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Bulletin Numismatique n°260 41 Commode éliminé, le Sénat proclama sa « Damnatio Memoriæ » qu’il convient plutôt aujourd’hui de remplacer par « Abolitio Memoriæ » comme l’indique le titre d’un ouvrage collectif publié sous la direction de S. Benoist et alli, L’Abolitio Memoriae à Rome et dans le monde romain (Ier s. av. N. È – IVe s. de N. È.), Septentrion, Lille, 2025, 555 pages. Ses actes furent abolis, ses inscriptions martelées, son nom effacé et normalement ses monnaies biffées ou refondues. Mais l’histoire et la suite des événements en décidèrent autrement. Commode fut assassiné à l’instigation de ses proches qui craignaient pour leur vie. Le complot fut réalisé à l’instigation du préfet du prétoire Marcus Aemilius Laetus, du chambellan Eclectus et de Marcia sa concubine. Commode à l’occasion du 1er janvier 193 voulait opérer une grande purge, en éliminant, entre autres, les deux consuls de l’année à venir. Les conjurés décidèrent de prévenir la décision impériale. Marcia administra un poison à Commode qui le vomit. Finalement, il fut étranglé dans son bain, par Narcisse, un athlète. Le 1er janvier 193, Pertinax fut nommé Auguste pour un règne de 87 jours. Sur notre médaillon qui, faut-il le rappeler, était un cadeau offert par l’empereur en début d’année à ses proches, Commode est associé dans un buste accolé à un personnage aujourd’hui identifié à Rome dont Commode se considérait comme le nouveau fondateur. Sur notre exemplaire, ce n’est pas Commode qui est biffé, alors que son portrait est placé le plus en avant, mais celui accolé qui se trouve derrière et qui normalement est censé représenter Minerve ou Rome casquée. Mais ce buste est assimilé par les Antiquaires à Marcia, la concubine de Commode, l’une des principales actrices du complot, et c’est son buste qui a subi l’outrage qui peut l’assimiler à une Abolitio. Comment cela fut-il rendu possible ? Si Commode fut bien voué à ce que nous nommons « Damnatio Memoriæ », sa mémoire fut néanmoins restaurée par Septime Sévère au début de l’année 195 quand il lui fit accorder les honneurs divins, lorsqu’il se fit adopter fictivement dans la dynastie Antonine, devenant le fils de Marc Aurèle et donc le frère de Commode. Narcisse fut livré aux lions et Marcia exécutée. Il se pourrait alors que notre médaillon n’ait subi cet outrage qu’à ce moment précis, dans l’entourage impérial favorable à la dynastie sévérienne, en faisant disparaître le visage qui jouxtait celui de Commode et qui pouvait évoquer celui de la concubine. Cette reconstitution n’est peutêtre qu’une fable ou le début d’une explication plausible pour justifier cette altération. Le choix du revers pour ce médaillon n’est pas non plus anodin puisque au travers de quatre enfants, dans une composition bucolique, il évoque « les temps heureux. » COMMODE (166 – 31 DÉCEMBRE 192) Lucius Aurelius Commodus Seul Auguste (17 mars 180 – 31 décembre 192) Commode a succédé à son père Marc Aurèle, décédé à Vienne le 17 mars 180. Il s’empresse de conclure une trêve avec les tribus germaniques puis abandonne la vie publique. L’Empire est successivement gouverné par les préfets du Prétoire, Perennis de 182 à 185, Cléandre de 185 à 190, qui sont tous les deux assassinés. Commode meurt étouffé dans la nuit du 31 décembre 192. Médaillon bi-métallique, Rome 1er janvier - 1er juillet192, 65e émission (Æ, 63,03 g, 40 mm, 11 h) A/ L AELIVS AVRELIVS COMMODVS AVG PIVS FELIX « Lucius Aelius Aurelius Commodus Augustus Pius Felix » (Lucius Aelius Aurelius Commode Auguste Pieux Heureux). Bustes accolés à droite de Commode lauré, drapé et cuirassé et de Marcia ? (Minerve) casquée et cuirassée avec l’égide sur la poitrine. R/ // TEMPORVM FELICITAS « Temporum Felicitas » (Les temps heureux). Les quatre Saisons représentées par quatre enfants. C III/ 381, 6 (700f) – Gnecchi II/ 67, 137, pl. 87/ 4 -MIR 18/ 1157-1 Médaillon sur un flan large, centré des deux côtés. Usure importante mais le médaillon reste parfaitement identifiable. Patine marron. Très rare. TB+ 2 000€/ 3 500€ Pour ce type, Francesco Gnecchi, I Medaglioni Romani, volume secondo, Bronze, Parte prima, Gran modulo, Milano, 1908-1912, p. 67, n° 137, pl. 84/6 avait recensé deux exemplaires : Paris, BnF, (Æ 56,00 g, 39 mm) ; Gnecchi (Æ 48,50 g, 40 mm). Notre exemplaire avec une masse de 63,03 g et 40 mm de diamètre est donc très lourd et très épais. Les médaillons sont toujours rares. Ils ont été copiés et imités dès la Renaissance. Souvent les médaillons ont subi les outrages du temps et se trouvent difficilement en bon état de conservation. Ce type cotait pas moins de 700 francs or soit le prix de près de 15 aurei romains de l’époque de Néron en état moyen vers 1880 et de la rédaction de l’ouvrage d’Henry Cohen (1806-1880) pour sa seconde édition. Ne laissez pas passer l’occasion d’acquérir un morceau de l’histoire de Rome ! Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT MÉDAILLON DE COMMODE ET DE « MARCIA » : USÉ OU DE LA « DAMNATIO MEMORIÆ » À « L’ABOLITIO MEMORIÆ »

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