Bulletin Numismatique n°261 52 Édesse (Edessa) fut fondée par Séleucus Ier Nicator et nommée d’après la cité éponyme de Macédoine (l’antique Aegae). La cité se trouvait dans l’Osrhoène, capitale régionale de la Mésopotamie. Le royaume d’Osrhoène fut fondé en 132 avant J.-C. et dura jusqu‘en 216. Pendant les deux premiers siècles de l’empire romain, il avait été un royaume tampon ou client entre Rome et les Parthes. Lucius Vérus, après avoir écrasé les Parthes, restaura Manu VIII Philoromaios (l’ami des Romains) en 167 après avoir chassé Wael (163-165), installé par Vologèse IV, (147-191), roi des Parthes. Le fils de Manu, Abgar VIII Soter, succéda à son père en 179. Des sympathies chrétiennes lui sont prêtées car une petite croix figure sur certaines tiares de son monnayage. À la mort d’Abgar VIII, fidèle aux Romains, il se convertit au Christianisme. Son fils devint roi en 214 sous le nom d’Abgar IX Severus. Ce dernier fut déposé par Caracalla deux ans plus tard au début de la guerre parthique. C’est certainement Caracalla qui fit d’Édesse une colonie en 216. Le monnayage prend fin sous Trajan Dèce. De nombreux personnages passèrent aux abords d’Édesse en route vers leur destin : Crassus en 53 avant J.-C., Marc Antoine en 36 avant J.-C., Trajan en 115, Marc Aurèle en 165, Septime Sévère en 194 et enfin Caracalla à la fin de son règne pendant la guerre parthique. Il fit de la cité son quartier général. CARACALLA (4 avril196 – 8 avril 217) Auguste (4 février 211– 8 avril 217) Marcus Aurelius Antoninus Après l’assassinat de Géta, Caracalla fit décréter la « damnatio memoriæ » ou plutôt « l’abolitio memoriæ » de son frère. La « Constitutio Antoniniana » fut promulguée en 212. Tous les habitants de l'Empire devenaient des citoyens romains. L'année suivante, il entreprit une campagne en Germanie et remporta de nombreuses victoires sur les Germains, les Iapyges et les Goths. Il reçut le titre de « Germanicus », vainqueur des Germains. La fin du règne fut marquée en 215 par la Réforme monétaire et la création de l'antoninien. Caracalla entame une ultime campagne contre les Parthes. Il est assassiné après avoir célébré ses vicennalia (vingtième anniversaire de règne). Tétradrachme, Mésopotamie, Édesse, 215-217 (Bill, 13,13 g, 26 mm, 6 h) poids théorique : 14,00g, 4 drachmes A/ AYT K. AY. ANTΩNEINOΣ // ΣEB (Aυτοκρατορ Kαισαρ Mαρκοσ Aυρηλιοσ Aυρηλιοσ Aντωνεινοσ Σεβαστοσ), (L’empereur césar Marc Aurèle Antonin auguste). Buste lauré et cuirassé de Caracalla à droite, portant une cuirasse à écailles à rang de huit, vu de trois-quarts en arrière (B*4). R/ ΔHMAPX. EΞ. YΠATOΣ TO Δ (Δημαρχικησ Eξ Oυσιασ Yπατοσ Δ), (Revêtu de la puissance tribunitienne consul pour la quatrième fois). Aigle debout de face, les ailes déployées, la tête et la queue à droite, tenant dans son bec une couronne feuillée ; un petit temple ou autel entre les pattes. Prieur 845 (6 ex.) Monnaie idéalement centrée des deux côtés. Joli buste de Caracalla, bien venu à la frappe. Revers finement détaillé. Patine grise. Très rare. SUP 300€/ 600€ Même coin de droit que l’exemplaire de l’ouvrage de Michel and Karin Prieur, The Syro-Phoenician Tetradrachms and their fractions from 57 BC to AD 253, London, 2000, p. 202, n° 845. On note que les sigma sont gravés en C. Le coin de droit, le seul connu pour le type, se singularise par un N inversé. Le buste du Prieur 845 est d’ailleurs particulièrement intéressant et caractéristique car il montre bien le détail de la cuirasse de l’empereur, faite dans le dos de petites écailles superposées tenues sur une armature qui fait le tour du cou en s’appuyant sur les épaules avec des bandes de renforcement cloutées. Ce type a été divisé depuis la parution du Prieur car il a été constaté qu’il existait deux cuirasses tout à fait différentes : sachant que compte tenu de la localisation de l’atelier, la gravure d’après observation en réel était possible, nous avons décidé d’en tenir compte. Nous avons créé le type 845 où la cuirasse est à écailles fines, huit écailles sur la première rangée et les bandes d’armatures recouvertes de chevrons et le type 845A où la cuirasse est à grosses écailles, quatre sur la première rangée et où les bandes de protection et renforcement sont cloutées sur les bords. Certains exemplaires sont particulièrement intéressants car le symbole entre les pattes de l’aigle est particulièrement bien gravé et donne l’impression de contenir un objet rond et massif : un bétyl dans un temple ? L’atelier d’Emèse ne serait pas déjà pourvu d’une riche série de tétradrachmes, on aurait pu penser à lui pour ce type. Bien que l’attribution de la série au petit temple à Edesse de Mésopotamie ne soit pas formellement prouvée, elle reste de loin la plus probable, de nombreux bronzes locaux, bien localisés par leur ethnique, représentant un tel objet. Mais dans tous les cas, il CARACALLA À ÉDESSE
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