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Bulletin Numismatique n°260 42 Ce garçon, cet éphèbe, depuis l’Antiquité subjugue et interroge. Qui était ce jeune homme qui fut aimé d’Hadrien, immortalisé par Marguerite Yourcenar, dans les mémoires du même nom ? N’était-il qu’un berger, un pâtre d’une grande beauté ? Comment a-t-il pu être aimé ? Hadrien, qui lui voua un culte après sa mort, fonda une cité, Antinopolis, à l’endroit où il s’était noyé dans le Nil, mort volontairement ou suicidé. Près de 1 900 ans après sa disparition, il fait toujours l’objet d’un intérêt certain, surtout dans le cadre de l’histoire de l’art et l’iconographie où sa plastique figée dans le métal nous surprend, nous émeut et fait qu’il est présent parmi nous, soit dans les musées avec ses nombreuses statues, représentées sous différents aspects, soit sur les monnaies ou médaillons qui nous rappellent sa plastique et dont les prix souvent stratosphériques ne se démentent pas, même en état moyen de conservation. ANTINOÜS (+ 130) Favori d’Hadrien Antinoüs, jeune homme d’origine grecque, était né à Claudiopolis de Bithynie entre 108 et 110. Lors de son voyage en Bithynie en 128, Hadrien remarqua le jeune homme qui était d’une grande beauté. Antinoüs suivit son ami au cours de son second voyage. En 130, il se noya accidentellement dans le Nil et Hadrien en eut un immense chagrin. Pour commémorer la mémoire de son ami, il fonda la ville d’Antinopolis et autorisa les villes grecques d’Asie Mineure à lui élever des autels et à lui consacrer un temple, ce qui mit Sabine, l’épouse d’Hadrien, dans une grande colère. Les milieux traditionnels de Rome ne pardonnèrent pas à l’empereur cet amour pour ce jeune homme, ni le culte que l’empereur lui voua après sa mort. Hadrien ne se remit jamais de la perte de son ami et devint misanthrope. Marguerite Yourcenar, dans son roman, Les Mémoires d’Hadrien, Paris 1951, a immortalisé la liaison des deux hommes. Drachme, Égypte, Alexandrie, an 19 = 134-135 (Æ 23,52 g, 34,50 mm, 12 h) A/ ANTINOOΣ - HPωOΣ (Antinoüs héros). Buste nu et drapé d’Antinoüs à droite, surmonté de la couronne hemhem (Thot). R/ L/ I-Θ (An 19). Antinoüs à cheval, au pas à droite, sous les traits de Mercure, tenant un caducée. Dattari 2080 – Milne 1480 - Cologne 1275 - MRMA 34/1 (2500€) AC 1346 - RCV 2/ 3899 (1500$) - RPC III/ 6073 (19 ex.) Gustave Blum (1887-1914), Numismatique d’Antinoos, JIAN XVI, Athènes 1914, p. 54, n° 9, pl. V/8 Rainer Pudill, Antinoos, Münzen und Medaillons, Regenstauf, 2014, p. 89 Monnaie sur un flan large, centré, éclaté à divers endroits. Très beau revers, bien venu à la frappe. Joli buste d’Antinoüs à l’usure régulière. Patine marron Très rare. TTB/ TTB+ 2 000€/ 3 500€ Les monnaies d’Antinous se rencontrent pour Alexandrie entre 134 et 137 (an 19 et 21). Au droit de notre drachme, Antinoüs est identifié au dieu Hermès-Thot. L’Égypte rendit hommage au héros, présenté sur ce monnayage sous les traits d’Éros pour les Grecs, fils d’Aphrodite dieu de l’Amour, lorsque le jeune homme, âgé d’une vingtaine d’années, se noya dans le Nil. Au revers, c’est sous les traits de Mercure qu’Antinoüs est figuré. Ce monnayage débute tardivement en Égypte pas avant l’an 19 du règne d’Hadrien alors qu’Antinoüs était mort déjà depuis cinq ans. Le monnayage alexandrin n’est composé que de monnaies de bronze qui présentent toujours le héros sous les traits d’Hermès au revers avec son kyrikeion (caducée), et associé à Thot, dieu de la connaissance et de la sagesse. Son buste juvénile est coiffé ou surmonté de la couronne Hemhem (triple couronne Atef avec la couronne Hedjet surmontée de deux plumes d’autruche, parfois d’un disque solaire complétée par deux cornes de bélier qui ne sont pas complètement visibles au droit sur cet exemplaire). Au revers, la composition est particulière puisque Antinoüs sous les traits de Mercure, est identifié grâce au caducée. Il est monté sur un cheval au pas de parade, levant l’antérieur gauche, richement houssé et harnaché, ce qui n’est pas habituel pour le messager des Dieux. Il est vêtu de la chlamyde héroïque, attachée sur l’épaule qui lui couvre seulement le buste. Faut-il rappeler que lorsque Hadrien, le rencontra, il s’occupait de chevaux ? Ce monnayage n’est recensé que pour les années 19 (134/5) et 21 (136/7) du règne d’Hadrien pour la plus grande dénomination de 30-35 mm de diamètre, de masse comprise entre 20 et 30 grammes, assimilée à la drachme, mais aussi pour l’hémidrachme avec un diamètre de 25 à 30 mm et un poids moyen de 15 à 20 grammes, une diobole de 20 mm avec une masse souvent inférieure à 10 grammes avec les mêmes sujets au droit et au revers et une petite monnaie divisionnaire de 10 à 15 mm et un poids souvent inférieur à 2,00 g avec le caducée seulement au revers. Les bustes peuvent être tournés à droite ou à gauche. Le monnayage d’Antinoüs pour Alexandrie est parfois moins rare que pour certains « médaillons » d’Asie Mineure. Mais il bénéficie d’une « cote d’amour » en raison de sa disparition sur les berges de son fleuve, que symbolise et résume la définition d’Hérodote : « l’Égypte est un don du Nil ». Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT DRACHME D’ANTINOÜS POUR ALEXANDRIE : LE RETOUR AUX SOURCES !

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