qui portent des problématiques autres, en lien avec les combats politiques des années 60-90. Ainsi le billet de 50 lur est à l’effigie d’Anjela Duval (19051981), poétesse de langue bretonne mais aussi cultivatrice après avoir repris la ferme de ses parents. Ses premiers poèmes, tardifs, datent de la fin des années 50. Elle devient dans les années 70 une icône de la renaissance culturelle bretonne. Elle inspire divers artistes jusqu’à nos jours comme Nolwenn Leroy qui reprend son poème : « l’amour du pays » dans son album Bretonne paru en 2010. Anjela Duval s’engage aussi dans les combats politiques de ces années, elle soutient les militants du F.L.B. emprisonnés à traÀ PROPOS DES BILLETS BRETONS
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