Bulletin Numismatique n°261 28 Ce très beau statère de Sidé a retenu notre attention dans la Live Auction du 3 mars 2026. Au droit, l’Athéna Archégétis (fondatrice) a été remplacée par l’Athéna Parthénos (vierge) (E. Babelon, Traité II. 2, col. 935-936) qui est debout à gauche, coiffée du casque attique, vêtue du double chiton talaire serré à la ceinture, tenant de la main droite tendue une petite Niké qui la couronne, et s’appuyant de la main gauche sur son bouclier, peut-être orné de la tête de Gorgone et tenant une longue javeline verticale. La grenade placée au-dessus du bras de la déesse est l’épisème (symbole) de la cité. Ce fruit doit peut-être être identifié avec la pomme du Jardin des Hespérides (pomme). Au revers, l’Apollon Sidétès, ou Apollon de Sidé est debout à gauche, nu, une chlamyde posée sur les épaules ; de la main gauche, il tient une longue tige d’olivier d’où part une branche, visible sur notre exemplaire et de la main droite une phiale (patère) ; il sacrifie au-dessus d’un autel allumé ; derrière ses pieds, un corbeau debout à gauche complète la scène. Deux lettres pamphyliennes sont disposées au-dessus de l’autel et une légende dans le même alphabet vient prendre place derrière la divinité. Voici un exemple très précis de description qui peut être faite au sujet de cette pièce. Sur notre exemplaire, chacun des détails évoqués ci-dessus, avec précision, est visible et vérifiable. PAMPHYLIE – SIDÉ (IVe SIÈCLE AVANT J.-C.) Sidé, située sur la côte pamphylienne au sud-est d’Aspendos était placée à l’ouest de l’embouchure du Mélos. Elle fut colonisée par des colons éoliens de Cymé au VIIe siècle avant J.-C. Son temple d’Athéna était réputé. Ses habitants, qui utilisaient un dialecte pamphylien et non pas le grec, étaient considérés comme malhonnêtes. De plus, la cité offrait un repaire pour le piratage maritime. Pompée reçut un « imperium maius » pour lutter contre ces pirates pamphyliens et ciliciens et établir la « pax romana » dans la Méditerranée Orientale. Statère, Pamphylie, Sidé, 380-370 avant J.-C. (Ar, 10,37 g, 21 mm, 12 h) étalon persique, poids théorique : 11,00 g, 2 drachmes ou 12 oboles A/ Anépigraphe Athéna nicéphore debout à gauche, s’appuyant sur un bouclier de la main gauche ; grenade dans le champ à gauche. R/ Légende pamphylienne Apollon de Sidé, nu debout à gauche, le manteau sur l’épaule, tenant une branche d’olivier de la main droite et une phiale de la main gauche devant un autel allumé. Babelon Traité II, 1543 - Coll. de Luynes 2763 - Coll. Wadddington 3441 - SNG France 646 S. Atlan, Untersuchungen über die sidetischen Münzen des V und IV Jahrunderts v. Chr., Ankara, 1987, 140 Monnaie centrée. Joli revers, bien venu à la frappe. Droit agréable. Patine grise. Très rare. TTB+ 700€/ 1 200€ Semble de mêmes coins que les exemplaires n° 646-649, pl. 33-34 du SNG 3 de la collection du Cabinet des médailles BnF/ DMMA. Après la victoire de Cnide (394 av. J.-C.), remportée par les athéniens de Conon sur Sparte et ses alliés perses, l’influence athénienne se fit sentir en Pamphylie avec l’introduction de types hellénisés. Pour Ernest Babelon, ce type était postérieur à la Paix du Grand roi (Antalcidas) en 387 avant J.-C. et pouvait avoir été frappé jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand dans la région en 333 avant J.-C. Au droit, l’Athéna Parthénos se trouve mentionnée dans une dédicace de l’Acropole. La statue chryséléphantique (or et ivoire) monumentale était attribuée à Phidias et trouvait sa place dans le Parthénon. Notre Athéna, ici présente est différente et se trouvait peut-être placée dans le temple dédié à la déesse. Quant au revers, il rappelle le rôle pythien d’Apollon, accompagné ici du corbeau. C’est Arrien qui nous rappelle que les Sidétains utilisaient une langue « barbare » avec un alphabet pampylien et qu’ils avaient perdu l’usage du grec à l’époque classique. Le lecteur a ici la preuve de l’importance du recours à la bibliographie sans oublier les ouvrages anciens, en particulier le Traité des monnaies grecques et romaines d’Ernest Babelon (1854-1924) qui plus d’un siècle après sa disparition reste toujours une source d’érudition et d’inspiration. Marie BRILLANT et Laurent SCHMITT APOLLON SIDETES EN PAMPHYLIE : UNE GRENADE DEGOUPILLÉE !
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