cgb.fr

Bulletin Numismatique n°259 23 Rien de plus anodin qu’un tremissis d’Héraclius, normalement frappé à Constantinople tout au long du règne (610-641) bien qu’il apparaisse seul sur cette dénomination a contrario des solidi. Cependant, à y regarder de plus près, notre exemplaire, outre son style fin, présente un buste barbu, ce qui est tout à fait inhabituel pour ce type où il est normalement glabre. Nous avons déjà signalé pour les premiers empereurs byzantins que le port de la barbe est souvent associé à la prise de deuil de son prédécesseur en début de règne. Ce ne peut être le cas pour Héraclius qui a succédé à Phocas qui a été renversé et exécuté. Il faut aller chercher la réponse ailleurs. Rien ne ressemble plus à un tremissis qu’un autre tremissis. Cependant, le buste barbu et le style nous renvoient à examiner l’ensemble de ce monnayage et à se plonger dans la bibliographie spécialisée. Et ce qui pouvait ressembler à un tremissis commun de l’atelier de Constantinople devient sous nos yeux une pièce, aujourd’hui attribuée à un atelier sicilien. HÉRACLIUS (5 octobre 610 – 11 janvier 641) Héraclius seul (5 octobre 610 – 22 janvier 613) Héraclius était préfet d’Afrique depuis le règne de Maurice-Tibère. Avec son fils, nommé aussi Héraclius, il se révolta contre la tyrannie de Phocas. La sédition éclata à l’été 608 et rapidement les Héracliides contrôlèrent Carthage et Alexandrie ainsi que Chypre. Le 4 octobre 610, Héraclius débarqua à Constantinople, renversa Phocas et le fit mettre à mort. Le règne d’Héraclius commençait mal. Les Sassanides occupaient l’Asie Mineure et en particulier Jérusalem. À partir de 622, Héraclius reprit l’offensive et Jérusalem redevint chrétienne en 628. Héraclius récupéra la vraie croix, symbole du nouveau type de solidus. Il épousa Martine, sa nièce, en secondes noces. Elle fut la mère d’Héraclonas, né en 626, nommé césar en 630, associé au trône en 638. Après la mort d'Héraclius, le 11 janvier 641, Héraclius Constantin disparut à son tour le 20 avril 641. C'est le fils de Martine, Héraclonas, qui monta sur le trône. Dès le mois de septembre, Héraclonas fut obligé de couronner son neveu Constans comme co-empereur. Il fut déposé en octobre, mutilé et exilé avec sa mère à Rhodes Tremissis, Sicile, groupe A, 610-613 (Or, 1,43 g, 17 mm, 6 h) taille 1/216 L., poids théorique : 1,50 g, 96 follis ou 3840 noummia A/ d NN hEraC-LIYS P P AVI « Dominus Noster Heraclius Perpetuus Augustus », (Notre seigneur Héraclius perpétuel auguste). Buste barbu, diadémé, drapé et cuirassé d’Héraclius à droite, vu de trois quarts en avant (A’a) ; diadème perlé. R/ VICTORI- A AVGYE/ -|-// CONOB « Victoria Augustorum » (La victoire des augustes). Croix potencée. BMC/ B 92 – Ratto – Do 53a – BN/B – MIB 99 – BC 881G (450£) - DMBR 11/ 112 (1000€) Magnifique exemplaire, centré des deux côtés. Buste de toute beauté, finement détaillé. Patine de collection. Rare. SPL 2 000€ Mêmes coins que l’exemplaire reproduit dans l’ouvrage de W. Hahn, Moneta Imperi Byzantini 3, Wien, 1981, pl. 5, n° 991. La particularité de cet exemplaire est de présenter un buste barbu. Longtemps attribué au début du règne pour l’atelier de Constantinople, W. Hahn donne aujourd’hui ce type à la Sicile (groupe A). Avec ce tremissis, nous avons encore une fois la preuve, que seul l’examen approfondi d’une monnaie permet d’en tirer la substantifique moelle et qu’une monnaie qui peut sembler anodine au premier abord peut se révéler d’un grand intérêt et d’une particulière rareté. C’est aussi encore une fois la preuve que le recours aux ouvrages spécialisés est nécessaire chaque fois que nous nous trouvons en face d’une monnaie inhabituelle. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT HÉRACLIUS DE CONSTANTINOPLE À LA SICILE

RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=