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Bulletin Numismatique n°260 72 À travers cet article, mon idée n’est pas de jouer les cassandres, mais de vous présenter un certain nombre de réflexions quant à l’évolution de la numismatique en France pour les années à venir. Je ne suis pas un expert en numismatique et je n’en ai ni l’envergure, ni la prétention ; mais en fait qu’est-ce qu’un expert : Le rôle d’un expert est de garantir l’authenticité d’une monnaie et d’évaluer la qualité de celle-ci en identifiant les potentiels problèmes à la place du collectionneur. Dans le cas des ventes aux enchères, il gère le contenu d’un catalogue à travers la description des monnaies et il donne une estimation. Par contre, un expert pourra difficilement vous affirmer qu’une pièce en particulier ou un domaine aura tendance à voir sa valeur augmenter ou pas et cela ne relève pas de sa compétence ; il peut éventuellement conseiller mais cela peut être une arme à double tranchant. Ce que je veux exprimer est le fait qu’un expert ne va pas vous conseiller dans le choix d’une collection en particulier ou de domaines de collection, c’est exclusivement un choix personnel. Dans des articles d’entretien avec des grands experts numismates des années 80/90 comme Jean Vinchon, Emile Bourgey, parmi d’autres, articles publiés dans Numismatique et Change, ceux-ci donnaient tous le même conseil et un seul : Privilégier l’achat de belles pièces. Je suis convaincu que de nos jours le conseil donné par les experts actuels sera exactement le même, mais bien que très pertinent, cela n’est pas suffisant pour se protéger des aléas de la numismatique. Les informations et idées que je présente ci-dessous découlent de ce que j’ai pu observer lors d’enchères numismatiques ainsi que sur les sites marchands, mais aussi en tenant compte des évènements divers au niveau du pays et sur la scène international. Tout d’abord, faisons un tour d’horizon de la numismatique française de nos jours à travers des faits que tout le monde peut constater : 1- Vous n’allez pratiquement jamais trouver dans d’importantes ventes aux enchères des monnaies postérieures à 1900, à quelques exceptions près. La raison est tout simplement due au fait que la majorité des pièces étant bon marché, ce n’est intéressant ni pour l’expert ni pour le commissaire-priseur de proposer des pièces à 20€ ou souvent inférieures à 100€. Si ces pièces ont des prix bas c’est parce qu’il y a beaucoup de stock disponible et ce stock ne va pas disparaître du jour au lendemain, il sera toujours là. 2- Les monnaies les plus recherchées par les amateurs ayant des moyens sont généralement en or ou en argent, les pièces en bronze ou autres métaux ainsi que les plus faibles dénominations sont mises de côté ou du moins se vendent à des prix bien plus bas. La conclusion est que logiquement les pièces en argent et en or auront tendance à augmenter plus que les autres. 3- Les prix les plus élevés correspondent toujours à des monnaies assez rares ou rares mais surtout dans les qualités proposées. Si à l’occasion on voit des prix impensables, c’est que la monnaie est tout simplement exceptionnelle. 4- C’est un fait que la numismatique française est très riche, elle est très vaste, il y a énormément de choix, de périodes, de séries, de types. Personnellement je constate et cela depuis quelques années que la numismatique française est en train de tomber dans la même spirale dangereuse que dans le cas de la philatélie cela fait plus d’une trentaine d’années : La surabondance de nouvelles séries de timbres et autres documents officiels associés qui ont fini par décourager les collectionneurs. Que reste-t-il de la philatélie de nos jours ? Eh bien en réalité seuls les timbres classiques sans aucun défaut trouvent preneur à des prix divisés par cinq et cela est valable pour les timbres de tous les pays. En faisant un parallèle, je remarque certaines similitudes qui me paraissent évidentes : - Les frappes annuelles en Euro pour tous les pays de la zone euro qui ont commencé en 2000. - Les frappes commémoratives. - Les frappes des différents ateliers monétaires pour « numismate » en BE et BU. Étant donné qu’il y a chaque fois plus de matériel nouveau sur le marché numismatique, la conséquence est que les amateurs vont « s’éparpiller », délaissant ainsi les collections traditionnelles. Cette tendance affecte directement tous les domaines de la numismatique et en particulier ceux où il y a abondance de matériel. Maintenant, me direz-vous, qu’est-ce qui peut éventuellement changer entre la numismatique des prochaines années par rapport à celle des années précédentes ? Si jusqu’à présent le marché numismatique suit son cours sans inconvénients particuliers, pourquoi cela ne pourrait-il pas continuer ainsi ? Le changement majeur ne sera pas dû à la numismatique en soi, mais à des événements exogènes qui vont s’intensifier dans les années à venir. Le premier changement majeur qui est à mon avis le plus important est la grave crise économique, politique et démographique que traverse la France et qui va s’aggraver quel que soit le gouvernement au pouvoir. Il y a en effet un facteur essentiel et direct qui joue sur la numismatique, à savoir le niveau de vie des habitants, niveau de vie qui en France a diminué au fil des années et qui malheureusement ne va pas s’arranger ! Le second événement qui va modifier notre mode de vie est l’apparition de l’IA (Intelligence Artificielle) qui va monter en puissance et qui aura pour conséquence la disparition d’emplois principalement non qualifiés, ainsi que ceux non indispensables et trop nombreux. Cela entraînera mécaniquement une hausse du chômage, plus de dépenses pour l’État… Nous allons traverser des temps très particuliers et il y aura des changements de comportement dans la façon de collectionner. PERSPECTIVES À VENIR DE LA NUMISMATIQUE FRANÇAISE

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