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Bulletin Numismatique n°260 48 L’histoire monétaire du XVIe siècle semble plutôt bien connue. Toutefois, les sources manuscrites de ce siècle sont si abondantes et riches qu’un constat doit être dressé : elles n’ont fait l’objet que de « picorages » de la part des rares numismates qui ont eu le mérite de se pencher sur les archives. Voici plusieurs années déjà que nous avons entrepris leurs dépouillements en vue de publier les différents monétaires utilisés par les maîtres, graveurs et autres officiers sur les monnaies. C’est aussi l’occasion de préparer un ouvrage détaillé au moins consacré aux règnes d’Henri III (1574-1589) et d’Henri IV (1589-1610) et aux ateliers de la Ligue. Ces dépouillements nous permettent d’appréhender de manière très fine chaque émission monétaire, comme cela a déjà été fait pour la période 1610-1794. Dans la live auction de CGB du 3 mars 2025 sera présenté un écu d’or au soleil d’Henri IV frappé à Bordeaux en 1590 (bry_1087426, 3,35 g, 25 mm, 6 h.). Cette monnaie est absente des différents ouvrages de référence. Dans le Franciae IV nous trouvons toutefois page 444, une liste d’écus d’or de « type indéterminé : (monnaies non retrouvées) », dont cinq écus d’or d’Henri IV frappés à Bordeaux aux millésimes 1590, 1596, 1599, 1600 et 1602. Il y aussi des écus d’or frappés en 1607 qui pourraient être à ce type, toutefois le Franciae IV les classe au type à la croix anillée (Sb.4952, p. 446) alors qu’aucun exemplaire n’a été retrouvé à ce jour. Dans le Gadoury 2022, p. 296, tous les écus d’or de Bordeaux sont classés à un type indéterminé. L’écu d’or proposé à la vente présente au revers une croix formée de quatre H sommés d’un lis portant un quadrilobe en cœur contenant la lettre d’atelier. Il faut probablement attribuer aux écus d’or portant cette croix particulière les autres écus d’or bordelais frappés entre 1596 et 1602. En 1956, Jean Lafaurie et Pierre Prieur classaient par défaut les écus de Bordeaux frappés sous Henri IV sous le n° 1048, p. 137, c’est-àdire au type à la croix anillée, mais précisaient « Les types des Écus d’or et Demi-écus frappés à Bordeaux, Châlons, Dijon, Limoges, Nantes, ne nous sont pas connus ». Ces deux auteurs indiquent que huit exemplaires ont été mis en boîte. Stéphan Sombart, dans le Franciae IV, p. 444, indique quant à lui que 1410 écus d’or ont été frappés, précisant que potentiellement ces monnaies pourraient être au nom « d’Henri III ? ». L’analyse du registre des délivrances – transcrit et reproduit dans cet article – conservé aux Archives nationales sous la cote Z1b 837, confirme ce chiffre de frappe et de mise en boîte ; il n’y eut que trois délivrances faites le 3 juillet, le 9 août et le 29 décembre 1590. Bordeaux, comme Rennes, était l’une des principales villes du royaume qui resta fidèle au roi et n’embrassa pas la cause de la Ligue. Un arrêt du Conseil du roi donné à Tours le 27 janvier 1590, enregistré par la Cour des monnaies de Tours le 30, ordonna de ne plus frapper de monnaies au nom d’Henri III et que « à cause de l’advènement à la couronne du roy à présent régnant, il convient faire faire batre les monnoyes de ce royaulme soubz ses nom et devise, ainsi que Sa Majesté l’a particullièrement ordonné pour les Monnoie de Saint-Lô et Rennes et faire cesser aux autres Monnoyes la fabrication qui se faict encores aujourd’huy soubz le nom du feu roy et milésiesme de l’année mvc IIiixx ix, laquelle se continue pour autant que les officiers particulliers desdites monnoies n’ait receu mandement de ladite chambre qu’elle ne leur peult envoier sans l’exprès commandement de Sa Majesté, encore qu’elle l’ay desja commandé esdites Monnoies de Sainct-Lô et Rennes ». Les fabrications devant se faire « suivant les emprainctes et poinçons d’effigie et matrices du tailleur général que ladite Chambre enverra incontinant aux gardes desdites Monnoyes pour icelles délivrer au tailleur particullier pour par luy tirer les poinçons, frapper les pilles et trosseaux nécessaires à la fabrication desdites monnoies. » (AN, Z1b 19, f° 32 r°-33 v°). Le 27 mars 1590, le graveur général Philippe Danfrie expédia à Bordeaux des matrices et poinçons (AN, Z1b 347). Le 2 avril 1590 les deux gardes de la Monnaie de Bordeaux accusèrent leur réception : « Nous, Jehan Faure et Raimond Branne, gardes pour le roy de la Monoye de Bourdeaux, certiffions avoir receu de Monsieur Martin, ung paquet, ensemble trois matrices et ung poinson sur l’effigie du roy à présant régnant, avec quatre empraintes, sçavoir est d’escu au souleil, de cartz d’escu, demis et quartz de frans et par ce qu’il est vray avons escrit et signé la présente à Bourdeaulx ce segond jour d’avril mil vc quatre vint dix. J. Faure. R. Branne. » (AN, Z1b 382, figure 1). figure 1 Il ressort de cette analyse que tous les écus d’or ayant été frappés à Bordeaux entre le 9 août et le 29 décembre 1590 sont indiscutablement au nom d’Henri IV et ne peuvent pas être au nom d’Henri III comme cela a été suggéré. UN ÉCU D’OR INÉDIT D’HENRI IV FRAPPÉ EN 1590 À BORDEAUX (K)

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