Bulletin Numismatique 261

Bulletin Numismatique n°261 26 Nous vous proposons dans la Live Auction du 3 mars 2026, trois tétradrachmes stéphanophores (à la couronne) pour les cités de Cymé, de Myrhina en Éolide et d’Héraclée du Latnum en Ionie. D’autres cités comme Magnésie, Smyrne ou Ténédos en Ionie ou Aegae en Éolide frappèrent aussi ce type de tétradrachmes d’étalon attique réduit dont le poids théorique est de 16,80 g environ. Ils sont complétés par de très rares tétradrachmes connus à quelques exemplaires pour Eumène II de Pergame, frappés entre 166 et 162 avant J.-C., de rares tétradrachmes pour les Cabires (Syros) et les Technitai de Dionysos. Ils présentent tous la particularité d’avoir au revers une couronne qui entoure le sujet. Ce monnayage ne peut être antérieur à la Paix d’Apamée en 188 avant J.-C. qui libéra l’Anatolie du joug Séleucide d’Antiochus III le Grand (223 – 187 avant J.-C). Vaincus par les Romains à la bataille de Magnésie du Sipyle en 189 avant J.- C., les grands vainqueurs de ce conflit furent le royaume de Pergame avec Eumène II (197-159/8 avant J.-C.), Rhodes et les cités grecques libres dont le statut fut réaffirmé avec les Romains comme arbitres et gardiens de la région. Le terminus post quem de ces émissions est fixé vers 140 avant J.-C., lié aux événements militaires qui secouèrent la région et plutôt le Levant avec la guerre de Syrie qui opposa l’usurpateur Alexandre Ier Bala (152-145 avant J.-C.) allié à Ptolémée VI Philométor (180-145 avant J.-C.), à Démétrius Ier Soter (162-150 avant J.-C.), puis à son fils Démétrius II Nicator (146-138 avant J.-C.). Une fois Alexandre Ier Bala et Ptolémée VI tués, c’est le jeune fils d’Alexandre et de Cléopâtre Théa, fille de Ptolémée VI, Antiochus VI Dionysos qui devint roi de Syrie (144-142/1 avant J.-C.) avant d’être éliminé par Tryphon (142/1 – 138/7 avant J.-C.). C’est finalement Antiochus VII Sidetes (138-129 avant J.-C.) qui devint roi et épousa Cléopâtre Théa, qui était déjà remarié à Démétrius II Nicator, origine de tous les déboires qui allaient frapper le royaume de Syrie pendant près d’un siècle jusqu’à l’arrivée de Pompée et la provincialisation. Ces tétradrachmes ne se rencontrent pratiquement pas en Asie Mineure, mais se retrouvent en quantité en Cilicie et au Levant le plus important d’entre eux, étant celui de Kirikhan. Aujourd’hui, si le débat n’est pas complètement clos, il semble que ces tétradrachmes aient été frappés afin de financer l’effort de guerre durant les années 150 et 140 dans les conflits qui opposèrent les grandes dynasties attalides, lagides et séleucides. Certains vont même jusqu’à croire que ces monnaies, frappées sur place en Ionie et Éolide furent immédiatement expédiées sur les territoires du conflit où elles furent en général enterrées, sans avoir circulé dans leur région d’origine. Cette mesure pourrait émaner directement du souverain le plus puissant de la région, Eumène II de Pergame. L’ensemble des principales cités ayant frappé monnaies sont originaires de deux régions en Éolide et en Ionie. L’ensemble des principales cités à savoir Smyrne, Lébédos, Héraclée du Latnum, Magnésie du Méandre pour l’Ionie, Cymé, Myrhina et Aegae pour l’Éolide ne pourraient-elles pas avoir fait partie d’une même symmachie (union politique et militaire) ou agonistique, autour d’un grand centre religieux comme celui d’Apollon Grynion à Myrhina. Seuls les événements indépendant de leur volonté détournèrent ce monnayage stéphanophorique présentant les mêmes caractéristiques pondérales, métalliques (taille et aspect des flans) de leur but premier et en firent un monnayage servant à stipendier des mercenaires dont certains étaient peut-être originaires des cités ayant frappé ces tétradrachmes En dehors de Smyrne, grande cité ionienne, les autres villes, sans être de moindre importance, n’ont pas son rôle et sa place. Cependant le monnayage le plus important en quantité semble être celui de Cymé. Au total, nous avons des études de coins pour l’ensemble des cités avec 1490 tétradrachmes dont 537 pour Cymé, 415 pour Myrhina, 242 exemplaires pour Magnésie, 117 pour Héraclée du Latmum entre autres mais seulement un pour les Technitai de Dionysos ! Pour l’ensemble des réflexions à avoir, à imaginer et peut-être à modifier, on pourra se reporter utilement à l’ouvrage édité par Peter Thonemann, Attalid Asia Minor, Money, International Relations and the State, Oxford 2013 et aux articles de ce volume sous la plume d’A. Meadows, F. de Callataÿ et S. Psoma avec en particulier son article : War or Trade ? Attic Weight Tetradrachls in Seleukid Syria. 1) Tétradrachme Stéphanophore, Éolide Cymé, c. 160-150 avant J.-C. Magistrat : Callias (Ar, 16,70 g, 30,50 mm, 12 h) étalon attique réduit, poids théorique : 16,80 g. 4 drachmes ou 24 oboles 1) A/ Anépigraphe Tête de la nymphe Kymé diadémée à droite, les cheveux relevés et coiffés en petit chignon. R/ KYMAIΩN// KAΛΛIAΣ (de Cymé/ Callias) Cheval au pas à droite, levant l’antérieur droit au-dessus d’une coupe à une anse ; le tout dans une couronne de laurier. J. M. Oakley, MN.27 (1982), 22h, pl.4 TÉTRADRACHMES STÉPHANOPHORES D’ASIE MINEURE : FRAPPÉS POUR LA GUERRE OU PAS SEULEMENT ?

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