Bulletin Numismatique n°259 21 Caracalla revêt sont deuxième consulat le 1er janvier 205. Il est consul désigné pour la seconde fois sur de très rares tétradrachmes d’Antioche en fin 204 (Prieur 189, Prieur 190 = NAC 5, 25 février 1992, n° 523 et enfin M&M Numismatics Ltd 1, 7 December 1997, n° 254 ; McAlee 664). Sur notre exemplaire, Caracalla est normalement âgé de plus de seize ans. Sur les pièces du deuxième consulat (Prieur 197-199), la tête de l’adolescent semble plus mature. Sur certains exemplaires de l’atelier d’Antioche (McAlee 665 et 667/1, 2 et 4, 669) le buste présente un début de favori. Notre exemplaire est plus proche des bustes de 204. CARACALLA (27 MAI 196 – 8 AVRIL 217) Marcus Aurelius Antoninus Co-empereur avec Septime Sévère (198-209) Caracalla est né le 4 avril 188 à Lyon. C’est le fils aîné de Septime Sévère et de Julia Domna. Le 27 mai 196, il est nommé césar par son père qui a rompu avec Clodius Albinus. Après la défaite d'Albin près de Lyon, le 19 février 197, il reçoit les titres de prince de la jeunesse et de pontife. Caracalla est nommé auguste en avril 198 avant la grande victoire parthique. En 202, il épouse la fille du préfet du Prétoire Plautien, Plautille, qui sera reléguée trois ans plus tard. En 204 commence la célébration des jeux Séculaires. Septime Sévère essaie d'imposer l'image de la nouvelle dynastie. Caracalla fête ses decennalia en 207 et accompagne son père en Afrique. Il rejoint ensuite son père en Bretagne à la fin de l’année 208 alors que les armées romaines y connaissent leurs premiers succès. Géta est nommé Auguste en 209. Septime Sévère tombe malade l’année suivante et laisse ses fils mener les opérations. Il meurt à York le 4 février 211. Ce dernier n’ayant pas réglé sa succession, Caracalla et Géta s’empressèrent d’arrêter les opérations en Bretagne et de réaliser une paix précaire avec les tribus révoltées. Ils ramenèrent les cendres de Sévère à Rome où ils arrivèrent le 4 mai. Mais l’entente entre Caracalla et Géta fut de courte durée et Caracalla finit par assassiner son frère dans les bras de sa mère après l’avoir accusé de vouloir conspirer contre lui. Géta fut voué à la « damnatio memoriæ ». Papinien, le préfet du prétoire, le fils de Pertinax ainsi que vingt mille partisans de Géta furent liquidés. Caracalla restait seul auguste. La « Constitutio Antoniniana » fut promulguée en 212. Tous les habitants de l’Empire devenaient des citoyens romains. L’année suivante, il entreprit une campagne en Germanie et remporta de nombreuses victoires sur les Germains, les Iapyges et les Goths. Il reçut le titre de « Germanicus ». La fin du règne fut marquée en 215 par la réforme monétaire et la création de l'antoninien. Caracalla entame une ultime campagne contre les Parthes. Il est assassiné après avoir célébré ses vicennalia (vingtième anniversaire de règne). Julia Domna ne désavoua jamais son fils aîné qui avait pourtant assassiné son propre frère dans les bras de sa mère. Pendant les différentes campagnes de Caracalla en Germanie ou en Parthie, Julia Domna, restée à Rome, assura la régence. Après l’assassinat de son fils, Macrin la relégua, elle se laissa alors mourir. Tétradrachme syro-phénicien, Syrie, Antioche, 205, 2e consulat (Bill, 13,56 g, 24,50 mm, 11 h) poids théorique : 14,50 g, 4 drachmes ou 4 deniers LE DEUXIÈME CONSULAT DE CARACALLA À ANTIOCHE A/ [AY]T . KAI . - ANTΩNEINOΣ - [ΣEB] Aυτκρατορ Kαισαρ Aντωνεινοσ Σεβαστοσ, (L’empereur césar Antonin auguste). Tête laurée juvénile de Caracalla à droite. R/ ΔHMAPX. E-Ξ. YΠATO. B. Δεμαρχικησ Eξουσιασ Yπατο B, (Revêtu de la puissance tribunitienne, consul pour la deuxième fois). La Tyché d’Antioche, sur le modèle de la statue d’Eutychides, assise sur des rochers, tend deux épis et un pavot en fruit devant elle. À ses pieds, nage à droite le fleuve Oronte. Prieur 197 (2 ex.) – McAlee 666 Très rare. TTB 1 500€ Semble de même coin de revers que l’exemplaire n° 197 (= CP 1503 = M&M Numismatics Ltd 1, 7 December 1997, n° 255 = Monnaies & Medailles 61, 7 octobre 1982, n° 174) On note que les sigma sont gravés en C. Dans la base TSP, sept exemplaires sont maintenant répertoriés dont cinq, provenant de la trouvaille de Mampsis, sont conservés à l’Israel State Museum. Les émissions du premier groupe des frappes des Sévères à Antioche, toutes pièces d’extrême rareté, regroupent toutes les émissions à la Tyché au revers et il faut noter que la statue de la Tyché, contrairement à ce que nous pouvons voir pour Auguste, seul empereur à en faire son type de revers unique, ne tient plus dans la main une palme mais deux épis et un pavot en fruit. Cette représentation remonte à la rarissime émission inaugurale d’Hadrien (Prieur 154) et sera respectée ensuite (Prieur 160, 167, 176 et 176 A pour toutes les frappes de Trajan à la Tyché). Fautil rappeler que la première statue fut détruite lors du grand tremblement de terre de 115 où Trajan et Hadrien faillirent perdre la vie. C’est en effet Hadrien qui fit faire une copie de la statue disparue avec quelques modifications et c’est celle-ci que nous trouvons représentée ici. On peut penser que, de la même manière, certains temples pouvaient être décorés en façade de symboles amovibles. La statue pouvait, pour des raisons qui nous échappent, présenter différents attributs. On s’interroge aussi sur l’apparition du pavot dans la main de la ville, aucune information particulière n’étant disponible pour la région sur un usage médicinal ou divinatoire, ni sur un commerce qui en aurait été fait. On peut considérer ces émissions, au vu des faibles quantités émises et de la typologie municipale de la Tyché, comme des frappes commémoratives ou de donativa. Ce n’est que dans le deuxième groupe des émissions de Septime-Sévère (205 - 211) que des quantités économiquement motivées commenceront d’être frappées. Exemplaire sous coque NGC XF (Strike 4/5, Surface 3/5). Cet exemplaire est le 197_007 de la base TSP. Encore une fois, l’observation est payante et un buste qui peut sembler anodin au premier abord s’avère plus rare et intéressant et nous montre une phase intermédiaire du monnayage. D’autre part, seule une analyse attentive du monnayage permet de distinguer les deux étapes successives de la statue de la Tyché d’Antioche avant et après le tremblement de terre de 115. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT
RkJQdWJsaXNoZXIy MzEzOTE=