Bulletin Numismatique n°261 15 Une pièce particulière nous a interpellés dans la Live Auction du 3 mars 2026. C’est un didrachme (2 drachmes) au nom d’une Bérénice, indiquée comme reine. Si la plus connue d’entre elles a été immortalisée par Racine, car aimée de Titus, elle n’a rien à voir avec notre pièce. De quelle Bérénice peut-il s’agir ? Bérénice Ire (340-279 avant J.-C.) est la fille d’Antigone, nièce d’Antipater. Elle est la seconde épouse de Ptolémée Ier Soter (305/283) en 316 avant J.-C., après Eurydice. Elle est la mère de Ptolémée II Philadelphe et d’Arsinoé II. Mais d’un premier mariage, elle avait eu Magas qui devint roi de Cyrène (276-250). Ce dernier se brouilla avec son demi-frère en se proclamant roi. Mais peu avant sa mort, il se réconcilia avec Ptolémée II Philadelphe (285-246 avant J.-C.) Magas avait épousé Apamée II, fille d’Antiochus Ier Soter (281-261 avant J.-C.), sœur d’Antiochus II (261-246 avant J.-C.). Il avaient eu une fille, Bérénice II (267/266–221 avant J.-.C.) qui fut d’abord mariée à Démétrios Kéleunos qui succéda à Magas, origine d’une seconde brouille avec l’Égypte. Mais Démétrius fut assassiné en 249 avant J.-C. Avant la mort de Ptolémée II, Bérénice II épousa Ptolémée III Évergète (246-222 avant J.-C.) et la Cyrénaïque rentra dans le giron égyptien. Bérénice fut assassinée en 222 ou 221 avant J.-C., après la mort de son mari par son fils. Pourquoi évoquons-nous ces données ? Depuis plus d’un siècle, il s’agit de savoir de qui et pour qui ce type de monnayage frappé en Cyrénaïque (partie de l’actuelle Libye) fut-il fabriqué, Bérénice Ire ou Bérénice II ? D’autre part Bérénice II et Ptolémée IV ont eu aussi une fille, prénommée Bérénice. Dans son ouvrage récent, Catharine Lorber, Coins of the Ptolemaic Empire, Part I : Ptotlemy I through Ptolemy IV, ANS, New York, 2018, p. 392 dans une très longue introduction consacrée à ce monnayage (CPE I/ 392, n° 728 à 731, pl. 5556) fait état de la question et attribue ce monnayage à Ptolémée II Philadelphe qui aurait instauré un culte pour sa mère, Bérénice Ire après sa mort comme il le fit pour sa sœur épouse Arsinoé II après son décès. Ce monnayage est placé à la fin du règne de Ptolémée II et juste avant celui de son fils. Cependant, le même auteur rappelle l’autre possibilité, un monnayage frappé à l’instigation de Ptolémée III afin de rappeler le lien qui l’unissait à Bérénice II, sa cousine, après le rattachement de la Cyrénaïque à l’Égypte et qui devait le rester jusqu’en 116 avant J.-C. Ce monnayage rare, dont moins d’une trentaine d’exemplaires sont aujourd’hui attestés, a été frappé, non en Égypte, mais en Cyrénaïque. Attribué précédemment à Cyrène, C. Lorber préfère y voir une émission inaugurale pour l’atelier d’Euesperides devenue Berenike (aujourd’hui Benghazi). La cité pourrait néanmoins avoir été fondée par la fille de Magas avant son mariage avec Ptolémée III soit entre 250 et 246 avant J.-C. Notre didrachme, si c’est bien de Bérénice II dont il s’agit, serait frappé pendant cette courte période, ce qui pourrait expliquer et justifier aujourd’hui la rareté de ce monnayage. CYRÉNAÏQUE – ROYAUME LAGIDE – BÉRÉNICE II (267-221 avant J.-C.) femme de Ptolémée III Évergète (246-222/ avant J.-C.) Ptolémée III Évergète (le Généreux) est le fils de Ptolémée II Philadelphe et d’Arsinoé dont il restitua le monnayage sur de magnifiques octodrachmes et divisionnaires associant ses parents et ses grands-parents, Ptolémée Ier Soter et Bérénice. Le royaume lagide connut son apogée sous son règne. En conflit permanent avec les Séleucides, il envahit l’Asie Mineure et poussa l’armée égyptienne jusqu’en Médie après l’assassinat de sa sœur Bérénice, veuve d’Antiochus II. Des troubles en Égypte où Bérénice II était régente l’obligèrent à mettre fin à sa brillante campagne et à regagner le royaume. À sa mort en 222 avant J.-C., il laisse un empire important qui domine la Syrie et le sud de l’Asie Mineure en plus de l’Égypte. Didrachme, Cyrénaïque, Cyrène ou Euesperides, c. 250-249 ou 246-221 avant J.-C. ? (Ar ; 6,86 g, 19,50 mm, 7 h) étalon lagide, poids théorique : 14,00 g, 2 drachmes ou 12 oboles A/ Anépigraphe Buste diadémé et drapé de Bérénice à droite, les cheveux coiffés en petit chignon ramené derrière la tête. R/ BEPENIKHΣ/ BAΣIΛIΣΣHΣ/ (TAM) (Bérénice reine), légende placée verticalement. Légende entourant une massue, placée verticalement ; un monogramme au-dessous et une corne d’abondance dans le champ à droite ; le tout dans une couronne de pommes d’après C. Lorber. BMC XXIX/ 75, 9 - Svoronos 316, pl. III/ 45 (1 ex. (Bérénice Ire) = SNG Copenhague 430 – GC II/ 6331 (Bérénice Ire) - CPE I/, p. 392, 728 (Bérénice Ire) Bel exemplaire, centré des deux côtés. Joli buste ainsi qu’un revers agréable. Frappe un peu faible. Patine grise. Très rare. TTB+ 750€/ 1 500€ C’est la première fois que nous présentons ce type à la vente ! Notre exemplaire, bien que proche de celui du CPE I/ 728 = SNG Copenhague 430, ne semble pas des mêmes coins. Notre exemplaire s’insère dans une série (CPE I/ p. 392, n° 728, 729 et A à C, 730 et 731, pl. 55-56) composée exclusivement de didrachmes pour une Bérénice (I ou II) sans épithète (Thea). Plusieurs symboles, corne d’abondance (notre exemplaire), trident, plant de silphium ou roue sont complétés par des monogrammes. Le plan de silphium (plante à vertus médicinales) est la preuve que ce monnayage fut bien frappé en Cyrénaïque. Cette plante qui fit la renommée et la richesse de Cyrène et de sa région était en voie d’extinction au début du Principat. Elle est citée par Pline l’Ancien (HN XIX, 15). La couronne du revers qui est décrite comme une couronne formée de deux branches de pommier nous rappelle que cette région est identifiée comme le jardin des Hespérides. Le portrait figuré au droit de notre didrachme semble juvénile. Si il s’agit de Bérénice Ire née vers 240 avant J.-C., son portrait est idéalisée ce qui ne semble pas le cas pour le monnayage de Ptolémée II sur l’or frappé en Égypte. En revanche, Bérénice née vers 266/5 avant J.-C. serait âgée d’entre quinze et vingt ans au moment de la frappe de cette monnaie ce qui correspondrait à l’effigie de notre didrachme si il est bien frappé avant son mariage avec Ptolémée IV Philopator (celui qui aime son père). Exemplaire provenant de la collection P-R. B Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT BÉRÉNICE CHEZ ELLE ?
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