Bulletin Numismatique n°261 76 Cet article propose un détour numismatique dans un domaine peu exploré, celui des billets régionaux, notamment de Bretagne. Un seul article lui fut consacré, à ma connaissance, par la revue Numismatique et Change en 1992. Région ou province la Bretagne est dotée d’une forte identité culturelle, identité qui ces dernières décennies a retrouvé une nouvelle vigueur à travers la promotion de la langue via l’école Diwan, la danse, la musique, la vie politique avec des mouvements comme le F.L.B. /A.R.B. (front de libération de la Bretagne / armée révolutionnaire bretonne) ou encore l’U.D.B. (union démocratique bretonne) et le drapeau Gwen Ha Du. La monnaie n’échappe pas à ce mouvement de renaissance culturelle avec la redécouverte du lur lors des fêtes de la langue bretonne à Spézet dans le Finistère, à partir de 1992 jusqu’à la fin des années 90. Le lur, ancienne monnaie du duché, redevient alors monnaie de circulation, des bureaux de change sont installés, un lur égal un franc. Les coupures utilisées lors de ces fêtes sont émises par la Bank Broadel Breizh (Banque nationale bretonne), elles s’inspirent de figures historiques jugées marquantes de l’histoire bretonne. Ainsi les billets de 5, 10 et 40 lur sont illustrés par des personnages tirés de l’époque médiévale. Le billet de 40 lur représente le roi Morvan (750 ? – 818) qui peut être considéré comme le premier chef d’une Bretagne unifiée. Il tient au recto une épée et un bouclier en forme de triskell. Ce terme vient du breton « drezeg » qui signifie trois jambes, il peut symboliser le temps : passé, présent, futur. De plus l’on note une inscription, à droite, en breton, qui signifie : « celui qui sera trouvé à faire du mal avec ce billet de banque sera déconsidéré toute sa vie par tous les bretons ». Cette formule est présente sur pratiquement tous les billets. On remarque aussi le surnom : « Morvan Lez Breizh » qui signifie hanche, soutien de la Bretagne. Toutefois il semble que ce surnom n’apparaisse qu’au XIXe siècle. Au verso, un homme à cheval. Par ailleurs ce billet est entouré d’un bandeau d’hermine noire et blanche, fréquent aussi sur ces billets. Morvan, en lutte contre l’expansionnisme des Carolingiens, peut ainsi être une figure emblématique de la résistance bretonne à l’emprise franque. Le billet de 10 lur est, lui, à l’effigie du duc Jean IV, Yan Pevar, de Bretagne, au recto comme au verso. C’est le grand-père d’Anne de Bretagne. Il règne de 1365 à 1399. Il choisit l’alliance anglaise durant la guerre dite de cent ans (1337-1453) pour préserver l’indépendance du duché mais, menacé de confiscation il finit par renoncer à cette alliance pour éviter l’annexion. Il est inhumé dans la cathédrale de Nantes, lui aussi symbolise donc la défense de la Bretagne. À PROPOS DES BILLETS BRETONS
RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=