Bulletin Numismatique 261

Bulletin Numismatique n°261 24 Quand on découvre cette monnaie, nous pouvons légitimement nous interroger sur sa provenance. La première question qui nous vient à l’esprit : d’où vient-elle ? Quelle est cette monnaie qui ressemble à une monnaie orientale avec des légendes qui ressemblent aux lettres grecques ? Les traits du monarque qui figurent au droit font plutôt penser à un barbare aux traits mongoloïdes ! Ce roi (basileos) est entouré de la stemma, bandelette de laine qui entoure les droits des monnaies séleucides ou bactriennes des IIIe et IIe siècles avant J.- C., qui rappellent que ces rois avaient fait des offrandes au sanctuaire de Delphes. Quand a-t-elle été frappée et par qui ? La forme de son flan, sa masse et son diamètre rappellent les tétradrachmes d’étalon attique réduit. Le revers de notre tétradrachme n’est pas sans évoquer les monnaies indo-grecques des derniers souverains bactriens qui régnèrent sur la région entre le Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C. L’histoire de la naissance du royaume Kouchan est complexe et encore mal connue, malgré les progrès enregistrés depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Grâce à des ouvrages, le dernier publié en 2015 par l’American Numismatic Society (ANS), nous commençons à mieux appréhender l’histoire de cette région et les monnayages qui y furent fabriqués. ROYAUME KOUCHAN – HERAIOS OU KUJULA KADPHISES (c. 50-90 après J.-C.) Kujula Kadphises appartenant à l’une des cinq tribus yabghu nomades des Grands Yuezhi s’empara progressivement de l’ensemble du territoire. Considérés par les Chinois et les Iraniens comme des Indiens (Inde), ce sont des indoeuropéens. Ils s’établirent en Sogdiane et en Bactriane. Kujula Kadphises traversa l’Indo-Kouchan depuis la Bactriane et s’empara des régions de Kaboul et de Taxila. Son long règne lui permet de prendre le contrôle aussi de la région au nord de l’Oxus et peut-être aussi celle de Peshawar. Tétradrachme, (Ar, 14,73, 29 mm, 12 h) étalon attique léger, poids théorique : 15,00 g, 4 drachmes A/ Anépigraphe Buste diadémé et drapé à droite, les cheveux long tombant sur la nuque, vu de trois quarts en avant ; entouré de la stemma R/ TYPANNOYOTOΣ HAOY KOΠANOY// Σ-AN-AB Roi couronné et vêtu militairement à cheval au pas à droite, tenant une javeline transversale ; derrière, une Niké volant le couronnant. De Morgan, p. 384-385, fig 487 -Coll. Sunrise 520-521 David Jongeward and Joe Cribb with Peter Donovan, Kushan, Kushano-Sassanian and Kidarite Coins. A Catalogue of Coins from The American Numismatic Society, ANS, New York, 2015, p. 30, n° 37, pl. 3 Monnaie sur un flan large, centré des deux côtés. Joli buste bien venu à la frappe ainsi qu’un revers agréable. Métal piqué. Patine grise. Très rare. TTB+ 300€/ 600€ Notre tétradrachme, frappé sur un étalon attique réduit (environ 15,00 g) est copié sur les monnaies indo-bactriennes et indo-parthes pour le revers. Quant au droit, il trouve son inspiration dans les imitations des tétradrachmes bactriens qui peuvent remonter jusqu’à Eucratide Ier (174-140 avant J.-C.) et Hélioclès (120-90 avant J.-C.) qui régnaient plus de 200 ans avant dans la région ! Les légendes grecques sont dégénérées. Ces monnaies circulaient en premier au Tadjikistan dans la vallée du Vakhsh. Les Yue-Tche ou Grands Kouchans, bien qu’ayant conquis le nord de l’Inde, n’arrivèrent jamais à imposer leurs croyances, mais finalement durent embrasser la religion des vaincus. Exemplaire provenant de la vente CNG eAuction 563, lot n° 422 et de la collection P-R. B. Avec notre tétradrachme, nous découvrons une histoire souvent méconnue, voire ignorée des livres d’histoire, pour des régions qui recèlent encore bien des secrets et que nous espérons vous avoir donné envie de découvrir et d’approfondir. Ces monnaies restent rares, recherchées et énigmatiques. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT HERAIOS OU KUJULA KADPHISES : « UN ROI À KUSHAN DEHORS ! »

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