Bulletin Numismatique n°261 17 Un statère énigmatique de Pamphylie pour la cité d’Aspendos figurant dans la prochaine Live Auction du 3 mars 2026 a retenu notre attention. Son aspect archaïque et ses sujets nous ont interpellés. En particulier, au droit, entre les jambes du guerrier, le symbole décrit comme une feuille de vigne, ressemble aussi un peu à une petite œnoché (petit vase à une anse de 20 à 40 cm de haut). Quant au revers, le coq placé sous le triskèle reste énigmatique ainsi que la branche (d’olivier) placée dans le champ droit, marque d’émission ou de magistrat resteront certainement sans réponse. Cependant, le triskèle et l’aigle sont souvent des thèmes repris dans le monnayage de la cité. De l’aigle au coq, au revers d’un statère d’une vingtaine de millimètres, tout est possible ! Le guerrier au droit pourrait-il rappeler le fondateur de la ville, Mopsos ? Ce Mopsos pour lequel, il existe plusieurs versions était un héros qui fonda Colophon entre autres, devin de l’oracle d’Apollon de Claros. Opposé à Calchas, lui aussi devin dont il triompha facilement, fit que ce dernier en mourut de dépit. Associé à Amphilochos, il fondèrent la cité de Mallos en Cilicie et voyagèrent en Pamphylie et Cilicie. Amphilochos et Mopsos s’affrontèrent en duel pour la domination de la cité et trouvèrent tous deux la mort dans ce combat. Mais le droit de notre statère n’est pas sans rappeler « la course en armes » des Jeux antiques qui se courait sur deux stades (384 m.) à Olympie. Faut-il rappeler qu’à la période classique, le monnayage d’Aspendos nous montre deux lutteurs, accompagnés au revers d’un frondeur. PAMPHYLIE – ASPENDOS (Ve siècle avant J.-C.) La Pamphylie, placée entre la Lycie à l’ouest, la Pisidie au nord, la Cilicie à l’est, formait un territoire composé d’éléments indigènes, provenant des entités citées auxquelles s’ajoutaient des éléments sémitiques et grecs. Aspendos, fondée par des colons Argiens (d’Argos d’Étolie à ne pas confrondre avec celle d’Argolide) sous la férule de Mopsos, située à douze kilomètres de l’embouchure de l’Eurymédon, était une grande place économique et disposait d’un grand port sur la côte. Selgé en Pisidie était un peu plus loin en remontant aux sources du fleuve. Aspendos resta fidèle aux Perses jusqu’à l’arrivée d’Alexandre le Grand et lui résista avant d’être prise en 333 avant J.-C. Aspendos appartient au royaume de Pergame entre 189 et 133 avant J.-C. Statère, Pamphylie, Aspendos, 465-430 avant J.-C. (Ar, 10,94 g, 20,50 mm, 11 h) étalon persique, poids théorique 11,20 g, 2 drachmes ou 12 oboles A/ Anépigraphe Guerrier nu au combat à droite tenant un bouclier rond de la main gauche et un glaive court de la main droite ; une feuille de vigne entre les jambes ? R/ ESTF/ […] (d’Aspendos) en pamphylien. Triskèle sinistrogyre formé de trois jambes ; au-dessous, un coq tourné à gauche ; dans le champ à droite, une branche d’olivier verticale. HÉROS D’ASPENDOS EN PAMPHYLIE : CHERCHEZ LE TRISKÈLE BMC 19/ p. 94, n° 8, pl. XIX, 7 -SNG Copenhague 177-179 - SNG Aulock 4481 - SNG BnF 11 = E. Babelon, Traité I/ 863, pl. XXIII/ 17 Monnaie centrée. Joli revers, bien venu à la frappe. Guerrier agréable. Usure régulière. Patine grise. Très rare. TTB+ 600€/ 1 200€ Mêmes coins que les exemplaires de la SNG Copenhague n° 177-179, pl. 5, du SNG Aulock n° 4481, pl. 146, du SNG Berry, n° 1208 et du SNG France 3, n° 11, pl. 1. Plusieurs exemplaires de la SNG Copenhague (entre les n° 153-179 avec les mêmes types principaux) proviennent d’achats effectués auprès de la firme Monnaies et Médailles AG Basel en 1948 et 1949, ce que semble indiquer une provenance de trésor. Dans l’IGCH n° 1244, le trésor de Karaman, trouvé en 1947/8 contenant plus de 1300 pièces d’argent avec plus de 393 statères ou doubles sicles et dont le terminus post quem (TPQ) est fixé à 365 avant J.-C., dont 84 exemplaires sont entrés au musée Royal de Copenhague avec de nombreuses liaisons de coins, pourraient confirmer l’origine et la provenance de notre exemplaire. Exemplaire provenant de la vente CNG Auction 100, lot n° 1542 et de la collection P-R. B. La légende en pamphylien doit être lue « ESTVEDYS » pour Aspendos. Dans le Traité des monnaies grecques et romaines, deuxième partie, description historique, I, col. 523-524 Ernest Babelon (1854-1924) expliquait : Les types essentiels sont, au droit, un héros combattant et au revers, la triskèle à jambes humaines. Ce guerrier rappelle les fameux hoplites recrutés à Aspendos dans l’Antiquité : il est nu, imberbe, casqué, son bouclier rond passé au bras gauche, la main droite armée, tantôt d’un glaive court, tantôt d’un long javelot. Il s’avance au combat d’un pas délibéré ; son attitude générale est analogue à celle des Héraclès combattant du VIe siècle, et, en particulier, à celle des guerriers des frontons du temple d’Aphaia à Égine, qui sont contemporains et combattent de même, armés de la javeline et du bouclier rond. La triskèle formée de jambes humaines se distingue par là des différentes variétés de la triskèle lycienne. En son centre il y a, parfois, une petite rose à quatre rais. À côté de la triskèle, certaines pièces présentent, dans le champ du revers des symboles encore inexpliqués : une grande tête d’aigle avec des ailes éployées du même oiseau, une gronde, une feuille de lierre, une branche d’olivier et d’autres encore : ce sont, sans doute, des emblèmes de magistrats monétaires, ce qui place des monnaies à une époque déjà avancée du Ve siècle ». Cette monnaie au terme de cet article ne nous a certainement pas livré tous ses secrets, du moins aura-t-elle suscité votre curiosité et démontré qu’un simple statère au départ, peut nous amener à faire des recherches qui nous ont menés jusqu’au trésor de Karaman en Lyaconie sur le site de l’antique Laranda en plein cœur de l’Anatolie. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT
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