Bulletin Numismatique n°259 20 Il faut toujours examiner attentivement les pièces que nous pouvons proposer à la vente. Nous en avons un exemple avec cet aureus de Lucius Vérus qui est particulier à plus d’un titre. Cette pièce est frappée dans la dernière année de règne de l’auguste. Lucius Vérus revêt sa huitième puissance tribunitienne le 10 décembre 167. Elle court jusqu’au 9 décembre 168. Il a pris un troisième consulat le 1er janvier 167. W. Szaivert place la réception d’une cinquième acclamation impériale en mars 168 alors qu’il est présent sur le limes rhéno-danubien. Cette réception est peut-être liée à un succès contre les Germains. Au droit figurent les titres d’Armeniacus (vainqueur des Arméniens), titre reçu dès le printemps 163, et de celui de Parthicus Maximus (vainqueur des Parthes) revêtu en août-septembre 165 avant de recevoir celui de Medicus (vainqueur des Mèdes) à l’été 166 qui ne figure pas sur les monnaies. Associé à cette titulature qui débute au droit pour se poursuivre au revers, nous découvrons un buste tout à fait particulier, avec un buste légèrement drapé qui se retrouve à la pointe du cou et décore la base du cou. Cet aureus qui peut sembler courant est donc en fait rare, et Wolfgang Szaivert, auteur de l’ouvrage de référence, Die Münzprägung der Kaiser Marcus Aurelius, Lucius Verus und Commodus (161-192), MIR 18, ÖAG, Wien, 1986, p. 257, signale que notre type MIR 18/ 170/12-32 est lié par le coin de droit à d’autres aurei de la seizième émission frappés en 168 (MIR18/ 168/ 12-32 et 165/ 12-32). Au revers, Fortuna fait sa réapparition en 168, après une interruption de six ans (TR P II) (FORTVNA REDVCI) qui est peut-être en lien avec la présence de l’Auguste sur le limes. C’est le début de la première guerre contre les Marcomans (Expeditio Germanica). Les provinces de Rétie du Norique, de Pannonie et de Dacie sont envahies par les Barbares. La famine, le retour de la peste antonine et le danger d’invasion sèment la panique à Rome. Marc Aurèle et Lucius Vérus se rendent sur le théâtre des opérations, leur arrivée à Aquilée provoque un reflux de l’invasion. LUCIUS VÉRUS (7 MARS 161 – FÉVRIER 169) Lucius Aurelius Verus Fils d’Aélius, Lucius Vérus, né en 130, est adopté en même temps que Marc Aurèle par Antonin à la demande expresse d’Hadrien, mourant. Pendant le règne de son père adoptif, il reste dans l’ombre et ne reçoit même pas le titre de césar. Après la mort d’Antonin, son demi-frère partage immédiatement le pouvoir avec lui, excepté les titres de « Pontifex Maximus » (Grand Pontife) et de « Pater Patriæ » (Père de la Patrie). Lucius Vérus mène une brillante campagne en Arménie entre 163 et 165, puis contre les Parthes. Il épouse Lucille en 164. Épuisé par une vie de débauche et de plaisirs, Lucius Vérus meurt début 169, comme son père Aelius, après une courte maladie. Il est immédiatement déifié par Marc Aurèle. Lucille, sa femme, sera obligée d'épouser en secondes noces Pompeianus, un collaborateur de son père. Aureus, Rome, mars – décembre 168, 16e émission (Or, 7,21 g, 19,50 mm, 6h), taille 1/45 L., poids théorique : 7,22 g, 25 deniers ou 100 sesterces A/ L - VERVS AVG - ARM PARTH MAX « Lucius Verus Augustus Armeniacus Parthicus Maximus », (Lucius Vérus auguste, vainqueur des Arméniens, grand parthique). Buste lauré à droite, légèrement drapé sur le cou (O*2v.). R/ FORT RED TR P VIII. IMP V/ -|-// COS III « Fortuna Reduci Tribunicia Potestate octavum Imperator quintum// Consul tertium », (Le retour de la Fortune revêtue de la huitième puissance tribunitienne, de la cinquième acclamation impériale et du troisième consulat). Fortuna (la Fortune) drapée assise à gauche, tenant un gouvernail de la main droite et une corne d’abondance de la main gauche. C – RIC III/ 261, 582– BMC IV/ – MIR 18/ 170-12/32. - Calico 1/ 384, 2132 – RCV Superbe exemplaire sur un flan idéalement centré des deux côtés. Présence de traces de chocs, notamment au droit mais le buste reste très joli. Revers bien venu à la frappe, finement détaillé. Patine de collection. Très rare. SUP 7 500€ Même coin de droit que l’exemplaire reproduit dans l’ouvrage de X. Calico, p. 384, n° 2132, Coll. Leo Biaggi de Balsys (1906-1979), pl. 29, n° 953. Avec son certificat d’exportation de bien culturel n°253532 délivré par le ministère français de la Culture. Avec cet aureus de Lucius Vérus, nous avons la preuve, si cela était nécessaire, qu’il n’y a pas de hasard et qu’une pièce qui peut sembler courante est en fait rare et s’inscrit dans un programme iconographique précis qui suit la propagande impériale. Marie BRILLANT & Laurent SCHMITT AUREUS DE LUCIUS VÉRUS : FIN DE RÈGNE !
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