Bulletin Numismatique n°260 14 À la mort d’Alexandre le Grand à Babylone en juin 323, ses généraux et amis (Φιλοι) se répartirent la tâche de maintenir l’unité de l’Empire au nom de Philippe III Arrhidée, demi-frère d’Alexandre III et le très jeune Alexandre IV, fils posthume du conquérant et de son épouse, Roxane. Pour l’Égypte, Cléomène de Naucratis reçut la satrapie, mais dès l’année suivante, c’est Ptolémée qui en hérita et devait la conserver tout au long de la période en devenant le premier basiléos (roi) en 306/5 avant J.-C., suivant en cela Antigone le Borgne et son fils, Démétrius, qui avaient été les premiers à s’emparer du titre. Après le décès du conquérant, alors que son corps était rapatrié vers la Macédoine au cours d’un long périple fastidieux, Ptolémée réussit à s’emparer de la dépouille, à la transporter en Égypte, la déposant d’abord à Memphis avant de l’installer à Alexandrie. Le tombeau renfermant la dépouille momifiée du conquérant macédonien fut appelé la Sôma (corps) ou Séma (tombe). Un mausolée y fut installé et fera l’objet d’un culte pendant toute la période Lagide. Le premier atelier « égyptien » fut Memphis, la vieille capitale pharaonique. Les monnaies, statères d’or et tétradrachmes, continuent d’utiliser le monnayage au nom et au type d’Alexandre. L’atelier d’Alexandrie débuterait son activité plutôt en 320/19-314/3 avant J.-C., mais plus certainement à partir de 312 avant J.-C. D’après C. Lorber, Coins of the Ptolemaic Empire. Part I, Ptolemy I through Ptolemy IV, 2 volumes, (CPE 1), ANS, New York, 2018, le type avec Athéna au revers ne débuterait pas avant 312/11 avant J.-C., sur l’étalon attique (poids théorique : 17,28 g) entre 312/11 et c. 306. Ce type se caractérise par le recours au buste divinisé d’Alexandre sous les traits du dieu Zeus-Ammon, dont Alexandre avait visité le sanctuaire dans l’oasis de Siwah lors de la conquête de l’Égypte en 332. À cette occasion, les prêtres lui avaient révélé son origine divine. Pour indiquer l’origine africaine, la dépouille d’éléphant coiffe et surmonte la tête du conquérant. Le buste porte aussi le mitra et l’égide. Au revers, nous trouvons une Athéna qui est décrite parfois comme Alkidémos qui est « salvatrice ou protectrice du peuple » qui était honorée à Pella en Macédoine. Il faut plutôt y voir une Athéna Promachos « combattante ». Une seconde série de poids plus léger, défini parfois comme rhodien ou attique réduit (c. 15,70 g), conservant les mêmes caractéristiques iconographiques, succède à l’étalon attique. Notre tétradrachme appartient à cette seconde émission, datée entre 311 et 306 précédemment et dont C. Lorber place la fabrication entre 306 et 300 avant J.-C., au moment où Ptolémée prend le titre de Βασιλεωσ. Notre type se caractérise par l’adjonction d’un casque corinthien, placé devant l’Athéna Promachos. C’est le dernier type avec ce type de buste. Dans les séries suivantes, Ptolémée ayant pris le titre de roi remplace le buste d’Alexandre par le sien. ÉGYPTE – ROYAUME LAGIDE – PTOLÉMÉE Ier SOTER (323-306/305-283 avant J.-C.) Ptolémée Satrape (323-306/305 avant J.-C.) puis Basiléos (306/305 – 283 avant J.-C.) Ptolémée était un ami d’enfance d’Alexandre. Après la mort de ce dernier en 323 avant J.-C., il reçut la satrapie d’Égypte. Diadoque, il lutta pendant quarante ans contre ses collègues, Lysimaque, Séleucus, Antigone et Démétrius. Ptolémée fut le seul successeur d’Alexandre à mourir dans son lit. Tétradrachme, Égypte, Alexandrie, 311-306/305 avant J.-C. Type IIIb (Ar, 15,68 g, 26,50 mm, 12 h) étalon rhodien, poids théorique : 15,50 g, 4 drachmes ou 24 oboles A/ Anépigraphe Buste cornu et diadémé d’Alexandre le Grand sous les traits de Zeus-Ammon à droite, coiffé de la dépouille d’éléphant avec l’égide. R/ ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΥ/ (ΔΙ) (d’Alexandre) Athéna Promachos ou Alkidemos marchant à droite, brandissant une javeline de la main droite et tenant un bouclier de la gauche ; dans le champ à gauche, un casque corinthien, un monogramme et un aigle sur un foudre tourné à droite. Svoronos 169, pl VI – SNG Copenhague 30 – CPE 1/ 72 Superbe monnaie, centrée des deux côtés. Très beau buste, bien venu à la frappe, finement détaillé. Joli revers de style fin. Patine grise de collection. Rare. SUP 2 000€/4 000€ Entre 323 et 312 avant J.-C., Ptolémée Ier Soter qui est satrape d’Égypte, continue de monnayer au type et au nom d’Alexandre III le Grand. Depuis 332 avant J.-C., l’atelier de Memphis frappait des monnaies royales. La fabrication à Alexandrie ne commence pas avant 312 avant J.-C. À partir de 311 avant J.-C., l’Égypte a un monnayage particulier d’abord basé sur l’étalon attique, puis sur l’étalon rhodien (notre exemplaire), avant d’adopter l’étalon lagide ou phénicien. En 305 avant J.-C., Ptolémée prend le titre de Roi (B). Dans sa thèse publiée en 1974, O. H Zervos avait relevé pour cette 31e émission 75 tétradrachmes frappés à l’aide de 7 coins de droit, ce qui donne un indice caractéristique de 7,5 pièces/ coin, ce qui est excellent. Ce type se rencontre dans le trésor de Demanhur de 1896 (IGCH 1671), l’antique Hermanopolis. Ce trésor aurait contenu 2000 pièces d’argent dont le Terminus Post Quem (TPQ) est placé aujourd’hui à c. 300 avant J.-C. Pour notre série légère, plus de 200 tétradrachmes de ce type en faisaient partie (CPE 1, p. 460). Exemplaire provenant de la collection P-R. B. Si ce type n’est pas particulièrement rare, son état de conservation est tout à fait spectaculaire avec un relief inhabituel qui en rehausse l’intérêt. Le centrage du droit est presque parfait, où pratiquement tous les détails du buste idéalisé d’Alexandre sont visibles. En dehors d’une partie de la trompe d’éléphant, les oreilles de la dépouille, ainsi que l’égide sont complets avec une partie du grènetis visible. C’est donc un exemplaire qui mérite toute votre attention. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT ALEXANDRE À ALEXANDRIE !
RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=