Bulletin Numismatique n°260 36 Antonin le Pieux a laissé son nom à la dynastie qui préside aux destinées de l’Empire romain entre Nerva et Commode (96-192). Si Antonin n’est pas lié directement à Nerva, à Trajan ou à Hadrien, en revanche, des liens familiaux existent entre lui et Marc Aurèle. Cette dynastie jusqu’à Antonin est dite adoptive. Commode le fils de Marc Aurèle et de Faustine Jeune, le petit-fils d’Antonin le Pieux, est porphyrogénète, c’est-à-dire, qu’il est né dans la pourpre (le 31 août 161), son père Marc Aurèle ayant succédé à Antonin le 7 mars 161. La femme d’Antonin le Pieux, Faustine I mère ou l’ancienne, est la tante maternelle de Marc Aurèle. Ce dernier a épousé sa cousine Faustine II ou jeune, la fille d’Antonin et de Faustine mère. D’autre part entre la mort de Trajan et celle d’Antonin, soit entre 117 et 161, l’Empire romain connaît une période de paix et de sécurité relative qui a laissé sa marque sous le vocable de la Paix romaine ou « Pax Romana ». Il faut nuancer cette appellation. En effet, sous Hadrien, des troubles ont eu lieu en Bretagne, d’où la construction du Mur d’Hadrien. La Judée a été secouée par l’insurrection de Bar Kochba, dite guerre de Judée (132-135). Sous Antonin le Pieux, des troubles ont éclaté en Maurétanie. La Bretagne a donné lieu à l’érection d’un second mur au nord de celui d’Hadrien afin de contenir les tribus Scots et Pictes. À la fin du règne, les Parthes sont plus belliqueux. Cependant, Antonin n’est pas considéré comme un empereur belliqueux, et comparé aux périodes précédentes ou suivantes, l’Empire est en paix, d’où l’expression. Le revers de notre aureus en est la parfaite illustration avec Aequitas (l’Équité), l’équilibre et la stabilité de l’Empire. Ce type, associé au quatrième et dernier consulat qu’Antonin avait revêtu conjointement avec Marc Aurèle César, est le dernier que l’Auguste prend. Ce type qui débute en 148/9 associé à la douzième puissance tribunitienne, après la commémoration du 900e anniversaire de la fondation de Rome en 147, s’inscrit dans la continuité dynastique. C’est l’un des revers les plus courants de la période. Il est associé à une grande diversité de bustes de l’Auguste âgé alors de 62 ans, âge où Hadrien est décédé. Dans l’ouvrage de X. Calico, The Roman Aurei, Catalogue, volume I, Barcelona, 2003, ce type monétaire de revers occupe les pages 290 à 293, n° 1496 ) 1512, uniquement lié aux TRP XII et XIII (148/9 et 149/150) ANTONIN LE PIEUX (25 février 138 – 7 mars 161) Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus AUGUSTE (10 juillet 138 - 7 mars 161) Antonin est né le 19 septembre 86 à Lanuvium. Sa famille est originaire de Gaule (Nîmes). C’est un riche sénateur qui a épousé Faustine l’ancienne entre 110 et 115 et est ainsi entré par alliance dans la famille d’Hadrien. Après la mort d’Aelius le 1er janvier 138, Hadrien choisit Antonin pour lui succéder le 25 février 138 en lui adjoignant deux fils adoptifs, Marc Aurèle et Lucius Vérus. Hadrien meurt le 10 juillet et Antonin lui succède. Il doit d’abord batailler pour faire diviniser Hadrien, ennemi du Sénat. En 139, Marc Aurèle devient césar et Faustine augusta. Son règne est calme et heureux et symbolise la «Pax Romana» du deuxième siècle. En 148, il commémore avec faste le 900e anniversaire de Rome. Aureus, Rome, 148-149 (Or, 7,12 g, 18,50 mm, 6 h) taille 1/45 L., poids théorique : 7,22 g, 25 deniers ou 100 sesterces A/ ANTONINVS AVG - PIVS P P TR P XII « Antoninus Augustus Pius Pater Patriæ Tribunicia Potestate duodecimum » (Antonin auguste pieux père de la patrie revêtu de la douzième puissance tribunitienne). Buste lauré et drapé d’Antonin à droite, vu de trois quarts en arrière (A*02). R/ C-OS – IIII. « Consul quartum » (Consul pour la quatrième fois) C II/ - RIC III/ - BMCRE IV/651 var (note) - Calico 1505c – RCV 2/ 4003 (3500$)- Monnaie idéalement centrée des deux côtés. Superbe buste d’Antonin le Pieux, bien venu à la frappe. Joli revers. Patine de collection. Très rare. SUP/ TTB+ 3 000€/ 6 000€ Ce type de buste (A*02), lauré et drapé à droite, vu de trois quarts en arrière, semble beaucoup plus rare. X. Calico en a recensé deux formes différentes en fonction du paludamentum (manteau de général) qui couvre plus ou moins le buste d’Antonin. Ponctuée en fin de légende de revers. Ce type avec l’Équité au revers fait son apparition lors de la douzième puissance tribunitienne, en 148-149 et est ensuite utilisé jusqu’en 150-151 (TR P XIII et TR P XIV). La particularité de ce type de revers est qu’il est associé à un nombre important de portraits différents. Nous avons deux familles différentes de bustes avec le buste nu ou le buste lauré. Pour la tête nue à droite, outre le type avec la seule tête nue, nous avons aussi les bustes (O°2), (B°) et (A°2), c’est-à-dire avec le pan de paludamentum sur l’épaule, tête nue à droite, le buste cuirassé, tête nue à droite, vu de trois quarts en avant et enfin le buste drapé et cuirassé, tête nue à droite, vu de trois quarts en arrière. L’apparition de bustes avec cuirasse est peut-être liée à des opérations militaires. La variété des bustes est plus importante avec les têtes laurées (O*), (O*1), (O*2), (O*4) et (A*) : tête laurée à droite, tête laurée à gauche, Buste lauré à droite, drapé sur l’épaule gauche (O*2) et buste lauré à droite avec l’égide sur l’épaule (O*4), Buste lauré, drapé et cuirassé à droite vu de trois quarts en avant. Aucun exemplaire ne semble avoir été signalé avec le buste lauré et drapé seulement. Cependant Harold Mattingly signalait deux exemplaires de ce type (BMC. 651 et 652, p.94). Ce type ne se rencontre ni dans le trésor de Liberchies ni dans celui de Trèves. En revanche un exemplaire de ce type de buste appartenait au trésor de Corbridge 1912. Encore une fois, un type qui semble anodin et courant au premier abord s’avère beaucoup plus rare qu’il n’y paraissait, lié uniquement à la représentation du buste qui sort de l’habituelle tête laurée à droite et qui est beaucoup moins spectaculaire qu’un buste tourné à gauche. C’est la preuve qu’il faut toujours examiner attentivement chaque exemplaire afin d’en apprécier la rareté et « la substantifique mœlle ». Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT ANTONIN LE PIEUX ET AEQUITAS : L’ÉQUILIBRE DE LA « PAX ROMANA »
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