Bulletin Numismatique n°260 19 Pégase est l’épisème de la cité de l’Isthme. Il a orné seul les premiers statères archaïques de la cité dès l’origine du monnayage. Son association avec la déesse Athéna remonte à la fin de cette période, entre 515 et 500 avant J.-C. Ce monnayage ne prend fin qu’en 307 avant J.-C. Le « Poulain » est associé à la cité corinthienne au même titre que la chouette à Athènes ou la tortue à Égine. Avec ses nombreuses colonies, le monnayage a essaimé très loin de son site d’origine dans toute la Méditerranée Occidentale, jusqu’en Sicile et Italie du Sud (Magna Graecia). Notre type monétaire avec une tête d’Athéna coiffée d’une couronne de laurier pourrait commémorer une victoire militaire ou agonistique. Il est frappé dans l’ultime période de frappe de l’atelier corinthien au moment où la cité soutient l’expédition sicilienne de Timoléon. Originaire de Corinthe, il débarqua en Sicile en 344 avant J.-C. et prit le contrôle de Syracuse. Il restaura l’hégémonie grecque en Sicile en chassant les Carthaginois après la bataille de Crimisus en 339 avant J.-C. Il constitua un gouvernement démocratique qui ne devait malheureusement pas lui survivre, Agathoklès s’emparant du pouvoir à partir de 317 avant J.-C. Néanmoins, pendant une vingtaine d’années, Syracuse connut une période de paix qui lui permit de rétablir ses finances et de développer un programme de construction urbaine important, accompagné du retour de la prospérité agricole. Dans la même période, Corinthe doit faire face à la progression de l’hégémonie de Philippe II de Macédoine en Grèce à partir de la troisième guerre sacrée (354-346 avant J.-C.). À la fin de la troisième guerre, Philippe II de Macédoine, en tant qu’hégémôn, présida les Jeux Pythiques qui se tenaient à Corinthe, en 346 avant J.-C., raison de la présence de la couronne sur la tête d’Athéna qui outre le laurier pourrait bien être aussi une couronne d’olivier afin de symboliser la paix. Lors de la quatrième guerre sacrée (339-338 avant J.-C.) qui se solda par la défaite de Chéronée face aux Macédoniens, Corinthe s’associa encore une fois à Thèbes et à Athènes. Thèbes reçut une garnison macédonienne. Athènes n’en subit pas les conséquences, tandis qu’au Congrès de Corinthe, Philippe se voyait confirmer son titre d’hégémôn et confier la charge de mener les opérations contre l’empire Achéménide. CORINTHIE – CORINTHE (350-306 avant J.-C.) Corinthe devint l’une des plus importantes cités de Grèce en contrôlant militairement et économiquement l’isthme du même nom. Fondée par les Éoliens, Corinthe se trouvait placée entre la Grèce centrale et le Péloponnèse. Elle est la mère patrie de nombreuses cités, colonies corinthiennes, dont Syracuse, Corcyre, Ambracie, Anactorium et Leucas. Pendant la Guerre du Péloponnèse (431-404 AC.) elle fut, avec Sparte, l’une des plus implacables ennemies d’Athènes. Corinthe réussit à maintenir son indépendance contre la domination étouffante des Macédoniens. À la fin du règne de Philippe II de Macédoine (359-336 AC.), elle s’allia à Athènes et Thèbes et fut vaincue à la bataille de Chéronée en 338 avant J.-C. Philippe lui maintint son autonomie. Corinthe fut la victime involontaire de l’hégémonie macédonienne sur l’Asie à partir d’Alexandre le Grand car elle perdit alors son rôle stratégique. Ptolémée Ier l’occupa de 308 à 306 avant J.-C., ce qui marque la date de la fin de la fabrication des « poulains ». Elle rejoignit la ligue achéenne après 268 avant J.-C., mais la ville fut rasée par Lucius Memmius en 146 avant J.-C. pour s’être opposée à Rome. Statère, Corinthie, Corinthe, c. 330 avant J.-C. (Ar, 8,59 mm, 21 mm, 9 h) étalon corinthien, poids théorique : 8,64 g, 3 drachmes ou 18 oboles A/ Koppa archaïque (Q) Pégase volant à gauche, les ailes déployées. R/ A-P Tête d’Athéna à gauche, coiffée du casque corinthien lauré ; derrière, une égide ornée d’une tête de Méduse. Ravel 1009a, pl. LX – BMC 253 – coll. Pozzi 1695 – SB 3770 – Calciati, Pegasi 427 – HGCS 4/ 1848 Coll. BCD (Corinthia) - Magnifique monnaie sur un flan idéalement centré des deux côtés. Magnifique portrait d’Athéna ainsi qu’un superbe Pégase, bien venu à la frappe. Patine grise. Rare. SPL 1 000€/ 1 800€ Cette série est assez importante comme le faisait remarquer Oscar Ravel. Ce statère appartient à la troisième série de la cinquième période (R. 1008-1024). Au revers, le symbole est inhabituel (égide ou ægis ornée d’une tête de Méduse). Le casque corinthien est orné d’une branche d’olivier (symbole de Paix). Pour ce type, O. Ravel avait recensé vingt coins de droit et seize coins de revers. Corinthe fut l’une des cités de Grèce les plus importantes en contrôlant militairement et économiquement l’Isthme du même nom. La présence de Pégase au droit fait référence au mythe de Bellérophon. Le statère ou didrachme corinthien dont le poids était de 8,60 g était divisé en 3 et non pas 2 drachmes comme dans le système attique. La drachme corinthienne pesait environ 2,87 g. La mine corinthienne pesait 287 g et valait 100 drachmes corinthiennes. Corinthe augmenta certainement sa production « de poulains » à partir de 344 avant J.-C., lorsque Timoléon s’installa à Syracuse. Le monnayage de Corinthe est abondant. Le statère se rencontre facilement. En revanche, les exemplaires bien centrés, de bonne conservation ou de joli style sont infiniment plus rares et difficiles à rencontrer. Ne laissez pas passer votre chance en acquérant cet exemplaire. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT PÉGASE VOLE POUR CORINTHE
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