Bulletin Numismatique 261

Bulletin Numismatique n°261 46 Dans notre précédent article, nous avons exposé pourquoi nous pensons que l’atelier dit « d’Emèse » se situait en fait à Périnthe. Nous y avons également esquissé notre thèse sur l’atelier dit de « Laodicée », que nous allons développer ici : • L’atelier dit « de Laodicée » fut tout d’abord un atelier itinérant qui a suivi l’armée de la conquête de Sévère de jusqu’à sa victoire sur Niger. Il cessa son activité en avril 194. • Un atelier fut reconstitué en Syrie, au plus tôt à l’automne 195, peut-être à Laodicée-sur-Mer (Laodicea ad Mare), peu avant la fermeture de l’atelier de Périnthe. Cette chronologie implique qu’après la victoire de Sévère sur Niger, il n’existe simultanément qu’un seul atelier impérial opérant dans la partie orientale de l’empire. Nous mettons de côté celui d’Alexandrie, dont le rôle se limitait alors à émettre quelques espèces impériales pour permettre le change à la sortie d’Égypte, parallèlement à l’émission des monnaies provinciales (voir mon article « Mystérieux deniers alexandrins » dans le BN 213 de CGB, novembre 2021). Rappelons tout d’abord ce que l’on sait de cette guerre civile(1) : après s’être fait reconnaître empereur par le Sénat le 1er juin 193, Sévère envoie deux corps expéditionnaires depuis la Pannonie et la Mésie pour stopper l’avancée de Niger, qui vient d’occuper Byzance : • l’un sous le commandement de Lucius Marius Maximus Perpetuus Aurelianus, placé sous l’autorité du gouverneur Septimius Geta, frère de Sévère. • L’autre sous le commandement de Lucius Fabius Cilo, chargé de marcher sur Périnthe afin de dissuader Niger de s’en emparer après Byzance. Il envoie courant juin le gros de son armée d’Illyrie depuis Rome vers l’Orient. Le chevalier Marcus Rossius Vitulus y est chargé de la « caisse de guerre » (procurator arcae expeditionalis), donc probablement de la frappe monétaire destinée au paiement quatrimestriel de la solde (stipendium). L’armée illyrienne fait sa jonction avec les deux corps expéditionnaires lors de son arrivée à proximité de Périnthe et Byzance. Cette expédition de Rome à Byzance lui aura demandé trois à quatre mois, selon les standards de l’époque : le regroupement des armées de Septime se produit donc à l’automne 193. L’empereur part de Rome mi-juillet, quelques semaines après le gros des troupes, et les rejoint près de Périnthe. Le stipendium de septembre aura probablement été payé avec des espèces frappées à Rome. Les premiers combats se déroulent courant octobre et se soldent par la défaite de l’armée de Niger placée sous l’autorité d’Asellius Aemilianus, gouverneur d’Asie, qui se réfugie à Cyzique. Cette victoire vaut à Sévère sa IIe acclamation impériale. Il sépare alors son armée en deux : • Une partie est chargée du siège de Byzance, sous le commandement de Marius Maximus ; • L’autre partie, placée sous les ordres de Tiberius Claudius Candido, se lance à la poursuite d’Aemilianus. Courant novembre 193, l’armée de Candido défait à nouveau Aemilianus, qui quitte alors précipitamment Cyzique pour une autre ville où il est finalement capturé : cette nouvelle victoire entraine une IIIe acclamation impériale. Les IIe et IIIe acclamations seront confirmées par le Sénat fin 193 : une émission de médaillons est alors réalisée par l’atelier de Rome : ils sont offerts à l’occasion de la célébration du nouvel an le 1er janvier 194 (2). Fin 193, Sévère s’installe à Périnthe. Fabius Cilo quitte la ville pour devenir légat de la province de Pont-Bithynie, qui devient la base arrière de l’armée de conquête de Sévère. Nicomédie se range dans le parti de Sévère : l’armée de Candido y prend ses quartiers d’hiver. A contrario, sa rivale Nicée demeure partisane de Niger : elle accueille le reste de son armée défaite ainsi qu’un nouveau corps d’armée envoyé pour tenter de garder la Bithynie. En janvier 194, un nouvel affrontement se déroule dans les gorges de Nicée et de Cios, en présence de Niger. Au terme de combats âpres et indécis, l’armée de Candido finit par l’emporter. Niger se replie sur Antioche avec une partie de son armée, disposant l’autre partie en Cappadoce pour tenter d’y bloquer l’adversaire. Dès lors, l’armée de conquête de Sévère s’engage plus profondément en Asie Mineure, à la poursuite de Niger, s’éloignant progressivement de l’armée du siège de Byzance et de l’empereur. Les troupes de Candido progressent au travers de la Galatie et passent en Cappadoce, via Ancyre (Ankara) et Césarée (Kaiseri). Les deux légions habituellement stationnées en Cappadoce se replient au sud de la région, prêtes à passer les monts Taurus pour prêter main-forte à Niger. En conséquence, l’atelier monétaire provisoire mis en place par Niger pour payer ses troupes, que Johann Van Heesch situe à Césarée en Cappadoce(3), cesse son activité : dorénavant, seul Antioche émet sa monnaie impériale. En février-mars 194, la traversée de la Cappadoce s’avère difficile pour les troupes sévériennes, car plusieurs lieux ont été fortifiés par Niger, mais – avec l’aide des intempéries qui emportent les principales fortifications - elle réussit à traverser les monts Taurus et se dirige vers la Cilicie. Nous formulons ici la thèse selon laquelle l’armée de conquête de Septime fut accompagnée par un atelier monétaire itinérant, peut-être constitué à Nicomédie, car la durée de la campagne était incertaine et les conditions logistiques étaient précaires : c’est la situation miroir de l’atelier provisoire que Niger avait installé en Cappadoce. Ainsi que le souligne Bickford-Smith, il était évident que Sévère souhaitait payer ses propres troupes avec des monnaies à son effigie, et non celles à effigie de Niger récupérées sur les territoires conquis(4). De plus, il était hors de question de ne pas payer l’armée en temps voulu, au risque qu’elle passe à l’adversaire. Fin mars ou courant avril 194, le combat décisif se déroule dans la plaine d’Issos : l’armée de Candido l’emporte au terme d’une bataille indécise. Niger tente alors de se réfugier chez les Parthes, mais il est rattrapé dans sa fuite et mis à mort. Sa tête est portée jusqu’au pied des murailles de Byzance, qui pourtant ne se rend pas. Cette victoire définitive vaut à Sévère sa IVe acclamation impériale. En avril ou mai 194, Sévère et Julia Domna quittent Périnthe pour s’installer dans l’actuelle Syrie, probablement dans la ville de Laodicée-sur-Mer qui avait été martyrisée par Niger SEPTIME SÉVÈRE : ÉMISSIONS ET EMPLACEMENT DE L’ATELIER DIT DE « LAODICÉE »

RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=